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chaîne et de la trame. Ces couleurs primitives sont obtenues par la décoction de plusieurs espèces de bois, sauf la noire, qui réclame l'emploi d’une sorte de métal ferrugineux. Les bongos, comme étant la marchandise la plus usuelle et la plus locale, servent de monnaie courante dans cette partie de l'Afrique. Quoique je donne à cette étoffe le nom de toile d'herbe, elle n’est pas fabriquée avec de l'herbe, mais bien avec la pellicule délicate et ferme des petites feuilles de palmier, que des doigts exercés savent détacher adroitement.
Mokenga est un beau village qui contient environ 160 maisons, ce sont les plus grandes que j'aie encore vues dans mon voyage. Le village est entouré d’un bois épais de bananiers dont plusieurs auraient besoin d’étais, tant ils plient sous le poids de leurs énormes bouquets de fruits. Cà et là on voit des bosquets de citronniers dont les fruits dorés tranchent sur leur sombre feuillage. De hauts palmiers, pareils à des tours, dominent toute cette végétation. La rue a dans de certains endroits près de cent mètres de large, et l'on n°v voit pas un brin d'herbe. Les sycobii Ÿ construisent des nids de tous les côtés. Il y a là des milliers de ces petits oiseaux amis de l'homme.
Mokenga, assis au bord d’un plateau des montagnes de l'intérieur, offre une perspective très-variée et très-pittoresque. La source. où les habitants puisent leur eau, se trouve dans la plus charmante situation du monde. Un filet d'eau claire et fraiche s'échappe des flancs d’une montagne à pic, et se précipite d’une hauteur de neuf pieds environ, dans un bassin de cristal, d’où sort en murmurant un petit ruisseau qui circule à travers une végétation luxuriante. La montagne elle-même et les terrains avoisinants sont couverts de bois, ou plutôt le pays entier n’est qu'une grande forêt coupée de sentiers ombragés qui conduisent à la fraiche fontaine. J'avais coutume de me rendre dans ce lieu tous les matins, pendant mon séjour dans le village, pour prendre des bains ou plutôt des douches. C’est là que la végétation des tropiques se déploie dans toute sa richesse. Favorisés par l'humidité, les arbres et les plantes s'y développent dans tout leur éclat et toute leur beauté, tandis que les lianes pendent gracieusement en festons le long des branches, et que les fougères et les liliacées s’épanouissent sur les bords de la source.
Non loin de Mokenga, un énorme bloc de granit se montrait suspendu à la cime d’une montagne. Par quelle force mystérieuse avait-il été transporté là, c'est ce que je n’entreprendrai pas d’expliquer. Peut-être avait-il été détaché de quelque glacier, comme il arrive dans les latitudes septentrionales. Pourtant en l’examinant avec soin, je n'y ai trouvé aucune trace de rainures. Sur mon chemin, de Mokaba à Yengui, je n'ai rencontré aucun bloc de quartz ni de granit.
Mes visites à cet énorme quartier de roc étaient si fréquentes,
qu'elles éveillèrent lattention des naturels, et je ne fus pas peu surpris, un beau matin, de trouver le village dans une extrême agitation, sur le bruit que le rocher n'était plus à la même place et que c'était l'Oguizi qui l’avait dérangé. Le peuple n’osait pas m'exprimer ses soupçons; il était même si effrayé qu'il fuyait mes regards; mais on entourait ma troupe et on lui demandait en tremblant si c'était bien moi qui avais déplacé la roche. En vain mes hommes leur riaient au nez, en vain ils conduisirent quelques-uns des plus obstinés sur le lieu même du prétendu miracle ; jamais on ne put les
MOKENGA,
DE