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L'age d'or

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Je te vois de tout temps, ô g^rand cœur pacifique, Tandis que, dans Tété, les hommes sont aux champs, Remplissant la maison paisible de tes chants Ou cousant, près du seuil, sous notre pin antique.

O Mère, tu rég-nais sur les vieux serviteurs.

Tes mains distribuaient, égales et pareilles.

Les tranches de bon pain dont les croûtes vermeilles

Embaumaient le matin de leurs chaudes odeurs.

L AGE D on

Tu présidais aux travaux calmes des servantes Dont les bras clairs, penchés sur les pétrins de bois, Se relevaient ensuite, alourdis sous le poids Des pains qu'elles posaient sur les briques brûlantes.

J'étai« Tenfant dont le regard s'ouvre à Téclat Du soleil dans Fallée, aux grandes portes blanches, Aux murs roses et bleus sous les ombres des branches, A la treille ployant sous le poids des muscats.

Dans les matins mouillés de ces jours n^agnifiques. J'apprenais à chérir les vergers et les fleurs, Les eaux dans les bassins, les arbres pleins d'odeurs De la maison d'enfance aux toits roses de briques.

Et, comme pour me consacrer à la clarté De l'existence, aux blés, aux vignes, à la terre. Que Ton voit du jardin, tu me portais, ô Mère, Sous les grands cèdres bleus, dans les matins d'été.

Quand, dans le grand soleil, devant la porte claire Où, sur les osiers d*or, séchaient les fruits juteux, Mère, tu regardais les éclairs de nos jeux.

Avec ton beau visage et ton sourire austère ;

Quand, octobre venant, dans les calmes fruitiers, Tu disposais, de tes mains fines et légères.

Des fruits sucrés, dans le soleil des étagères. Dans Tair d'or et d'azur parfumé de lauriers ;

Quand, durant la vendange et ses jours admirables, Tu surveillais, dès le matin, les tacherons, Et tu faisais dresser, auprès de la maison.

Pour le repas du soir, les tréteaux et les tables.

10 LAOE D OR

Oh ! pouvions-nous savoir dans ces temps de bonheur, Où tu berçais notre sommeil de tes chants calmes, Que tes beaux yeux étaient souvent mouillés de larmes Et qu'un deuil éternel habitait dans ton cœur?

C'est plus tard seulement que nous devions apprendre La muette douleur où tu t'ensevelis, Et ton effort pour mettre en nous des jours d'oublis Et pour que nos esprits ne pussent pas comprendre.

Mon esprit rayonnant et tout ce qiie je vaux, Et mes vers et mes chants je te les rends, ô Mère. Par toi mon âme est toujours pleine de lumière; Aussi je te dédie aujourd'hui mes travaux.

J'ai cueilli, dans Tété, les fruits de la pensée Qui te consoleront de tes longs jours amers.

J*ai travaillé; j'ai mis, dans ce livre de vers, Ma pure émotion, chaque jour, condensée.

Je reviens. Je te vois dans ta robe de deuil. Tes beaux doigts lumineux ont couru sans relâche, O mère, tout le jour, dans le linge sans tache. Les jeunes amandiers vont fleurir sur le seuil.

Ton beau front est courbé sur ta robe dorée.

Là-bas, sur un grand lit de rocher transparent, Le fleuve ensoleillé roule comme un torrent.

Un glacier étincelle au fond de la soirée.

Quand, autrefois, tes soins m'arrachaient à la mort, Quel bonheur, souviens-t'en, sur la porté brillante, Quand tes bras recevaient ma marche vacillante. Et quand tu me voyais enfin devenu fort.

Les pleurs vont se tarir dans tes yeux, ô ma Mère,

Car ton fils jeune et fier a compris le destin !

Le monde est beau sur la maison et le jardin.

Les grands champs printaniers sont remplis de lumière.

L'auvent de la maison garde de la clarté.

Mon esprit est léger et mes chants vont éclore. Vois les coteaux que le dernier soleil colore. Mère, c'est grâce à toi que j'aime leur beauté.

DÉDICACE i3

Vois, c'est déjà le soir. Notre table est dressée Dans le jardin, avec ses assiettes de fruits, Et les insectes d*or Tentourent de leurs bruits ^ Et les derniers rayons du soir Font caressée.

Les grands magnolias répandent leurs odeurs.

Sous leurs rameaux luisants, jusqu'au sol qui l'accueille, L'eau qu'on vient de lancer, coule de feuille en feuille. Le soleil, en mourant, baigne encore leurs fleurs.

Au delà du jardin où la terre s'incline.

Avec ses champs abrupts et ses bosquets de pins, Dans le silence, ainsi qu'un grand autel divin Où brûlent des flambeaux, s'élève la colline.

L AOB P OR

Le chant de la fontaine emplit la paix du soir. La lumière s'éteint aux briques scintillantes, Sous les lég'ers rameaux de roses odorantes.

Auprès de ses bassins monte un g-rand laurier noir.

Voici venir la soupe aux mains de la servante. Nous allons nous asseoir sous les branchages bleus Et manger dans le silence religieux, Le pain coupé par toi sur la nappe brillante.

Le vent est tiède ; on sent venir les nuits d*été. Ton beau geste, ô ma mère, a fait resplendir l'heure. Le soir est rayonnant et la vieille demeure Luit dans Tombre qui croît avec sérénité»

Mère, sèche les pleurs qui couvrent ton visage. Regarde dans toi-même et contemple ton fils.

Ne vois-tu pas les traits divins que tu chéris ? Mon père a modelé mon front à son image.

Ton esprit a gardé tous les traits du mourant, A force de songer à son âme parfaite.

Lui te voit ; il se plaît à la suprême fête De voir ressusciter son corps dans son enfant.

Le visage du mort reparaît dans ma face.

Mes yeux noirs et profonds sont pleins de ses rayons. Vois ma poitrine, mes bras forts et vois mon front, Et vois mes traits joyeux où la douleur s*efface.

i6 l'âge d'or

Puisque son souvenir est notre seul trésor Et puisque son esprit réconforte nos âmes, Vois revenir celui que ta douleur réclame.

Mère, ne pleure plus, mon père n'est pas mort !

Sa mémoire en nos cœurs ne s'est pas effacée. Dans toute notre vie et tous nos entretiens, Saint visage défunt du père, tu reviens Gomme pour faire resplendir notre pensée !

Ton esprit à jamais flotte sur la maison.

Les longs couloirs crépis et les grandes fenêtres Où nous voyons, le soir, les étoiles paraître, Vibrent des longs échos de ta pure raison.

LES HEURES INTIMES

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