TON IMAGE
Ton image chérie est à jamais en moi, Avec ton âme aux profondeurs méditatives, Ta tête nonchalante et ta tête pensive Et la douceur inoubliable de ta voix.
Toujours ce souvenir revient dans ma pensée.
Nous descendions, dans Tombre, à la source glacée Où je pris un peu d'eau dans le creux de ma main Comme pour honorer son protecteur divin.
Par un souffle léger Tyeuse était bercée ;
i88 l'âge d'oh
Je te voyais marcher, dans le soir grandissant,
Par les buissons ardents, sous les rameaux des chênes
Où le dernier soleil dorait les eaux sereines.
Les fleurs des nénuphars et les lentilles d'eau.
Peut-ôtre sentais-tu le désir dans mes mots
Et voyais-tu briller, dans mon regard humide.
Un désir vaste et doux comme le soif limpide?
Tes sœurs, dans le couchant, et vers les branches claires Levaient leurs belles mains pour cueillir les fruits mûrs Et, quand tu soulevais vers elles les corbeilles, Tes mains aussi brillaient dans les lueurs vermeilles. Auprès de la maison s'élevaient les pins d'or Brillant comme des feux sur les toits et les murs. Je te voyais plus belle au sein de la soirée Et la terre et le parc étaient plus beaux encor Quand, ta robe dans la lumière évaporée,
TON IMALE 189
Tu revenais, dans le couchant, vers la maison. Rapportant dans tes mains les fruits de la saison.
C'était le temps des belles nuits chaudes et pures,
Les astres scintillant sur les plaines obscures.
Les tas de blé coupé s'élevaient dans la nuit
Et sur l'immensité de la terre sans bruit.
Dans l'ombre de cristal, les eaux se recueillaient.
Le grand jardin rêvait sous le ciel de juillet.
Les fruits pendaient sur les allées silencieuses.
Les vignes s'étendaient dans les ombres heureuses.
C'était le temps divin de la maturité.
Je contemplais sans fin dans cette nuit d'été
Le ciel vaste voilé de poussières de mondes
Dont les rayons glissaient depuis des ans sans nombre,
Pour éclairer mes yeux d'amant perdus dans l'ombre
Rôvant, ô bien-aimée, à ton regard profond,
A ta voix grave et douce, à ta bouche, à ton front,
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A tout ce qui te fait si touchante et si belle
Que mon esprit, durant cette nuit éternelle,
Te liait toujours à ma contemplation.
Je revoyais ton front entouré de rayons
Et tes seins soulevés par ta robe légère.
Là-bas, sur la campag'ne immense et solitaire.
Des chœurs de moissonneurs qui rentraient au lointain
Et dont les belles voix venaient jusqu'au jardin
Chantaient, avec douceur, une chanson ancienne
Qui fait toujours frémir Tâme languedocienne.
LA. MA.ISON DES CIMES
LA MAISON DES CIMES
Viens ; nous irons rôver dans la maison des cimes Où Ton n'entend parfois que le bruit de la faux, Les bêlements et les clochettes des troupeaux Et la voix des torrents grondant dans les abîmes.
Viens donc te recueillir dans le cirque des monts,
Je sais une maison au milieu des prairies ;
Elle me plaît, c'est une ancienne métairie ;
Ne songeons qu'à nous seuls puisque nous nous aimons.
Ici, dans la splendeur de ces grands champs de seigles Où sur l'horizon bleu des sommets les grands aigles Planent dans la beauté de l'air vierge et léger.
Aimons-nous. Les glaciers rayonnent sur les cimes. Un air chaud et brillant entoure les vergers . Tout entretient nos cœurs et nous paraît sublime.
Quel que soit le soleil et l'heure et la saison, Que la neige, en hiver, s'étende sur les pentes, Ou qu'aux mois de l'été l'ardoise soit brillante, Leur cœur est grave et calme et bat dans la maison.
Viens. Nos hôtes auront un beau sourire antique. Tu verras les présents dont ils ont les doigts pleins, L'azur et la limpidité des yeux sereins Et leur âme qui monte à Dieu comme un cantique.
Ils fauchent dans l'été le grand champ de blé mûr. Dont la vieille servante au regard simple et pur Fera le pain qu'ils mangeront toute l'année.
Les fruits mûrissent dans les grilles du verger. Heureux de leur vie humble et de leur destinée. Ils sont joyeux de recevoir un étranger.
LA M4IS0N DES CIMES 1^5
C'est l'aube, et les brouillards s'attardent sur les pentes. On entend les troupeaux en marche ; les vapeurs Se déchirent parfois, et, remplis de lueurs, S'allument les sommets aux cimes éclatantes.
La corne d'un berg-er déchire le matin.
Ici, c'est le silence et les feuilles mouillées Ruissellent lentement au-dessus des allées, Dans l'ombre de l'aurpre où s'éveille un essaim.
Devant les sommets bleus et les glaces vermeilles. Entends déjà les faux qui tombent dans les seigles. Dans l'aube qui grandit chantent les moissonneurs.
Je veux, tout aujourd'hui, sur la table de pierre. Lorsque je lèverai les yeux de mon labeur, Remplir mes yeux des pics dressés dans la lumière.
IQÔ l'âge d'oiI
Nous nous sommes assis à Tombre des pommiers Dont les fruits de corail s'inclinent sur ta tête. Les rameaux noirs et bleus arrêtent la lumière. Dans le jardin, Tazur tremble autour des ruchers.
Dans les champs disposés sur les monts, en terrasse, Les hommes ont dressé, sous des flots de soleil, Sur les grands chars de bois les tas de blé vermeil, Au pied des sommets bleus étincelant de glace.
Nous les voyons marcher par les trous des rameaux. Parfois tes mains, d'un peu de soleil éclairées, Volent, dans des lueurs,^ sur la toile dorée.
Un rayon fait briller une carafe d'eau.
Voici la page blanche où j'inscris ma pensée Plus pure car je sens que tu l'as embrassée.
LA MAISON DES CIMES
Vois rétoile du soir qui naît sur les pics sombres.
Les nuages légers entourent les glaciers,
La nuit s'étend sous les murailles de rochers
Et les beaux torrents d'or s'éteignent dans les ombres.
Le crépuscule et sa douceur sur notre front Enveloppent les grands pommiers aux lourdes branches Et la maison qui sombre, avec ses masses blanches. Dans le soir qui grandit et baigne l'horizon.
Les champs de sarrasin ont parfumé l'espace.
Je sais que, dans toi-même, au fond de ta chair lasse,
Tu sens monter la grâce obscure de la nuit.
Donne ta main. Je veux sentir battre ta vie.
Ghers silences. Odeurs de l'ombre. Entends le bruit Des cascades, au fond du soir plein d'harmonie.
igS l'âge d'or
Recueillons-nous au sein de cette immensité.
Dans la nuit cristalline où les astres gravitent, Reg-arde, sur le ciel, dans les ombres limpides, Les grands monts s'ériger pleins de sérénité .
Au cœur mystérieux des noires sapinières.
Les pâtres, comme nous, dans leurs beaux yeux profonds,
Mirent le mouvement des astres sur les monts
Assis au seuil fumeux des cabanes de pierre.
L'azur silencieux est comme un sombre éther.
Le froid de la montagne a fait trembler ta chair.
Mets ton châle sur tes épaules grelottantes.
Il est doux de s aimer dans Tombre. Vois le ciel, Immense et clair sur nous, et vois les fleurs brillantes Des lys et, sur les monts, ces glaciers éternels.