‹ L'Afrique sauvageChapitre 90 sur 196 · MODES DE COIFFURES · texte numérisé non relu

MODES DE COIFFURES

La mode des chignons était inconnue en Europe, quand je me suis embarqué ; ainsi les belles Africaines conservent tout le mérite de l'invention.

Les femmes ne portent pas d'ornements à leurs oreilles; je n’en ai pas vu une seule qui eût les oreilles percées. Sous ce rapport elles diffèrent des Apingis. Quant au costume, elles n’ont, comme toutes les femmes des autres tribus, que deux denguis où pièces de loile, une par devant, l’autre par derrière, en manière de jupe. Ce vêtement étriqué est d’un effet ridicule chez les grosses femmes, en ce que les deux morceaux de toile ne se rejoignent pas bien et s’ajustent de travers.

Les hommes ont aussi une facon bizarre de se coiffer. La mode

la plus fashionable est de se raser toute la tête, à l'exception d’une

bande circulaire de cheveux dont on forme trois longues tresses qui

se terminent en pointe et pendent le long des joues et de la nuque, \

A chaque pointe on adapte soit une grosse perle, soit un morceau de fer où un fil de cuivre, ce qui produit un effet très-singulier. Les Ishogos se rasent les sourcils et s’arrachent les cils.

Le rasoir du pays, dont se servent également les deux sexes, est une lame recourbée et pointue, bien travaillée et trempée au charbon; le tranchant est du côté convexe. Elle a quatre pouces de long, et le manche est en bois. Des morceaux d’ardoise servent de pierre à repasser.

Les villages ishogos sont grands. Ce qui frappe le plus le voyageur lorsqu'il s’avance du littoral dans l’intérieur, ce sont en effet les vastes proportions, la propreté et la beauté des villages. En général, ils n'ont pas moins de cemt cinquante ou cent soixante cabanes qui s'alignent en rues larges el soigneusement entretenues. Chaque maison a une porte de bois, peinte en rouge, en blanc ou en noir, et dont les dessins varient suivant la fantaisie du propriétaire. Un de ces bariolages me frappa par sa simplicité originale. C'était une multitude de points noirs, bordés de blanc, régulièrement disposés sur un fond rouge. Mais que le lecteur ne se figure pas des portes pareilles a celles de nos maisons; celles-là ont à peine deux pieds et demi de haut. La porte de mon habitation avait tout Juste trente-sept pouces. Il est heureux que je sois de petite taille, sans quoi j'aurais eu fort à faire pour pénétrer dans mon logis. Les planches qui forment ces portes massives sont taillées à grands coups de hache et avec beaucoup de peine dans les troncs d'arbres, chaque arbre ne fournissant guère qu'une seule planche. Ma cabane avait à peu près vingt pieds de long sur huit de large. Elle se divisait en trois pièces. Celle-du milieu, sur laquelle ouvrait la porte, était plus grande que les deux autres.

Les richesses d’un Ishogo, toutes celles du moins qu'il peut serrer dans sa cabane, consistent en une grande quantité de paniers, d’assiettes et de plats d'osier, en plusieurs calebasses pour mettre de l'eau, de lhuile ou du vin de palmier; tout cela est suspendu au plafond. Les paniers et les plats sont fabriqués avec des roseaux où avec l'écorce d'une espèce d'arbre sauvage, découpée en bandes minces. Les calebasses sont séchées et durcies à la fumée, de manière à durer longtemps. Un article de la plus haute valeur, c’est la provision de tabac, soigneusement enveloppée de feuilles et suspendue

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au toit comme le reste. Beaucoup de sacs de coton et d'ustensiles de cuisine sont accrochés ou serrés à l'écart. On voit aussi, le long des murs, des paquets de téguments de feuilles de palmier, qui servent à tisser la toile.

Les Ishogos sont une tribu pacifique et plus industrieuse que celles qui vivent près de la côte. Fort peu d'hommes portent des cicatrices de blessures reçues en combattant. Les armes offensives sont rares. En général point de lances, d’arcs ni de flèches. mais seulement quelques sabres, portés par certains habitants dans les visites amicales que l’on se rend d’un village à l’autre. Sous ce rapport, les Ishogos diffèrent beaucoup de leurs voisins les Aponos. qui passent à bon droit pour très-belliqueux. Leurs villages sont entourés de palmiers, et les habitants ne ménagent guère le breuvage enivrant qu'ils en retirent. Pourtant ils ne deviennent pas, comme les Aponos, turbulents et querelleurs quand ils ont vidé leurs coupes. Leur caractère est beaucoup plus doux; mais il faut dire à leur charge qu'ils sont bien plus enclins que les Aponos à vendre les gens de leur tribu comme esclaves, à en juger du moins par la proportion du nombre des esclaves ishogos que l’on rencontre sur le littoral. Ce dernier fait pourrait cependant s'expliquer autrement, si l’on considère que les Ishogos achetés comme esclaves descendent le Rembo-Ngouyai pour se répandre dans le pays compris entre le cap Lopez et le Fernand-Vaz, tandis que la plus grande partie des Aponos sont conduits à la côte par la route de Mayomba. Et, en effet, le commerce des Aponos, particulièrement celui du sel. suit cet itinéraire que l’on m'avait indiqué pour moi-même. Les frontières de l’Ishogo, contiguës au pays des Aponos, avaient été ravagées par la petite vérole avant mon arrivée, et n’en étaient pas encore tout à fait délivrées. Les Ishogos parlent la même langue que les Apingis, laquelle, comme je l'ai déjà remarqué, est toi a fait distincte de l’idiome des Ashiras.

Le peuple ishogo est cité parmi les tribus voisines pour la qualité supérieure et la beauté de ses bongos (morceaux de toile servant de vêtements). Ce sont, en effet, d’habiles et industrieux tisserands, En se promenant par la grande rue de Mokenga, on voit une quanüté de ouandjas ou maisons sans murs, dont chacune contient quatre

ou cinq métiers devant lesquels Îles tisserands assis fabriquent leur toile. Au milieu de l’ouandja brûle un feu de bois, et là vous pouvez voir en passant les tisserands fumer leur pipe et converser

tout en travaillant. L'état de tisserand n’est exercé que par des

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