MADAME M É RI EL
C'est que je m'ignorais moi-même: j'étais trop bien élevée pour oser croire que j'en savais plus long que mes parents sur mon propre cœur. C'est bête, les jeunes filli
CHAMBRA Y, interrompant.
Oui, c'est vous, c'est bien vous,.. Tenez, à l'instant même, je viens de reconnaître le son de votre voix... une Inflexion de jadis... et je vous revois toute... Ali! mon amie! nu m amie !
Il lui prend les mains, la fait asseu! 'Telle.
MADAME MÉRIEL.
Donc, vous parti, je n'ai pas épousé l'autre... Mais vous De reveniez pas... je devenais une vieille fille, je désolais mes parents... Enfin, je me suis laissé marier : on ne fait pas ce qu'on veut. Je n'avais pour mon mari, et encore en
m'y appliquant, que de l'amitié; il est vrai qu'il ne demandait pas davantage; et, du moins, il n'a j'amais souffert par moi... Jusque-là, je n'avais pas particulièrement à me plaindre. Mais j'ai perdu une fille de douze ans; puis mon mari, après une longue, très longue maladie. Je suis restée veuve avec un fils infirme. J'ai été vingt ans sa garde-malade. 11 est mort Tan dernier. C'est tout.
CHAMBRAY
C'est plutôt triste.
MADAME MÉRIEL.
Et c'est très ordinaire. Mais, pendant tout ce temps-là, je pensais à vous, et, — mes soixante ans me permettent de vous le dire, — je vous aimais. Je vous suivais de loin ; je lisais les récits de vos voyages et des belles choses que vous avez laites- Et, parmi mes obscures épreuves, c'était vous ma grande douleur, et c'était vous aussi mon unique joie et mon intime orgueil... Dès que j'ai été libre, je vous ai cherché, je suis venue demeurer par ici; j'ai espéré que je vous verrais quelquefois, que je pourrais peut être, sans vous gêner, sans vous peser, vivre pas trop loin de vous...
CHAMBRAY
Vous venez bien tard, mon amie, bien tard... Cela me pareil si étrange de vous revoir 1... Que nous ayons eu vingt ans; que vous ayez eu ces cheveux, cet yeux, toute cette grâce dont je me souviens; mie je puisse, eu parler
devant rouf-même comme de choses disparues, et que je
loti, moi, un vieux meaiienr àmii vous pouvez dire librement que VOUI l'aveiaimé; que nous ayons pu être heureui '•! m" i' '"' s"'' p'"s tompSj et que nous soyons là,
deUZ, tOUt MUlt, à nous dire nos secrets, sans Irouhle,
rougeur a. nos vieux tronti.., eit-ceque tout œla ne
vous remplit pas d'une mélancolie affreuse?