MALTE ET COZZO
sculpté, présente dans sa partie supérieure la ligure d'un monstre. Les ruines d’un temple rjuadrangulaire ne contiennent pas moins de six de ces mêmes bilithes, qui sont incontestablement des symboles de la divinité. Les deux piliers verticaux, nécessaires pour supporter la pierre horizontale, ne comptent proprement que pour un, et le tout représente l’immutabilité du Dieu suprême, Amoun, qui domine le monde visible.
Sont pareillement phérésiensou liby-sémitiques : le cromlech ou trilithc de Malte, pierre oblongue supportée par deux autres plus étroites où sont sculptés un œuf et un serpent; à tîozzo, dans un temple à forme de trèfle, et près d’un cône phallique, deux pierres-levées à architrave.
Dans le voisinage de Leptis est un temple, unique sur la terre entière : la façade est formée de deux rangs de pierres très-hautes fichées en terre, et l’intérieur est orné de colonnes que M. Barth dit ioniques. Mais est-ce l’ordre ionique assyrien des temps antéhistoriques, ou l’ordre ionique grec des siècles de Cyrène et de Home? Quoi qu’il en soit, ce mélange de colonnes et de peulvans est fort étrange.
Sont phéniciens (p. 264) les temples cyclopéens quadrangulaires et hypèthres de Malte et des côtes libyennes*. Mais sont liby-sémitiques les temples hypèthres et circulaires, comme celui de Malte, cercle parfait de cent pieds de diamètre, avec des murs divisant l'étendue de cette circonvallation; comme celui de Baal à Carthage avec ses quatre murs concentriques; comme les deux temples jumeaux de Gozzo, compris dans une seule et même enceinte, et ayant chacun la forme d'un trèfle double, ou du feuillage d'un arbre s’arrondissant sur un tronc commun. Celte forme bizarre est celle de quelques nuraghes sardes et d'un temple gaulois, celui de Kerkevilie.
Sont phéniciens et syriens (p. 264): un cône de deux pieds dix pouces de hauteur et un autre cône obtus, qui se voient encore dans les temples de Malte et de Gozzo, ainsi que les
1 Dans l ile de Meninx le temple d’Herculc avec son autel d une grandeur extraordinaire était sans doute dans le style phénicien pur.
SYMBOLES UBY-SÉMITIQUES
deux cônes en quartz de deux pieds six pouces de hauteur, qu’on a découverts dans une grotte de l’oasis d’Augila, et un autre cône enfoui dans les ruines de Carthage. A Siwah l’élément phénicien se mêlait à l’élément égyptien : Jupiter Ammon y était figuré par une pierre conique comme le soleil à Emèse; mais il avait une tète de bélier comme le grand dieu de Thébes, et ce symbole égyptien s’était propagé au loin vers l’ouest. Sur une monnaie qu'on dit de Malte, se voient une tête de bélier, et uue femme voilée qui est l'Isis de Pharos et de Byblos(p. 264). Les Libyens attribuaient aussi des cornes à leur roi suprême, Milichius (melek, Moloc), qui ne différait peut-être pas de Macar, et le dieu de Leptis, Bel Macar, était d'après ses monnaies un bouc à queue de poisson. Nous retrouverons le symbole du bélier à LanlefI en Bretagne.
Sur les murs des temples maltais s’offrent à nous la spirale de Mycènes et de l'Asie sémitique (p. 202), le croissant lunaire, des cercles solaires, l’ibis égyptienne, le serpent. Mais à nos pieds sont taillés dans le roc deux vases qui (d'après M. Nilsson) n’ont leurs pareils que dans le cairn de New-Grange en Irlande : circulaires et de quatre pieds de diamètre , leur surface plate se relève et s’évase quelque peu sur les bords. Ils étaient probablement destinés à recevoir le sang de victimes humaines.
L’adorant (p. 264) avec ses deux bras bien dessinés est le type des monnaies de Cossura et de Carthage. Les bas-reliefs puniques le reproduisent plus d'une fois. On l’a retrouvé près de Leptis.
Malte avait(d’aprés Movers)ses trois dieux comme la plupart des peuples phéniciens. Sa triade était composée d'une Junon- Astarté chaste et sévère, qui est sans doute celle des Phérésiens et qui diffère complètement del'Astarté-Vénusde Tyr; d’un Hercule, Macar ou Milichius, et d'un Baal Chammanqui figure à la troisième place dans les inscriptions puniques, et que nous avons retrouvé en Biscaie (p. 108). Il existe encore à Malte des restes des trois temples élevés en l’honneur de chacune de ces divinités.