I.'IBÉRIK , LF. PONT P.T I.K CAICASE
Si les Chalybes ont «lù aux Sémiles île la Clialüêe la connaissance du bronze, les Sémites de l’Assyrie auront dû aux Chalybes celle de l'acier. A dater d'un siècle inconnu, mais qui est antérieur au dixième ou au neuvième, les Assyriens excellaient à aciérer leurs outils et leurs armes (p. 160).
Yprs l'occident, la trempe du fer se propagea du pays des Chalybes entre la guerre de Troie on toutes les armes étaient de bronze, et le siècle d'Homère où le procédé de l'aciération était bien connu de tous les Grecs '.
Des Chalybes a iront franchi l'Halys, et se seront établis dans la contrée où fut plus tard fondée Sinope. De la Paphlagonie leur industrie aura pénétré en Lydie, qui, au huitième siècle, devint un des grands centres du commerce et un des grands foyers de la métallurgie. La Lydie était en relations directes avec le Péloponèse, comme le prouvent entre autres les antiques légendes des Pélopides et dans les temps historiques la présence à Sparte du poète lydien Alcman. Nous dirons donc que le messénien Midias, qui passait pour l'inventeur de la cuirasse, était originaire du pays, la Phrygie ou la Lydie, qui avait pour roi des Midas, et les armes offensives et défensives que les Lacédémoniens avaient fabriquées les premiers (p. 1 66), étaient sans doute en fer du Taygète et en fer transformé en acier, chalybs, selon les procédés des Chalybes.
Cependant ces procédés seraient parvenus, par la grande voie mercantile du Danube, au peuple mineur et forgeron des Agalhyrses dans la Transylvanie, et dans les Alpes orientales aux Noriques, célèbres à Rome au troisième siècle pour leurs excellentes épées en fer aciéré. Les Noriques seraient donc les élèves des Agathyrses comme ceux-ci des Chalybes.
La route du Danube nous expliquerait comment, pendant l’âge du bronze, l'art de réduire le métal en lames au moyen de cylindres était à la fois connu sur les rives de nos lacs Romands et en Crimée. La Crimée avec ses Cimmériens, ses Taures, ses Scythes, n’a jamais été une terre métallurgique.
' Oit 9. v. 391.
LA DAMASQUINURE
Le laminoir, que ne possédaient point les Grecs, était sans doute une invention de nos Chalybcs.
Une autre découverte bien plus importante, que nous sommes tentés de leur attribuer, est celle d’incruster dans l’acier l’or et l’argent, ou la damasquinure. Telle n’est pas l’opinion généralement admise (p. 37). Mais M. Layard croit avoir retrouvé dans les ruines assyriennes des objets damasquinés. Or, comme les Assyriens étaient de trop rudes guerriers et de trop habiles politiques pour avoir le génie de l’industrie, et qu’ils avaient reçu des Chalybes la trempe du fer, nous ne pouvons que rapporter à ces derniers la gloire de cette nouvelle découverte. Il est d’ailleurs diflicile d’expliquer comment les Grecs, avant eux les Phéniciens, après eux les Romains, ont connu aussi peu la damasquinure que le laminoir.
Vers l’ère chrétienne il se lit une révolution dans les grandes routes du commerce, et le Caucase devint le principal pays de passage entre l'Asie et l’Europe. Alors peut-être naquit ou du moins grandit et se développa la métallurgie des peuples du Caucase. Nous supposons qu’ils fabriquaient des cottes de mailles et pour les Sarmates et pour les Parlhes. Mais ici s'arrêtent nos études. Nous ne dirons pas comment les mêmes plaques de cuivre se retrouvent chez ces montagnards et dans les tombeaux des Tchoudes. Nous ne rechercherons pas non plus si la métallurgie des Circassiens ou des Lesghis n’a point étendu son influence jusques sur la Sibérie au nord-est et sur la Scandinavie au nord-ouest. Il est fort étrange que les Bouriètes et les Kalmouks fabriquent des plaques de ceinturon et d’autres ornements en fer damasquiné d'argent, et que des plaques toutes pareilles en fer ou en bronze, soient une des pièces essentielles du costume franc et bourgonde, qui n’est ni romain ni grec. Il n’est pas moins surprenant que les mêmes dessins d’animaux s’entredévorant se voient sur les antiquités des Tchoudes sibériens et sur celles des Scandinaves et des Francs-mérovingiens. On peut aussi peu faire arriver ces Germains de Sibérie que les envoyer de l'Elbe et du Rhin coloniser la Daourie,
I/IBÉRIE, LF. PONT F.ï LF. CAUCASE
et le Caucase serait un centre tort commode pour faire rayonner en sens contraires les mêmes procédés et les mêmes motifs d’ornementation. Mais les luttes d'animaux symboliques, qui sont d’origine assyrienne et babylonienne, ne seraient-elles point un de ces nombreux emprunts que l’Occident a faits à l'Orient sous les empereurs romains? La damasquinure n'aurait-elle point suivi la même voie? Et les Gaules ne seraient-elles point, au lieu du Caucase, le trait d’union entre l’Asie d’une part, et la Germanie ou la Scandinavie d’autre part? Le Caucase, dans cette hypothèse, n’aurait été un centre métallurgique que pour les Tchoudes du moyen âge et pour les Bouriéles.
DEUXIÈME CHAPITRE
LTgyple.
Age du cuivre pur. Age dû bronze el de plusieurs autres mélanges de métaux. Age des armes eu fer.
Des Japhélites peu connus de l’Ibérie, qui ont dans le silence étendu leur action bienfaisante sur prés de la moitié de l’Ancien Monde, nous nous transportons brusquement chez les Garnîtes du Nil, les illustres Fils du Soleil1. Les Egyptiens se sont concentrés sur eux-mêmes. Ils ont, par leurs cités, leurs monuments, leurs canaux, fait de leur étroite vallée une terre des merveilles ; mais ils n’ont point essaimé, ils n’ont point envoyé au dehors de colonies. Ils ont fait des expéditions lointaines, mais non des conquêtes durables, et la Nubie est le seul pays qu’ils aient transformé à leur image. Les caravanes arrivaient chez eux de tous les points de l’horizon; mais ils ne visitaient point les pays étrangers et avaient même horreur de la mer. Les sages de la Grèce venaient s’instruire auprès de leurs prêtres : jamais ces prêtres n’auraient abandonné leurs temples pour voyager en Grèce. Aussi leur métallurgie, malgré son antiquité et le degré de perfection qu'elle avait atteint de fort bonne heure, n’a-t-elle pas franchi les limites de leur patrie, ou si elle l’a fait, ce sont des étrangers, les Hycsos, les Sémites du Delta, qui, dans les temps anciens, en ont emporté avec eux les procédés.
L’isolement de l’Egypte ressort d’une manière frappante des noms de ses métaux, qui ne se retrouvent nulle part ail-
1 Mitsraïm; mis, /Un; ha, soleil, en égyptien; im, terminaison sémitique du pluriel.
1/ kg ï Pil-
leurs : l’or, noub ; l’argent, hat ; le cuivre, mkk; le fer, benipe(?); le plomb, taiit; l’étain, ksbt ; le laiton , kasabel, kakhi *.
Les Egyptiens, qui n’ont pointeud’âge de la pierre (p. toi), ont possédé dés la plus haute antiquité l’art de fondre des vases et des statuettes d’or et d’argent, d’incruster l’or dans l'argent et de donner par la trempe au cuivre une extrême dureté (p. 8).
Les mines de cuivre du Sinaï (p. 91) ont été exploitées par les Pharaons de la quatrième dynastie (Chufu), de la cinquième (Uenu) et de la sixième (Pépi).
Avec Pépi commencerait l’âge du bronze, dont l’étain serait arrivé de l'Iran (p. 99). Certains scarabées en bronze, portant les noms des Pharaons de l’ancien royaume, sont incrustés en or et en argent. Les armes en bronze sont d'une étonnante élasticité. Ces bronzes prouvent par leurs différents alliages , que la métallurgie égyptienne ne se soumettait point en esclave à une règle unique, indigène ou étrangère (p. 163).
Les Egyptiens tiraient de la Nubie, dés les temps les plus anciens, leur or’, dont les mines étaient encore exploitées par les Arabes au moyen âge, leur cuivre, leur fer et leur plomb, ainsi que leurs émeraudes. Pendant leur dix-huitième dynastie, ils recevaient des peuples éthiopiens tributaires un peu d’argent et beaucoup d’or, en anneaux (p. 17) ou en poudre ; des peuples de l’Asie antérieure , de l’or en anneaux ou en lingots, de l’argent (d’Alybéî), du cuivre (d’Arménie, du Pont, de Chypre?), des briques d’étain (de l’Iran?), des briques de fer, sans parler de magnifiques vases
' L'Egypte ne produit ni soufre ni antimoine. Le nom égyptien du premier, tp.n, est sémitique, tan, ton; le tiieion des Grecs. Le subi, stihmi des Grecs et des Latins est l'égyptien stm. antimoine. Mais d'où viennent et le minerai et son nom? D’après M. Oppert, Salmanassar III (— 899 à 870) recevait d un Mérndae-Baladan du slibium avec du bdellium, de l'or et de l'argent. — I! est étrange que l'acier se dise çtali, en copte, stahl en allemand, st.au.in, sta..uin en celtique. Le cuivre bahut en copte est le beiikthe, laiton, en éthiopien.
’ Diod. 3, 12-14.
PAS rt'ÉPtfF.
en cuivre-bronze et en fer, de plats d’or et d’argent, du lapis-lazzuli, des pierres précieuses, de l’ivoire et de l’ébène.
Les Egyptiens, qui n’aimaient pas à combattre de près et corps à corps, avaient pour armes principales l’arc et le javelot; puis venaient la masse et la hache, et point d’épées. Ils empruntèrent aux Asiatiques la cuirasse à écailles sous la dix-huitième dynastie; plus tard, l'épée triangulaire ou à bords concaves, et une espèce de faucille dont le tranchant est extérieur.
Les Egyptiens ajoutaient au cuivre et à l'étain le plomb (p. 164), donnaient au cuivre et zinc ou au laiton le nom de Kasabel, formaient de cuivre et d’argent un soi-disant airain de Corinthe, dont ils faisaient usage pour les miroirs, et composaient de cuivre et d'or un autre métal pour des coupes de l’éclat le plus brillant. Mais Wilkinson, qui a réuni une foule de renseignements précieux sur la métallurgie égyptienne, nous laisse dans une complète ignorance sur son histoire.
Nous hésitons à faire succéder en Egypte à l’âge du bronze un âge du fer. Hérodote* nous dit bien que sous Psammétique, vers 660, les armes des Egyptiens n’étaient point en bronze, comme celles des Ioniens et des Carions, et il suppose ainsi qu elles étaient en fer. On a aussi observé dans les bas-reliefs des Pharaons que les armes en bronze font place à celles en fer et en acier. Mais l'épée fait défaut, et notre âge du fer est précisément l’âge des épées en fer mou ou aciéré.
TROISIÈME CHAPITRE
Les Sémites de l’Asie antérieure.