ACTE TROISIEME
GENEVIÈVE
ïavernay me quitte à Tinstant. Et vous, ma petite Andrée, où allez-vous avec ce beau filet?
ANDRÉE
Je vais retrouver Gustave, tout là-bas, près du moulin.
GENEVIÈVE
Il pêche encore?
ANDRÉE
Oui, croyez-vous, depuis une heure et demie de l'après-midi!
GENEVIÈVE
A-t-il pris quelque chose au moins aujourd'hui?
ANDRÉE
Il ne me l'a pas dit. 11 est d'une humeur massacrante.
GENEVIÈVE
Pourquoi?
AMJliKE
Parce qu'il a attrapé un coup de soleil sur le nez.
GENEVIÈVE
Pauvre Bellencontre !
ANDRÉE
Le fait est qu'il a un nez!... Mais enfin ce n'est pas de ma faute! Voilà quinze jours que je lui
(lis tous les matins de ne pas se mettre en plein soleil. Mais vous savez comme il est entêté! De plus, il a fait connaissance avec un grand Monsieur imberbe qui pêche à côté de lui, depuis la semaine dernière ; alors ce sont des bavardages sur la façon d'amorcer, qui n'en finissent pas.
GENEVIÈVE
Qui est-ce, ce grand Monsieur imberbe?
ANDRÉE
Je l'ignore... mais d'après Gustave, c'est le meilleur pêcheur de l'endroit.
Oh! oh!
AM)iu:i:
Mais je ne lui ai encore rien vu prendre, alors c'est drôle n'est-ce pas? Il est vrai que Gustave m'a dit que le poisson de la Loire est très malin.
GENEVIÈVE
Tiens!
ANDRÉE
Alors, je lui ai répondu que le père François, le jardinier, en avait pris un gros l'autre jour, devant moi, avec une simple ficoile qu'il tenait à la main. Il m'a aussitôt affirmé que je n'étais qu'une oie, que François n'était qu'un menteur, quil ferait bien mieux de s'occuper de son jardin, et il a ajouté en faisant un geste à tout casser : va me chercher mon grand lilet et monépuisette.