DOLMENS A AUGES
mies des grandes dalles qui recouvrent ces monuments, offrent des rigolos et des trous creusés à la surface pour recevoir le sang des victimes.
D’ailleurs ces dolmens présentent plusieurs particularités qui sont étrangères aux monuments celtiques. La dalle de l’autel a le plus souvent un angle plus élevé que les trois autres, et pointant vers le ciel comme pour implorer de la Divinité une réponse favorable. Parmi les pierres soulevées en l’air, il en est qui sont non des autels, mais des symboles de la Divinité : telle la dalle taillée avec soin et de forme rectangulaire qui repose sur une pierre unique, équarrie et assez basse, et qui a devant soi plusieurs pierres-fiches. Elle déborde de tous côtés son support, et nous y voyons le rudiment des bilithes T des Baléares, des faux trilithes T de Tripoli, ainsi qu’une preuve nouvelle de l’identique origine des Libyens orientaux, des Numides et de certains peuples de l’Espagne (p. 59). Puis, si l’enceinte du dolmen est carrée, à l’un des angles se dresse parfois un haut pilier, qui indique peut être, comme chez les Ibères et chez les Turcs (p. 51), le héros ennemi que le défunt avait égorgéde sa propre main. Certaines pierres cubiques sont percées d’un trou qui nous rappelle ceux des pierres des basinas. Un dolmen du Tarf, au sud de la Galle, grotte ouverte sur une de ses faces, est au centre d’un dallage circulaire de pierres équarries. Il y a d’ailleurs des dolmens sans enceintes et des enceintes sans dolmens. Enfin, la proximité des dolmens et des bazinas ou des tourelles et, surtout, un ou deux dolmens érigés au sommet de bazinas attestent que les Numides et les Libyens orientaux vivaient mêlés les uns avec les autres, et que leurs alliances avaient pour résultat la fusion de leurs coutumes différentes.
Les fouilles qu’on a pratiquées dans les auges sous les dolmens ont produit, entre autres: des objets en cuivre et en bronze, tels que des bagues (p. 194); des mors en fer; une médaille de Faustine et des boucles de ceinture identiques à celles des cimetières gaulois et franks. Ces trouvailles, mais plus encore la multitude immense de ces monuments, dont la
L’ATLAS
province de Conslantine est pour ainsi dire « constellée », les formes variées des enceintes, la longueur des avenues, tout indique que ce genre de constructions s’est perpétué pendant un Ires-grand nombre de siècles, et que chez les Numides comme chez les Scandinaves il a pu épuiser toutes les combinaisons dont il était susceptible.
Les autres monuments funéraires dans la province de Conslantine sont d’origine sémitique et phénicienne : ce sont des chambres cubiques taillées dans le rocher d’une colline, avec des portes carrées, oblongnes, ou même en forme de trapèze, et avec de très-larges disques sculptés sur les parois; c’est, ailleurs, une salle sépulchrale rectangulaire dont le haut a été taillé en voûte.
Nous rapporterons encore aux Phéniciens (p. 82) les silos funéraires du Jurjura, qui d’ailleurs existent aussi en grand nombre à l’ouest d'Alger, notamment non loin de Cherchell et de Ténez. Ils sont fort rares ou n’existent pas dans l’Algérie orientale. De forme circulaire, ils ont été creusés d’en haut dans des rochers peu élevés et l’ouverture qui regarde le ciel est fermée par d'énormes dalles. Quelques-uns présentent même souvent deux ou trois chambres communiquant entre elles. Autour des silos elfondrés sont disposées des pierres dont quelques-unes semblent avoir été travaillées.
Nous rappellerons enfin le sarcophage du Tarf qui reproduit exactement la forme d’une momie égyptienne, et ces deux tombes, ayant exactement la môme forme, qui ont été creusées à la surface rocheuse d’une colline voisine (p. 214).
Si nous résumons ce peu de pages relatives à l’Atlas, nous dirons:
1° qu’il n'existe aucune preuve directe et positive que l’Atlas ait eu son âge de pierre, et que le seul élément indigène que l’archéologie reconnaisse dans les antiquités libyennes, c’est le culte des morts et des astres;
2° que les monuments libyens n’ont à peu près rien de commun avec l’architecture cyclopéenne ;
3U que les mégalithes, piliers ou dolmens, appartiennent