ACTE PREMIER
GENEVIÈVE, troublée.
C'est vrai!... C'est vrai que vous me connaissez bien.
MAURICE
Oui, je vous connais... je vous connais... comme si je vous aimais depuis longtemps déjà. Croyez-moi, Geneviève, dites : « j'espère ne plus aimer », ne dites pas : « je n'aimerai plus ». Car, un jour viendra où, sans que vous le vouliez, votre cœur malade se trouvera subitement guéri.
GEiNEVlÈVE
J'en doute.
MAURICE, tendrement et ému.
il se trouvera guéri... mettons peut-être,... parce qu'un homme, qui ne vous déplaira pas trop — i! le faudra du moins, sans cela vous ne l'écouteriez pas — parce qu'un homme vous dira ces trois mots : <■ Je vous aime... » et qu'il les prononcera avec tant d'émotion dans la voix.,, tant de crainte... ((u'il vous semblera que c'est la dernière fois qu'il vousles dit.
GENEVIÈVE, il nù-voix.
Taisez-vous.
MAUiun;
il vous dira encore que ce qu'il y aura d'admirable dans son amour, c'est que quand vous l'aimerez... il ne vous en aimera pas moins.
92 L AGE DAIMEH
r.ENEVIÈVE
Je lui répondrai que je ne mmix plus soullrir.
MAURICE
Ecoutez-moi, Geneviève...
GENEVIÈVE
Allez-vous-en, allez vous-en, je vous en prie...
MAURICE
J'ai pour vous une telle tendresse...
(;eneviève
Je ne veux rien savoir, je ne veux rien entendre... Allez-vous-en...
MAURICE
Je vous aime à la folie !
GENEVIÈVE, en le regardant bien dans les yeux.
Je vous supplie de partir.
[MAURICE
Je vous supplie de m'aimer.
GENEVIÈVE, comme attirée malgré elle.
C'est mal, je vous jure ! C'est mal !