LE SOIR AUX MARTIGUES
Déjà le soir baignait de ses rayons sereins Les toits roses, les blancs amandiers des jardins, Les cyprès s'élevant dans un vieux cimetière. Les murs étincelants faits de calcaire clair. Nous voulûmes aller voir mourir les lumières Dans les grands bois de pins qui dominent la mer. Les roseaux scintillaient aux feux de la nature Et, dans les enclos bleus, sous une lueur pure. Fleurissaient les verg'ers qu'ils protèg-ent du vent. Maintenant nous montions dans le bois odorant Et les rayons, dans les rameaux que Theure dore , Eclataient et mouraient et renaissaient encore Et les troncs résineux s'élevaient dans le soir Comme les grands piliers d'un temple déjà noir. Alors, marchant en écartant les belles branches
Qui se fermaient après TefFort de tes mains blanches,
Ma sœur, tu me guidais vers le soir et la mer
Et, soudain, en sortant du grand bois calme et vert.
Et le ciel et la mer, dans notre âme éperdue.
Se répandaient et la splendeur de Tétendue.
Sur Tétang- déployant son bassin sombre et frais
Revenaient lentement les beaux voiliers dorés,
Vers la ville ancienne aux toits roses de briques.
Dont le nom est si doux et si pur, ô Martig'ues !
Et le vent du printemps qui se levait parfois
Et traversait l'étang" arrivait jusqu*au bois.
Une vapeur brillante enveloppait les toits.
Les cyprès s'élevaient des jardins remplis d'ombres.
Sur les contours des cours et des ruelles sombres.
Les ang-elus, sonnant au cœur des clochers d'or,
Se mêlaient aux rumeurs éteintes du vieux port.
Là -bas, brillaient les monts lointains de la Provence.
Les chèvres, près de nous, broutaient dans le silence.
Les rameaux des grands pins s'abaissaient sur ton front
Et je voyais tes yeux qui miraient l'horizon
Où le soleil frappait les roches des rivages. De grands jets de lueurs déchiraient les nuag-es, Rayonnaient sur la mer et le golfe brûlant, Incendiaient les flots du port étincelant, Baignaient de leur éclat les tartanes de pêche, Vitrifiaient les eaux du canal sur la berge Où les cyprès miraient la masse d'un bois noir. Le soleil descendant au lointain, sur les terres, A l'occident baigné par la splendeur du soir. Faisait se révéler de brillants estuaires.
Là-bas^ la nuit flottait déjà sur la moisson Mais de grandes lueurs restaient à l'horizon.
Sœur dont Tâme est toujours vers le rêve inclinée,
Tu regardais au loin la Méditerranée,
Les reflets de la mer encore de vermeil,
Les bateaux qui, rentrant dans le dernier soleil.
Ouvraient dans Teau, poussés par la brise odorante,
Des sillages moirés faits de clartés mourantes,
Les salines brillant dans les brouillards légers,
54 l'aoe d'or
Les flots où se miraient encore les cyprès,
La ville s'endormant, les toits à peine roses
Où les derniers rayons sur les tours se reposent,
L'ombre sur les bassins et sur les vieux hôtels.
L'air était parfumé par les odeurs du sel.
Les champs rêvaient à cette heure mystérieuse,
La nuit baig'nait les mas de sa paix ténébreuse
Et la campagne bleue et les champs d'oliviers,
Et les aires d'argent et les bois de lauriers,
Mais, vers la mer, toujours se tournaient nos visages.
La clarté pâlissante entourait les rivages.
C'était alors le temps des longs jours de l'année.
Des reflets éclairaient la Méditerranée.
Les phares s'allumaient avec leurs feux tournants
Et nous restions perdus devant les éléments.
La nuit venait. Aux profondeurs occidentales
Toujours, sur la mer sombre, erraient des lueurs pâles.
couchant, ô beauté de l'ombre et de la nuit, Où nos jeunes esprits se sentirent unis.
Des horizons de neige aux champs de la Provence
Nous nous sommes compris dans le plus g^rand silence
Et nous restions pensifs devant cette beauté^
Du monde qui dormait dans la sérénité
De là nuit où rêvait, entre les murs des g'olfes,
La mer aux çaux d'argent éclaboussant les roches.
Nous restions enfoncés dans les genêts en fleurs.
Les grands pins répandaient sur* nos fronts leurs odeurs.
Parfois, dans le lointain, chantaient les flots sonores.
On n'entendait ni voix de porteuses d'amphores
Qui descendent, le soir, aux sources des vallons.
Ni roulement de chariots dans les bas-fonds,
Ni Faboienient des chiens perdus dans la campagne.
Nous étions seuls sur le sommet de la montagne.
Les étoiles naissaient au ciel encore clair
Et le grand vent du large arrivait de la mer,
Ma sœur, et nous gardions encore le silence
Sentant, qu'autour de nous, une province immense
S'endormait, sous la paix protectrice des Dieux.
Nous étions caressés de vents mélodieux ; Les astres s'allumaient dans les branches dorées, Et, soudain, dans les bois, comme des voix sacrées, Les chants du rossignol montèrent vers Téther, Tandis qu'au loin mourait la rumeur de la mer.