NI LE LONG CRÉPUSCULE
Ni le long- crépuscule enveloppant les monts, Ni les ombres naissant sous les arbres profonds, Ni le chant éternel de Teau dans les fontaines, Ni le vent de l'été, doux comme des haleines N'ont la sérénité de mon cœur plein d'amour.
Tout à l'heure, aux rayons ag-onisants du jour. Tes bras se sont penchés sur la source rêveuse Et la cruche laissait un peu d'eau lumineuse Retomber sur le flot du cristal sombre et pur. Les fleurs du magnolia s'entr'ouvraient sur l'azur, J'admirais dans le soir ta marche cadencée
200 L^AOE d'or
Quand tu revins portant la cruche d'eau glacée
Dans le chemin obscur couronné de pommiers.
Calme du soir. Candeur de ta voix. O premiers
Balbutiements rythmés dans l'âme des poètes,
A l'heure où le premier astre naît sur nos têtes.
Les charrettes de foin embaument les chemins.
Assieds-toi près du seuil et donne-moi tes mains.
Les pics sont entourés de lumières mourantes.
Les pâtres, dans les prés, chantent de leurs voix lentes.
Nous sommes recueillis. Cette immense beauté
De la nuit, sur les monts, aux beaux jours de l'été,
Met dans nos chairs un peu de la vaste harmonie
Des astres s'allumant dans la nuit infinie.
Tes lèvres, donne-les, aimons-nous, notre chair
S'unit sous la splendeur nocturne de l'éther.
Nous soulevons les yeux aux voûtes étoilées.
Le désir, en naissant, joint nos bouches mêlées.