PASSAGE CHOISEUL, 23-33 M DCCCCXXI
C> E poème est dédié à la France, qui, par un sublime sacrifice librement consenti, a voulu immortaliser le règne d'une Taix régénératrice de tous les peuples de la terre.
L'Age d'Or
Aurea prima sata est aetas, quae, vindice nulle Sponte sua, sine lege, fidem rectumque colebat. Ovide, Métamorphoses, lib. I.
L'Age d'Or
(liminaire)
J'ai v
Ver erat aeternum, placidique tependibus auris Mulcebant zephyri natos sine semine flores. Ovide, Métamorphoses, lib. I.
écu dans mon cœur ces cAges fabuleux.
cAuprès des champs fleuris où rodent les abeilles, Une Vierge au sein blanc, au front pur, aux yeux bleus, Étoile solitaire et Théine des zMerveilles, Symbole de la Vie à ces siècles heureux
Où d'antiques forêts se déroulaient sans bornes, En elle possédant les dons divins des Chômes, Et qui resplendissait, Déesse de 'Beauté,
Une Femme debout, dans la pose des Grâces,
Guidait alors le destin des 'Races c4 travers les chemins d'un pays enchanté.
Car la paix rayonnait dans toute la C^Çature Et comblait de bonheur l'humaine créature. Les peuples réunis s'aimaient tout simplement, Et, près d'une source au doux murmure, Ils vivaient dans le calme et le recueillement.
Leurs nuits se remplissaient de rêves extatiques. Ils étaient adonnés aux croyances mystiques Qui hantèrent le cœur de l'homme à l'oAge d'or. Ils découvraient des noms aux astres tutélaires,
Et maîtres des grands monts séculaires, Ils passaient ici-bas satisfaits de leur sort.
Ils ne connaissaient pas les longues chevauchées qA travers les vallons où des hordes fauchées Tombent sous le choc lourd des glaives se croisant,
Et qui jettent les morts par jonchées Vans le fleuve qui roule au gouffre, agonisant.
Ils allaient, ignorés et sans laisser d'histoire. Couvrant d'oubli leur nom, ils méprisaient la gloire Que notre ambition tâche de conquérir.
S'ils vivaient sans combat, ils ignoraient la crainte.
Sans proférer d'inutile plainte, Ils savaient au besoin comment on doit mourir.
Ils méditaient le sens futur des Destinées
Qui, tenant dans leurs mains le fil de nos années,
oiux hommes ont promis d'immortelles amours,
Faisant des âmes prédestinées Ve ceux qui simplement filent de calmes jours.
Ils écoutaient vibrer le cœur de la C^Çature, Horloge dont les voix chantent à l'aventure; Et dans cet univers qui gravite, vivant Dans le dédale obscur des routes planétaires, Ils recherchaient l'Esprit Créateur et Savant
Qui dirige la marche des sphères Et des êtres, fétus emportés par le vent.
Toujours, ils fuyaient l'ombre où règne le mystère. Ils cherchaient sans repos l'apaisante lumière
Qui fait le monde encor plus splendide à nos yeux,
Et passaient leur existence entière (A chanter librement les vertus des aïeux.
Ils savaient obéir aux lois de l'Harmonie.
Silencieux devant l'Étendue infinie
Ou l'humaine raison s'éleva vainement,
Ils ne connaissaient pas les ronces de la rouie.
Ils étaient tous exemptés du doute Qui laisse au cœur déçu l'incurable tourment. .
0 Taix dont se réveille en nous l'écho sublime! zMaîtresse du Destin sur qui le monde infime, Vans le recul des ans, s'est toujours concentre,
Une force éternelle t'anime :
L'c4ge d'or a vécu de ton souffle inspiré!
oAinsi qu'un vain flambeau tu ne t'es ^ as éteinte, Et la destruction ne t'aura pas atteinte; Car tu règles le sens de nos penser s profonds ; Et les Heures qui vont toujours indifférentes,
Semblables à des âmes errantes, Ont doucement posé le 'Rythme sur les fronts! .
(Alors que je remonte aux Temps préadamites Ou ru savais répandre alors, selon tes rites, Vamour de la V^Çature et de la Vérité, Je t'aperçois encor sur le parvis des Ères
Et dominant les jours éphémères, 'Pareille au phare éblouissant dont la clarté Existe, comme Dieu, de toute éternité!
Les Nomades
Ils passent sur la plaine au milieu du silence.
En de nombreux essaims, foule muette et dense,
Sans nulle lassitude, ils s'en vont lentement,
Et plus ils marchent, plus la campagne est immense.
Ils ont les yeux fixés sur le bleu firmament;
Et bien qu'ils soient courbés sous le fardeau de l'âge,
Ils ont le cœur serein, pareil au flot dormant.
Poursuivant sans répit leur éternel voyage,
Tous ces lourds vagabonds contemplent la beauté
Des multiples forêts au lumineux feuillage.
Munis de leur bâton, ils vont avec fierté, Éloignés du tumulte impérieux des villes, Préférant aux rumeurs la calme liberté.
De noirs troupeaux de bœufs suivent en longues files, Traînent des chariots, broutent l'herbe qui luit, Et s'en vont deux à deux, accouplés et dociles.
Qui sont-ils ces errants du jour et de la nuit?
Ils naquirent jadis sur le bord d'une route,
Ou près d'un clair ruisseau dont le courant s'enfuit.
Avant besoin d'espace, ils ont pour toit la voûte
Des cieux, et comme couche un peu d'herbe des champs.
Pour musique les vents que leur oreille écoute.
Ils parcourent, heureux, les antiques penchants,
Sous le regard voilé des astres millénaires
Et sous les nids d'oiseaux prodigues de leurs chants.
Ils cueillent dans les bois tous les fruits solitaires
Dont leur frugalité saura se contenter,
Et trouvent leur breuvage au bord des sources claires.
Ignorés, nul ne sait qu'ils peuvent exister; Nomades nations, on ne sait d'où venues, Qui marchent, ne pouvant qu'un seul jour s'arrêter,
Ils sont les vovageurs des plaines inconnues.
Que cherchent-ils si loin des peuples somptueux Dont ils méprisent les grouillantes multitudes? Pourquoi s'éloignent-ils des bruits tumultueux?