ACTE PREMIER
Et puis, on a beau lutter, faire bonne contenance, il y a la machine qui ne va plus, les rhumatismes, les gastralgies... Et personne pour vous soigner... On ne peut plus jouir de rien; et c'est d'autant plus atroce que l'on continue à faire mécaniquement les gestes des gens qui s'amusent, parce qu'on n'a jamais appris à en faire d'autres.
CHAMBRAY
Je te plains. Mais tu n'avais qu'à vivre autrement. Tu aurais pu, si tu avais voulu. Tu as eu une femme Excellente : il fallait être un bon mari. 11 ne fallait pas traiter ta tille comme un joujou. Tu aurais de bons souvenirs, de bonnes habitudes une intimité, un coin bien chaud. Ta fille, autrement élevée, aurait consenti à te faire grand-père, ce qui doit être délicieux. Au lieu de cela...
VANEUSE.
Eh bien, dis donc, et toi?
CHAMBRAY
Quoi? moi?
VANEUSE.
Toi non plus, tu n'as pas de foyer. Tu en as même moins que moi.
CHAMBRAY
D'abord ce n'est pas sur. Et puis, moi, ce n'est pas ma faute.
VANEUSE.
Allons donc!
Non, ce n'est pas ma faute. Il y a quarante ans, — quarante ans! — j'ai aimé une jeune fille, moi, si tu veux le savoir. Je dis : aimé absolument, de toutes les forces de mon esprit et de mon cœur... Mais qu'est-ce que je te raconte là? c'est de l'hébreu pour toi.
VANEUSE.
Je te demande pardon. J'ai aimé comme ça moi aussi.
CHAMBRAY
Et même plusieurs fois?
VANEUSE.
Et même pas mal de fois.
CHAMBRAY
Moi, ça ne m'est arrivé qu'une fois. Voilà entre nous toute la différence.
VANEUSE.
Mais, puisque tu l'aimais tant, il fallait l'épouser.
CHAMBRAY
Évidemment; mais, le jour où je m'étais promis de; me déclarer, elle me donna le plus horrible témoignage d'eslimc: elle me confia affectueusement qu'elle en aimait un autre, — oh! un garçon très bien, beaucoup mieux que moi, — et que le mariage était décidé.
VANEUSE.
l'.t alors?
I Il \ M lllt A Y.
Uon, 'y suis parti; J'ai été découvrir mon petit coin d'Afrique.