L’AGE DU BRONZE
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Notre siècle est en histoire celui des résurrections. Dans l'antique Orient, à la voix puissante de la science, les peuples duNil, du Tigre et de l'Euphrate sont sortis de leurs antiques tombeaux et ont commencé à nous raconter leurs exploits; les Aryas de l’Indus, dont on ignorait naguère encore jusques au nom, nous redisent aujourd'hui dans nos langues leurs hymnes védiques, et même la famille d’où sont sorties toutes les grandes nations japhétiques, a repris vie sous nos yeux avec sa civilisation et ses croyances religieuses. Dans notre Europe transalpine, dont les annales indigènes ne datent que de plusieurs siècles après Père chrétienne, l’archéologie à elle seule, sans le secours de la linguistique ni de la tradition, ni même de simples inscriptions, a pour ainsi dire recréé tout un âge du bronze dont l'histoire n'avait gardé aucun souvenir.
La restauration de cette grande période antéhistorique s'est faite, il y a trente ans déjà, dans deux pays voisins l'un de l’autre, le Danemark et le Mecklembourg, qui semblaient devoir être plus pauvres qu’aucune autre contrée en objets de bronze. Car ce métal est un mélange de cuivre et d’étain dont il n’existe aucun gîte dans les régions danoises et alle-
INTRODUCTION
mandes de la Baltique, et rien ne pouvait faire supposer que tlans la haute antiquité le commerce eût fait arriver de l'Orient et du Sud civilisés sur les rives barbares de la mer Scandinave, les ouvrages et les procédés d’une métallurgie très-avancée. La lumière que la science a projetée sur l’âge du bronze, s’est donc levée au point du ciel d’où personne ne l’aurait attendue. Depuis longtemps de nombreux savants anglais, irlandais et bretons étudiaient les temples bizarres, les alignements, les piliers, les autels érigés par les Celtes et les Druides. Mais ces pierres, qui (nous le verrons) dataient la plupart des temps du bronze, ne portaient aucune inscription; énigmes muettes, elles attendaient toujours en vain leur Œdipe, et ceux qui se présentaient pour les expliquer, ne proposaient que de vaines hypothèses dont aucune ne survivait à son auteur. Cependant les archéologues de Copenhague, ainsi que M. Lisch dans le Mecklembourg , préparaient de loin la solution du problème. Ils réunissaient dans un magnifique musée les instruments de tout genre en silex, en os, en cuivre, en bronze, en or, en argent, en fer, qu’on retirait des tombeaux et des tourbières de la Scandinavie. Comme ces objets ne se trouvaient point indifféremment tous réunis dans les mêmes lieux, il était évident qu'ils ne provenaient pas d’une même époque, et l'on découvrit qu’ils dataient de trois périodes parfaitement distinctes ; que les plus anciens étaient ceux en os et en pierre; que ceux du fer remontaient à peine aux derniers temps du paganisme, et qu’entre l’âge antique de la hache en pierre, taillée et polie avec soin, et les siècles historiques et modernes du fer, s’interposait une époque du bronze dont les débris étaient d’une singulière beauté. Cette grande et simple vue d'ensemble* sur les trois phases du développement des pays de la Baltique fut exposée en danois par M. Tbomsen en I83(i, en allemand par M. Lisch à la même date, et déve-
' Ces trois âges se trouvent indiqués déjà avec une grande précision par Lucrèce (5, v. 1282). Personne n’y lit allusion jusques à Eckliard, mort en 1730. Ce savant historien, qui a été l'éditeur d’une partie des