CHAPITRE PREMIER
Une période de temps, aux époques reculées où Dieu vivait dans la nature, était un âge, une vie de Dieu. Quelle que fût la longueur de cette période, suivant les termes dont elle se composait, Tordre universel ou Cosmos qui se déroulait devant le regard de l'homme avait débuté avec elle, et c'était avec elle qu'il devait finir. Dans la donnée de Téternité du monde, qui, en dehors des transcendances du sémitisme, fut la donnée religieuse de toute l'antiquité, le début en question néanmoins passait plutôt pour un
renouvellement ou une renaissance que pour un principe. Il n'y a guère que la Bible qui ait tiré du néant absolu a le ciel, la terre et tout ce qu'ils renferment, » et qui ait donné à la création un commencement déterminé. Partout où se montre le cachet d'une autre race que celle de Sem, on trouve les dieux engrenés dans le temps, vivant au jour le jour d'une vie élevée à un plus ou moins haut degré de puissance, immortels, il est vrai, mais vieillissant et pouvant aller jusqu'à la décrépitude : le vieil Océan, cet ancêtre du panthéon hellénique , ©scôv yevscrtç, suivant une expression d'Homère (1), avait fini par oublier le lit conjugal (2), et il n'était pas sûr lui-même de ne point « radoter » un peu (3). Bien des vies divines se sont déjà succédé sur la terre : si toutes n'ont pas été cycliques en fait, elles l'ont été en principe. Le règne d'Uranus, pour ne citer que l'exemple des Grecs, est suivi de celui de Saturne, et à Saturne succède Jupiter, le « dieu nouveau » . Peut-être ne faut-il voir ici dans
{{) Iliade, XVl, 201.
(2)Id., ibid.
(3) Eschyle, Frométhée.