L'IBÉRIE, LF, PONT ET LE CAUCASE
Amazones, et couvraient le poitrail de leurs chevaux d'une cuirasse, c’est-à dire sans aucun doute d’une cotte de mailles. Os nomades de l’Oxus et du Jaxarte, ces Scythes de l’Asie, touchaient vers le nord aux Issédons, qui étaient probablement leurs frères V
Tubal et Mésec sont dans Ezéchiel ’ les Scythes qui sous Cyaxare avaient régné sur l'Asie antérieure. Les Scythes ont leur berceau dans la Scvthie ibérienne. Mais les Scythes d'Europe avaient oublié leurs origines, et leurs traditions ne remontaient pas au delà du temps où ils étaient établis dans l’Oural. Leur premier âge était non point un âge de fer, comme celui des Finnois et des Tarlares (p. 30), mais un âge d’or. Ils commençaient leur histoire par une légende d’objets divers en or qui étaient tombés du ciel sur le sol. L’or ne se trouve à la surface du sol que sur le versant oriental de l’Oural, dans la contrée dont les eaux se versent dans le Tobol, le lleuve de Tubal, aïeul des Scythes, et le Tobol reçoit Y/sset, dont les belles et fertiles vallées ont été la patrie des Issédons, qui par leurs mœurs sont de vrais frères des Scythes d'Europe et d’Asie. — Les Scythes d’Europe armaient leurs flèches de pointes en cuivre-bronze. Leurs vases de prix étaient en or, et ils connaissaient aussi peu l'argent que les Massagétes. Ils adoraient un vieux cimeterre en fer, symbole de leur grand dieu des combats *.
La tradition géorgienne, que la linguistique n’a pas encore contrôlée, déclare frères des Géorgiens les habitants de l'immense chaîne du Caucase, riche en toute espèce de métaux. Les Lesghis à l’orient, les Circassiens à l’occident, sont de nos jours célèbres par leurs talents métallurgiques, en particulier par leurs cottes-de-mailles en fer qui nous rappellent celles des Amazones (p. 169). Les Circassiens travaillent l’or et l'argent mieux qu’on ne le fait en l'erse et en Asie-Mineure, et fabriquent non seulement des sabres très-
• Herod. 1, 2J5.
* Herodnte 4. 1-83. Il faut expliquer 71 par 81 .
i.KS FORCERONS DI CAUCASE 1*3
recherchés, mais d’excellents canons de fusil en fils de fer tordus en spirale et damasquinés en argent. Leur dieu du feu, qui a pour prêtres les forgerons les plus célèbres, se nomme Tleps. Si Vulcain est contracté de Tubalcaïn, Tleps peut bien être une altération de Tubal.
Cependant nous avons vu déjà que les antiques idoles des Circassiens sont toutes pareilles à celles des Ostiaques modernes, et que les unes et les autres ressemblent d’une manière frappante aux plaques en cuivre desTchoudes(p. 34). Les Tchoudes avaient des armes en cuivre-bronze comme les Massagètes et les Scythes. Comme eux aussi, les Tchoudes étaient riches en or et ne connaissaient pas l’argent. Les Tchoudes exploitaient les mines de la portion de l'Oural où nous plaçons la seconde patrie des Scythes. Aussi les Tchoudes ne sont-ils, à notre avis, ni des Turcs, ni des Finnois, mais des frères des Scythes et des Chalybes, mais des Japhétiles de la race du forgeron Tubal ou Tobol.
Des sommets du Caucase Tleps-Tubal règne sur notre vaste province scythique( p. 35) qui, en s’agrandissant vers le sud, change de nom et devient le monde des Tubalides. Cette race s’étend de l’Halys et du Danube-Moyen à l’Amour, du Mazandéran et de l’Oxus jusques aux plaines glaciales de la Russie et de la Sibérie, et ce sont ces peuples de forgerons qui ont, par la métallurgie, posé dans les régions hyperboréennes les fondements d’une civilisation qu’elle seule pouvait faire naître et développer dans une nature aussi hostile à l'homme.
Essayons avec ces matériaux hétérogènes de reconstruire l'histoire de la métallurgie des Tubalides.
Le pays des Chalybes fut «la patrie de l'argent» depuis les origines de la civilisation postdiluvienne jusques au siècle de la guerre de Troie ou à celui d’Homère. D’Alybé ce métal était transporté vers le sud, en suivant une route qui devait nécessairement passer par Alep ou Chalébon, qui est une autre Alybé, et il se répandait de là dans toute l’Asie sémitique et en Egypte, comme nous le savons déjà par l’his-
LIBÉRIK. I.R PONT HT LK CAICASK
toire d'Abraham (p. 1(50). Ces mêmes Chalybes exploitaient leurs mines de cuivre et travaillaient ce métal sans l'allier à l’étain de l’Ibérie.
Les Tclioudes francbirent le Caucase, emportant avec eux l’art de travailler le cuivre pur et les métaux précieux. Arimaspes, ils dérobaient l'or de l'Oural aux grillons, c'est-àdire aux monstres antédiluviens dont les ossements étranges le recouvraient; sans doute aussi ils exploitaient le cuivre de cette même chaîne de montagnes, et ce sont eux »]ui livraient aux Massagètes et aux Scythes le cuivre de leurs armes, et l'or dont ils se paraient. Sous des noms inconnus des Grecs, d'autres Tclioudes tiraient du sein de la terre le cuivre et l'or de la Sibérie, «pie le commerce transportait vers le sud. Ils négligaient par des causes inconnues l’argent de la Daourie, de l’Altaï et de l’Oural. En Hongrie, les Agathyrses, que la tradition faisait frères des Scythes, et qui au temps d'Hérodote, possédaient de très-grandes richesses en or et en argent, sont, à notre avis, le peuple de l’âge transylvanien et hongrois du cuivre pur. Enfin, dans des plaines dénuées de métaux les Scythes erraient avec leurs troupeaux, ou ils labouraient un sol très-fertile au sud de la Russie.
Au quatorzième siècle, la Colchide était célèbre par l’or que l’on recueillait dans ses rivières à l'aide de toisons; les taureaux que Vulcain avait donnés au roi Aétès, étaient, dit M. Fournet, «quelque appareil métallurgique dont la soufflerie imitait les mugissements des animaux en question », et le soc de la charrue en acier indique qu’à cette époque les Chalybes avaient déjà fait la découverte de l’acier et commencé l'exploitation de leurs mines de fer.
Ces Chalybes avaient fourni aux Amazones leurs bipennes de fer et leurs cuirasses en écailles de poissons. La bipenne, aux temps de Xerxès et de Xénophon, était encore, avec l'épée des Amazones, l’arme des peuples du l’ont ainsi que celle des Chaldéens de l'Arménie. La cotte de mailles et la bipenne nous paraissent avoir une certaine valeur éthnograpliique et marquer d’âge en âge l’extension de la famille ou de l’industrie des Tubalides. L'une et l'autre se sont répari-
LES TCHOl'DES
dues chez les Assyriens, chez les Perses et, plus tard, chez les Parthes, chez les Massagètes et les Saces. Mais elles n’ont pas atteint l'Egypte; au moins ne les avons- nous trouvées sur aucun lias-relief. La bipenne sans la cotte de mailles avait trouvé le chemin de la Grèce, et elle était la hache des licteurs romains. La cotte de mailles était l’armure de prédilection des Sarmates au pied septentrional du Gaucase, et dans les derniers siècles du monde ancien, où Home accueillait dans son sein toutes les coutumes aussi bien que toutes les croyances, ses officiers ou ses soldats la portaient en bronze au temps de Polybe, en fer sous les Césars.
Postérieurement aux temps mythiques des Amazones et des Argonautes, les Assyriens poussèrent leurs armes victorieuses jusques au Pont, et nous supposons que leurs conquêtes ont eu pour conséquence l'établissement des Clialdéens dans le voisinage des Chalybes, avec lesquels ils se sont plus tard confondus. Ces Chaldéens étaient sans doute aussi des forgerons, mais des forgerons sémitiques, des membres de ce peuple qui avait donné son nom (casdi) à l’étain. Ce sont eux qui auront implanté chez les Tubalides l’industrie du bronze, dont les produits au septième siècle étaient transportés à Tyr.
Comme les Tchoudes ont eu après leur Age du cuivre un ;îge du bronze, et que leurs antiquités offrent les mêmes animaux symboliques que celles des Assyriens, on pourrait être tenté d’admettre que les procédés du bronze leur sont arrivés de l lbéric et du Pont. Mais les peuples de ces contrées travaillaient et trempaient le fer, ce que ne faisaient point les Tchoudes, et il faut donc que ceux-ci aient reçu par une autre voie l'étain et l’art de le mêler au cuivre. Or, les symboles assyriens avaient été adoptés par les Mèdes et les Bactriens ; les Bactriens avaient à leurs frontières ou en leur possession les mines d’étain du Paropamisus, et les Massagètes, qui étaient les voisins des Bactriens, tiraient leur or des Arimaspes ou des Tchoudes de l'Oural. Peut-être cet or s'échangeait-il contre l’étain de Bamiam, et les armes en chalkos des Massagètes étaient-elles des armes en bronze.
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