RELIGION LIBYENNE
sémitique, et ce foyer a été assez actif pour influer puissamment sur la Grèce elle-même.
Cette civilisation liby-sémitique remonte à une trop haute antiquité pour appartenir à l'âge du fer. Elle ne peut, d’autre part, dater de celui de la pierre, puisque les piliers, les bilithes, les murs des temples ont été taillés ou sculptés avec des outils en métal. Elle s'est donc développée pendant l’âge du bronze, et, en effet, les Sémites qui l'ont fondée, Hyesos, Phérésiens, Sidoniens, connaissaient tous l'art de mêler le cuivre et l’étain quand ils abordèrent à Malte et sur les côtes du bassin des Syrtes.
b. l’atlas'.
Libyens, leur religion et leurs symboles; leurs tombeaux ; leurs piliers.
Libyens orientaux. Inhumation avec désarticulation. Cairns ou bazinas. Tourelles. ('.airns sur tourelles. Dolmens incomplets. Pas de culte des morts.
Libyens occidentaux , Numides. Inhumation et culte des morts. Corps repliés dans une auge, sous un dolmen-antel, dans une enceinte.
Monuments funéraires sémitiques et alloplnles : chambres taillées dans le roc, silos, tombes en forme de momies.
Résumé.
L’Atlas, antérieurement aux premières colonies sidoniennes, était déjà mi-berber, mi-sémite, ainsi que le prouvent et les traditions antiques et celles que nous ont conservées les historiens arabes. Mais cette vaste région est encore pour l’archéologie une terre bien peu connue, et nous ne nous y arrêterons pas longtemps.
La religion des indigènes on des Berbers parait avoir été le culte des astres ainsi que celui des morts. Les monuments et les médailles de l'Atlas nous semblent présenter beaucoup plus fréquemment que ceux de la Phénicie et de la Syrie le croissant lunaire et le cercle solaire. D'autres symboles assez communs dans le nord de l’Afrique sont la
’ Recueil de notices et mémoires de la Société a, la prorince de Constantine. 1863. — Mémoire de
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héologique de Letourneux.
L’ATLAS
colombe et le poisson, le serpent, l’œuf, le caducée et l’adorant, qui tous sont d’origine sémitique.
Les Libyens avaient, comme tous les autres peuples, la coutume de dresser sur les tombeaux des pierres brutes. Quelques-unes de ces pierres, qui datent de l’âge du bronze et des métaux, portent des inscriptions en caractères libyens ou touaregs. Une de ces pierres inscrites fait partie d'un cercle, de 2 mètres de diamètre, formé de pierres droites qu'elle domine de sa hauteur. Les enceintes de pierres-levées, circulaires, ovales, rectangulaires, avec une ou plusieurs pierres semblables au centre, ne sont pas rares dans les terres libyennes : les piliers du centre sont-ils des cippes ou des idoles? on ne sait. Après l’établissement des Phéniciens en Libye, les indigènes ont appris d’eux à tailler et sculpter leurs piliers qui représentent un homme ou un Dieu à tunique courte tenant à la main la pomme de pin assyrienne et ayant au-dessus de lui le croissant lunaire de la religion nationale. Ce croissant reparaît identique sur des cippes à inscriptions phéniciennes.
1“ Les Libyens orientaux, tels que nous les connaissons par les monuments funéraires de la contrée de l'Algérie voisine de la Tunisie, et tout spécialement par ceux du mont Aurès et de l'Hodna . inhumaient leurs morts sous de petits tertres, ou dans des tourelles, ou sous des tertres surmontant des tourelles.
Le tertre, dont le diamètre est de 9 à 10 mètres et dont la hauteur n’atteint pas 3 mètres, est un amas de rocailles contenu dans un mur de grosses pierres dont chaque assise est en retrait sur l'autre. Sur le sommet plat et large se dressent vers le centre trois ou plusieurs pierres disposées en un rectangle ouvert sur une de ses faces: c’est une grotte dolménique sans dalle qui la recouvre et sans porte qui la ferme. Ces cairns ou bazinas sont d’ordinaire entourés d’une enceinte circulaire de pierres-fiches peu élevées. Une de ces pierres est parfois percée d'un ou de plusieurs trous, comme les pierres des avenues sacrées et les bilithes de Tripoli (p. 207). Ces pierres trouées établissent l’identique origine
BAZ1NAS. TOURELLES
des Libyens des Syrtes et de ceux de l'Aurès. Près de ces bazinas sont sur le sol des espaces rectangulaires couverts de pierrailles et délimités par de grosses pierres.
Les tourelles sont formées de vrais murs perpendiculaires. Elles sont circulaires comme plusieurs tourelles des Syrtes. Le diamètre n’en est que de 7 pieds, et la hauteur ne dépasse pas 5 pieds. Une large dalle leur sert de toit. Sous le sol qu’elles entourent, est une auge rectangulaire que recouvre une pierre plate et dont la longueur n'est pas de trois pieds. Le corps y est couché sur le flanc, et il a été plié en deux après désarticulation du fémur (p. 78). Ce mode étrange d’inhumation nous rappelle que les habitants des Baléares', qui étaient libyens, brisaient à coups de massue les corps avant de les déposer en terre. Avec les ossements on n’a trouvé jusques ici que des vases en terre; point de haches en silex, point de bronzes. Ces tourelles ne sont jamais, dit-on, environnées d’enceintes en pierres-ficbes. Comme les basinas, elles n’ont point d’autels dolméniques sur leur sommet ou à leurs pieds. Le mort, une fois confié à la terre, n’était pas l'objet d'un culte; on l’abandonnait à lui-môme, on l’oubliait; ce que ne faisaient pas les autres Libyens.
Si l’on élargit la tourelle et qu’on la remplisse de terre ou de pierres, et si l'on construit sur elle une bazina, on a les deux mausolées colossaux du Médreçen et de la Romaine, ou des rois Numides. Le premier, qui est le mieux conservé, rappelle, sinon par sa hauteur, au moins par sa forme extérieure, le tombeau lydien d’Alyattes, cône immense se dressant sur une base circulaire à murs droits (p. 232).
La coutume d'inhumer dans des fosses rectangulaires, dans des tourelles, sous des tertres, s’est sans doute maintenue chez les Libyens orientaux jusques à leur conversion au christianisme, et l’on trouvera certainement un jour dans ces monuments des objets en bronze et d’autres, plus récents encore , en fer. Déjà l’on a découvert des fûts de
* Diod. 5, 18.
L’ATLAS
colonnes romaines dans les pierres de l'enceinte d’une bazina.
2° Cependant une autre branche des Libyens, les Numides, qui étaient, selon Salluste et les écrivains carthaginois, un mélange de Gélules et de Perses ou Phérésiens, ne connaissait ni la tourelle ni le tertre, et construisait dans le style dolménique des tombeaux et des autels tout pareils à ceux des Celtes. Cette ressemblance provenait de ce que les Phérésiens avaient, comme les Cimmériens du Caucase, les Cimrys et les Gaëls, la coutume d'élever en l'honneur de leurs morts des dolmens (p. 67).
Les Numides inhumaient leurs morts comme leurs frères de l'Aurès et ne les brûlaient point à la manière des Celtes. Ils repliaient le corps mort sur lui-même comme faisaient les Scandinaves de l’âge de pierre (p. 78), et le déposaient dans une auge ou caisse en pierres brutes (p. 68), parfois avec les os du cheval favori du défunt. Si le sol offrait un roc nu, on amoncelait un peu de terre qui présentait l'aspect d'un tertre fort bas, et l’on y ménageait la place pour l'auge. Sur cette fosse on plaçait horizontalement une large dalle, qui tantôt reposait immédiatement par trois de ses angles sur le sol, le quatrième étant soulevé par une grosse pierre, et tantôt était soutenue en l’air par quelques jambages. Le tertre était entouré d'une, de deux, de trois enceintes de grosses pierres disposées avec une régularité géométrique en rond ou en carré. Ces enceintes étaient reliées entre elles par des avenues de pierres fiches rangées sur une seule ou sur plusieurs lignes.
Le dolmen a d’ordinaire la forme d'un autel. Mais il a aussi parfois celle de la grotte sépulcrale ouverte sur un de ses côtés. Parfois aussi la dalle repose, non sur des piliers, mais sur des murs de gros blocs informes ou de pierres taillées (p. 267).
La pensée qui préside aux monuments des Numides, c’est le culte que les morts réclament des survivants et qui, d'aprés Hérodote, faisait toute la religion des Libyens d'Augila. Le dolmen est la chapelle érigée sur la fosse, et quelques-