LES NOMADES II
Que vont-ils découvrir au fond des solitudes, Ces groupes de marcheurs toujours silencieux Dont le cœur est de fer et les poitrines rudes?
Veulent-ils conquérir le mystère des bois, Les lointains continents ou les glaces polaires? Veulent-ils imposer des textes et des lois?
Ou veulent-ils enfin, de leurs bras tutélaires, Dépassant la fierté des Titans d'autrefois, Asservir à jamais les races séculaires?
Cherchent-ils à briser les pouvoirs établis, A saper les cités superbes par leur base? Que veulent-ils ces gueux à la tâche vieillis,
Ces épris d'inconnu, de soleil et d'extase, Ces sombres fugitifs de leurs songes remplis, Ces hommes qu'un désir impétueux embrase,
Et quels pensers secrets hantent ces fronts pâlis?...
Ce sont tous les errants des forêts qu'ils parcourent,
Et qu'entraine après elle une céleste voix
Vers qui tous ces nombreux illuminés accourent.
Ce sont tous les obscurs, sans foyer et sans droits, Épris de la beauté divine qu'ils savourent, Conquérants du désert dont ils restent- les rois.
Ils ne connaissent pas les continents qu'ils foulent. Ils vont par les chemins de ronces hérissés, Devant la majesté des fleuves qui s'écoulent.
Ils s'en vont par un vent de gloire caressés,
Sans craindre la clameur des tonnerres qui roulent
Vers la mer dont les flots s'agitent, courroucés.
Ils franchissent les monts dressant leurs lourdes masses, Traversent les chemins sans laisser de leurs traces, Ignorent l'avenir de notre humanité, Aiment le Beau, le Bien, ivres de Vérité, Et marchent sans arrêt par la nature entière, Le cœur rempli d'amour, de joie et de lumière!
LES ALLEGORIES 1}
Les Allégories
(poèmes)
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Flumina jam lactis, jam flumina nectaris ibant, Flavaque de viridi stillabant illice mella. Ovide, Métamorphoses, lib. I.
1 u trônes, ô Saturne, en l'Éther sans limites, Au séjour interdit du silence éternel, Prince charmant parmi les pâles satellites Qui projettent sur toi leur regard fraternel!
Sous ton règne parut une heure sans nuages, Ou la joie éclatait en toutes les saisons; Tu méconnus alors l'amertume des âges Dont l'humaine faiblesse absorbe les poisons.
La vie était semblable à la pente fleurie Où, sans mauvais désirs, s'écoulaient de longs jours; L'âme par les malheurs ne fut jamais meurtrie, Et, dans l'enchantement, tu poursuivais ton cours.
Un siècle d'or surgit de ta splendeur nocturne, Siècle où l'orgueil d'aimer fut sagement conçu; Tu sus distribuer en ce monde, ô Saturne, Un bonheur qui depuis l'a sans cesse déçu.
LES ALLÉGORIES If
omme des perles précieuses a nos doigts, Les gouttes de rosée alimentent les treilles. Là-bas, un arc-en-ciel a couronné les bois : C'est le moment des renouveaux et des merveilles.
Que tout est grand, que tout est beau, que tout est bleu ! Rien ne vient mettre un terme aux ans dont on s'abreuve ; Et le jour attendri, loin de nous dire adieu, S'attarde à respirer l'onde pure du fleuve.
Heures chastes du soir où le monde a frémi!... Une douceur de vivre éperdument circule; Et lorsque fatigué l'homme s'est endormi, Un long souffle de paix sur l'univers ondule...
Printemps de l'âge d'or qu'on ne reverra plus, Où les roses versaient l'amour de leurs calices, Les peuples du bonheur devenaient des élus, Et n'entrevoyaient pas de fin à leurs délices!
i6 l'âge d'or
MCVCOCEPCCE
a Nature sourit, lascives sont les fleurs. Tout s'éveille : les paons, les colombes, les cygnes; C'est le triomphe ardent de toutes les couleurs : Des chants montent du sol à la gloire des vignes.
O doux frémissement! O bonheur de sentir La vibrante jeunesse errer dans la lumière! Simple aveu du regard qui ne saurait mentir, Innocence de l'àme en sa beauté première!
Les matins refleuris étalent leur pudeur,
Et les poumons gonflés restent forts et vivaces;
La terre jeune encor respire la candeur,
Et des parfums d'encens montent vers les espaces.
Les ruches regorgeant de miel sont en éveil; Les fruits sans se faner enluminent la branche; Et, tout joyeux de boire aux rayons du soleil, Le cœur est entr'ouvert comme une rose blanche.