MONNAIES ANNULAIRES
qu'on pesait à la balance*. Cette forme annulaire de la monnaie s'est conservée jusques à nos jours au sud de l'Egypte, dans le Sennaar, avec beaucoup d’autres coutumes remontant aux âges des Pharaons. Elle existe aussi en Guinée, mais avec un nom qu’on dit irlandais (voir plus bas). Cependant les (laulois, avant de connaître et d'imiter les monnaies carthaginoises et grecques, possédaient comme moyen d'échange des anneaux, grossièrement travaillés, de cuivre, de bronze, de potin et de plomb, et M. le professeur üesor a trouvé de petits anneaux en bronze et de gros anneaux eu fer divisés en sections, dans deux stations de ce lac de .Neuchâtel ’ par où nous faisons passer une des grandes routes du commerce phénicien de l’ambre et de l’étain. Les Britons, nous dit Jules-César, avaient pour monnaie des anneaux de fer, et en Irlande on trouve dans les marais des anneaux de cuivre qui ont servi au même usage. Chez les Scandinaves enfin, il est question de chaînes d’or et, dans l’âge de fer, de bracelets en fils d'argent roulés en spirale, dont on détachait pour les marchés un ou plusieurs ronds qu’on appellait des baugrs (bagues). Cette monnaie annulaire n'a eu cours ni chez les Philistins, les Hébreux, les Assyriens, les Phéniciens, ni chez les Grecs, les Latins, les Etrusques. Elle n’a donc existé que chez un seul peuple civilisé, les Egyptiens, et nous ne connaissons que les Allophyles qui aient pu l’apporter aux Celtes. Les Celtes l’auront à leur tour introduite chez les Scandinaves.
Les sacrifices humains, qui ont été de tout temps fort communs chez les nations païennes, étaient en usage chez les Celtes pendant l’âge de pierre et avant l'arrivée des Sémites, ainsi que le prouvent leurs dolmens-autels (p. 09).
1 Pour les objets de peu de valeur, on faisait usage, selon toute vraisemblance. de plaques carrées de grès ou d'argile, qui étaient percées d'un trou comme la monnaie de cuivre des Chinois, et de scarabées de cette même substance, dont l'empreinte se voit sur les pièces d argent de Phidon (p. 215).
1 L’une des stations est de l'âge du bronze , l'autre de l'âge du fer. Pnla/itles. p. 07 et 95.
l.KS au.ophyi.es
Ce culte sanguinaire faisait aussi partie intégrante de la religion druidique, dont le dogme principal était la migration des âmes. Mais il y a contradiction absolue entre ce dogme, qui suppose que la vie terrestre est un temps d'épreuve, et un culte qui abrège ce temps pour toutes ses victimes, et qui prétend être agréable aux dieux en détruisant la divine économie du monde. Aussi les Egyptiens, qui croyaient à la métempsychose, avaient en abomination les sacrifices humains. Ce dogme est donc chez les Celtes une importation étrangère. Mais il n’existait dans tout l’Ancien-Monde qu'en Egypte et en Inde, et comme des romanciers seuls pourraient le faire arriver dans les Gaules depuis les rives du Gange, où il n'a pris naissance qu'aprés la 'chute du védisme, nous devons faire de la terre du Nil le berceau de la religion druidique. Or, nos Allophyles ou Ludites ne sont devenus des fils de Misra1, qu’à la condition d’avoir adopté sa grande et fondamentale croyance de la migration des âmes. Seulement ils ne se seront pas convertis aux idées égyptiennes jusques à renoncer aux sacrifices humains, qui sont un des caractères distinctifs du paganisme sémitique, et les mythes d’ Hercule et de Busiris prouvent assez combien ce culte était en vigueur dans le Delta pendant la domination des Allophyles. En émigrant d'Egypte , ils auront donc emporté avec eux et les sacrifices humains et la métempsychose, et les Celtes, qui déjà offraient aux dieux le sang de l'homme, auront accepté de ces étrangers la croyance à la migration des âmes.
Comme le foyer du druidisme était dans la Britannie et non dans les Gaules, chez les Carnutes et non à Narbonne, dans l'ile d’Anglesey et aux Stonehenge et non dans le Kent, les Allophyles auront pris la route de l’Ebre, et, subissant l’action magnétique du berceau de l’étain, ils auront gagné par mer les côtes sud-ouest de l'Angleterre, qui sont de toute l’Europe transalpine la région la plus druidique, la plus égyplisée.
1 Gen 10, 13.
METEM PSYCHOSE. SILOS
Au reste, le druidisme a en commun avec la religion égyptienne non seulement la métempsychose, mais les mystères avec leurs initiations, les lacs sacrés, les iles flottantes, les fleuves de la mort à traverser et de nombreuses allusions à l'arche diluvienne. Toutefois nous n'insistons pas sur ces points secondaires, parce qu’ils sont sujets à bien des doutes.
Ces Britons, chez qui nous conduisons les Allophyles, avaient certaines coutumes égyptiennes et sémitiques qui corroborent notre hypothèse.
Ils conservaient leurs blés dans des silos. Le grenier souterrain, qui suppose un sol très-sec et par conséquent un climat chaud, ne peut être en Angleterre qu’une importation étrangère, venue du sud. Il était inconnu des Gaulois : les seuls silos qu’on ait découverts en France, sont dans le pays de Gaux, chez ces Calètes qui faisaient un grand commerce avec la Britannie (p. H 5). Leurs excavations, qui sont assez nombreuses, ont une forme conique, une profondeur de 8, et un diamètre de 15 mètres; l’ouverture est un puits de lm 60e à son orifice. On dirait de vastes demeures souterraines plutôt que des greniers. Les silos sont tout aussi rares en Espagne qu’en France, à l’exception toutefois de l’Espagne citérieure, c’est-à-dire des côtes orientales et du bassin de l’Ebre , tout spécialement d’Osca et de Carthagène, (d’après Varron) \ de Tortose et de Valence (d’après les voyageurs modernes). En Italie il n'en existe à notre connaissance que dans la Fouille et en Sicile. Mais dans la région de l’Atlas, qui est une terre mi-libyenne, mi-sémitique, le silo est aujourd'hui encore d’un usage général, et porte le nom de mallamore, qui prouve sa provenance orientale. On a même découvert tout récemment en Algérie des tombeaux étranges qui ont la forme des silos, et que nous tenons pour être d’origine phénicienne (p. 82). Ils nous rappellent les immenses tombes royales de la Guinée et du Gongo. Si du sud nous remontons vers le nord-est, nous retrouverons le silo chez
' De agric., 1. ô".
LES AI.LnPHVI.ES
les Cappadociens , chez les Thraces, chez les Scythes, mais non chez les Slaves, ni chez les Scandinaves. Dans l’humide région de l’ambre , on serrait les récoltes dans des granges au siècle de Pythéas.
La région des silos est celle de la civilisation sémitique. La Britannie les doit aux Allophyles et aux Phéniciens; aux Sidoniens, la vallée de l’Ebre ; aux Philistins et Phéniciens, l’Italie. Les Sémites de Thasos et de Salmydessus auront appris l’art de construire ces greniers aux Thraces et aux Scythes. Les Sémites de l’Atlas, arrêtés dans leur marche par l’Océan, auront dirigé leurs pas vers le sud et se seront mêlés aux nègres de la (’.uinée et du Congo.
Les Egyptiens, les Hébreux, sans doute aussi les Philistins et (par les Pélasges) les Orées d’Homère ne fauchaient point comme nous le blé par le pi,ed, mais le coupaient avec la faucille au-dessous de l’épi*. Telle était aussi la coutume des Brilons, qui l’auront reçue de leurs civilisateurs sémitiques. Telle était celle des Scandinaves de Thulé, à qui les Brilons l’auront transmise. Peschiéra nous a déjà fait faire connaissance avec les faucilles en bronze des Philistins d’Adria (p. 226), et elles s’offriront à nous partout où le commerce appelait les Sémites et jamais dans les contrées distantes des grandes roules de l’étain et de l’ambre.
Les chars de guerre faisaient la force principale des armées chez les Egyptiens, chez les Cananéens et les Ludiles, chez les Assyriens, chez les Troyens et les Crées homériques. Or, mille ans plus tard, Jules-César retrouve chez les Brilons cette singulière manière de combattre. Les Caulois possédaient bien des chars pareils, mais en faisaient peu d’usage, et peut-être les avaient-ils empruntés aux Britons. Ici encore les Brilons donnent la main aux Orientaux par dessus les Gaules.
’ Nilsson, p. 127. — Rnth., 2, 15. 16. — Iliade 18, v. 550. — Dind. 5, 81.