ACTE DEUXIEME
ne m'en sens pas le courage ! Je me croirais obligé de la tromper au bout de huit jours, ce qui ne serait, le sachant d'avance, ni très galant, ni très propre, ni très honnête de ma part... Au fond, voyez vous, je devrais aller vivre dans ces pays lointains, dans ces pays qui fourmillent do filles sans dot, qu'on achète moyennant 23 louis au plus, qui sont condamnées de par la loi à rester fidèles à leur mari pendant trois ans au moins — ce qui est déjà beaucoup — et qu'on rend à leur famille lorsqu'elles ont cessé de vous plaire.
MAURICE
Mais, c'est chez les nègres que cela se passe ainsi!
Chez les jaunes aussi. Mais parlons blancs... Geneviève va bien ?
MAURICE
Très bien, merci.
LONGECOURT
Toujours amoureux?
MAURICE
De plus en plus.
A la bonne heure !
104 L'AliE DAIMER
MAUKICE
C'est un être exquis! avec cela si bon, si juste et si affectueux.
LONGECOURT
C'est une fomnie comme elle qu'il mauiail fallu!
MAURICE
Voilà huit mois que nous nous aimons, il nir semhl»' qu'il y a huit jours.
LONGECOURT
Tant mieux. Elle mérite d'être heureuse.
MAURICE
Certes. Aussi suis-je bien décidé à lui éviter la moindre peine.
LONGECOURT
Et VOUS avez raison, car elle vous aimo profondément.
MAURICE
Je le crois.
LONGECOURT
Dites que vous en êtes sûr. Ainsi l'autre soir, alors que nous dînions chez elle, taudis que vous causiez avec ,Tavernay, je l'entraînai dans un coin et pour la taquiner un peu : « Bah! votre Maurice, lui dis-je, il vous trompera comme les autres!... » Ah! mon ami, je me suis bien juré de ne plus recommencer cette mauvaise plaisanterie! Son visage prit une telle expression qu'il