LA SICILE. LA SARDAIGNE
sentait avec la langue pendante. Cette môme Astarté avec le croissant sur la tête était adorée des Sardes, comme le prouve un de leurs bronzes. Or l’Hercule Ogmius des Gaulois était aussi figuré la langue pendante. Un courant sémitique qui part de l'Asie, arrive dans les Gaules par la Sicile et la Sardaigne.
Les Nuraghes de la Sardaigne sont l'héritage d’une race liby-sémitique, celle de Sardus-Jorbas-Jolaus et du carien ou philistin Dédale, qui avait su pendant son âge du bronze imprimer un caractère spécial à la civilisation qu’elle avait apportée de son berceau africain. Ce sont des tours circulaires comme le sont exceptionnellement celles des Syrtes et de la Syrie (p. 270). Quelques-unes ont la forme d'une feuille de trèfle, ainsi que le temple double de Malte (p. 208). Hautes de cinquante pieds, en mesurant quatre-vingt-dix de diamètre, toutes se terminent en cône surbaissé, et cette forme conique est leur trait distinctif. Elles sont massives, les plus anciennes en pierres brutes horizontales, les autres en pierres équarries et rangées par assises régulières. Ce genre de construction s’est donc perpétué pendant un grand nombre de siècles, comme le prouve d’ailleurs le nombre de ces tours qu’on évalue à six cents, selon d’autres à trois mille. Dans le massif ont été ménagées avec beaucoup d’art une ou plusieurs chambres au même niveau ou à deux étages différents, et unies par un corridor ou par un escalier intérieur en spirale. La porte d’entrée, très-étroite et trèsbasse, est formée par une architrave plate. Les chambres sont voûtées en ogives par encorbellement, selon le style allophyle (p. 76). Dans ces chambres sont des niches qui semblent avoir été destinées à recevoir des corps entiers; mais on n'y trouve ni ossements, ni urnes, et l’on n’est pas unanime à reconnaître dans ces monuments des tombeaux. Les anciens ne nous viennent point en aide : Aristote parle vaguement de constructions très-anciennes; Diodore, de gymnases, de tribunaux, dont il ne reste aucun vestige. On recueille dans ces Nuraghes de petites idoles grossières.
LA CORSF,
hideuses, uniques; on dirait des diablotins. Une d'elles a sur la tète deux cornes qui rappellent les casques des Philistins (p. 232). Ces idoles, coulées d'un seul jet, sont en bronze. Elles situent donc dans l’dge du bronze la civilisation libysémitique des Sardes et avec elle celle de .Malte et des Syrtes dont elle est la fille*.
On a d’ailleurs découvert en Sardaigne, taillés dans le roc, des tombeaux phéniciens de forme cubique ou oblongue, et contenant d'un à quatre squelettes avec armes de guerre ou parures de femme. À l’entrée était une colonne à inscription phénicienne3. D’autres tombeaux, du genre des mausolées, semblent copiés sur ceux d’Antiphellus en Lycie.
Nous noterons en vue des bas-reliefs Scandinaves de Kivick, que les Sardes portent une longue simarre noire à capuchon et à manche, du nom de cabanna. C’est la lacerna cucullala des Romains, que nous estimons être, comme les Sardes primitifs , originaire de Libye et qui diffère peu du burnous.
Nous croyons reconnaître une autre trace des mœurs sémitiques des Sardes primitifs dans la coutume actuelle des pleureuses qui, parentes du défunt ou salariées, font retentir les airs de leurs cris et de leurs complaintes
En Corse, les bergers et la plupart des paysans portent ce môme manteau à capuchon, qu’ils appellent pelone. Mais cette île n’a ni nuraghes, ni traditions sémitiques ou libyennes, et les seuls monuments anté-romains qu’on cite, sont un dolmen rectangulaire à bassins et deux menhirs très-rapprochés l'un de l’autre, que nous supposons d'origine celtique.
* A Volterra sont deux tombeaux en forme do dôme, tout pareils aux nuraghes. Les Etrusques nous ont aussi laissé quelques statuettes assez semblables à celles des Sardes. — Stephens (Yucntan, t. 1, p. ‘133, en angl.) parle de constructions coniques, semblables au Trésor d'Atrée, qu’on a découvertes dans la vallée de l’Ohio. 11 n’admet pas qu’on doive recourir, pour les expliquer, à ( hypothèse d’une commune origine. (Dennis, Etrurie, t. 2, p. ltil).
* Nilsson, Appendice (en allem.), p. 30.
LES BALEARES
Les Baléares, au contraire, sont toutes liby-sémitiques. Elles le sont par leurs nuraghes, qui prennent ici le nom de lalayots, et qui sont aussi nombreux que ceux de la Sardaigne, et par leur Autel des Gentils, qui ne nous parait être qu'une variété de ces mômes nuraghes; — par leurs hauts bilithes en forme de Thau, qui sont les frères aînés des bilithes en miniature du Dir (p. 275) et les proches parents des faux trilithes de Tripoli (p. 267); — par leur antique coutume de briser les corps morts (p. 273) et par les débauches toutes libyennes* de leurs fêtes nuptiales; — enfin, par les noms sémitiques de plusieurs de ces îles ou de leurs cités. De la Libye, de la Sicile, de l’Italie méridionale, la grande route des Sémites se dirigeait par la Sardaigne et les Baléares vers l’Ebre etTarsis(p. 107) et non par la Sardaigne et la Corse vers la Ligurie et le Rhône.
1 Hérodote 4, 172.
DEUXIÈME CHAPITRE
La Péninsule Ibérique1.
Kpoquc antédiluvienne. — Les peuples qui ont habité ou rutoni>é l'Espagne : 1° Les Tartessiens japhétites; leur alphabet et leur littérature. - Légendes achéennes. — 5£® Les Ibères, d’origine inconnue; leurs cippes; leurs mines; leurs colonies en Cornouailles ; leur fer et leur acier. — 3° Les Phérésiens, liby -sémites; leurs villes et leurs monnaies; leurs dieux, taureaux sculptés, cabires; tombeaux; le cètre; le manteau noir; les dolmens. — Culte dans les grottes fatidiques. — 4° Les Sidoniens de l’Ebre ; les Tyricns de Gadès. — 5® Les Celtibères; armes, vêtements, dolmens. — 6° Les Etrusques; les Zacvnthiens, les Khodiens, les Mauiliens. — 7° Les Carthaginois. — 8® Les Romains. — Ruines de l'àgc du bronze. — Les quatre périodes des mines.
L’histoire de cette presqu’île remonte par la géologie jusques aux temps antédiluviens : prés de Madrid une assise quaternaire, inférieure (chose étrange) à celle qui contient les ossements d’éléphants, de rhinocéros, recèle des haches non polies en pierre, dont une est en quartzite ; c’est la première hache quaternaire qui ne soit pas en silex. Dans celte même localité, mais dans le terrain superficiel, sont des haches polies.
I" Après le déluge, la péuinsule hispanique a reçu, (selou la Genèse), son nom de Tarsis, de Japhétites issus de Javan ou Jon, que nous supposons établis à l’embouchure de l’Ebre (p. 211). Ce sont « les Dariens ou Doriens qui ont suivi depuis les Gaules un antique Hercule et habité les lieux voisins de l’Océan»’. Leur première cité s’appelait Üerkissa, Dertosa, ou d’après une médaille (d’une authenticité contes-
1 Strabon. 3. Diodore 5, 33-38. Pline 3. 2-4; 4 , 3-1-36. — Histoires d'F.sjtagne ou de Portugal de Ferréras, de La Clède, de Paquis et Doehez, de Rosseeuw Saint-Hilaire.
* Anira. Marcell. 15, 19
LA PÉNINSULE IBÉRIQUE
tée) Tartes', et le fleuve se nommait aussi Tartesse (p. 108). LesTartessiens, sous la dénomination de Turdélans ou Turdules* se seront étendus au sud, le long de la côte , où ils étaient voisins de Sagonte, et de la côte, vers l’ouest, dans le magnifique bassin du Bætis. Ils auront pénétré de là jusque dans les forêts du pays des Cunétes (Algarves) et auront occupé toute la Lusitanie jusques au Douro. Le lieu de leurs assemblées, leur ville principale, leur nouvelle Tartesse, fut Asla-la-Royale à l’embouchure du Bætis, dans la contrée de Geryon, où s'éleva plus tard Gadès. Ces Javanides atteignirent par eux-mêmes et de fort bonne heure un haut degré de civilisation : ils possédaient toute une littérature, histoires, lois rythmées, poésies, qu’ils disaient vers l’ére chrétienne avoir six mille ans d'antiquité*. Leur alphabet*, qui nous est connu par leurs monnaies de la Bétique et de la Tarraconaise, diffère fort peu des plus anciens alphabets italiotes, osque ou étrusque. Mais un peuple qui écrit des livres, travaille les métaux, et les Turdétans, s’ils ont eu jamais un âge de la pierre, l’avaient depuis longtemps dépassé quand ils faisaient usage de leur alphabet.
.Nous ne rechercherons point ici le degré de confiance que méritent les légendes ou les fables qui se rapportent : à la ville d’Llyssc située sur le versant maritime de la Sierra Névada; au port et à l’oracle de Méneslhée prés de Gadès; aux colonies fondées par le troyen Anlénor et par les Lacédémoniens dans les terres des Cantabres; à Teucer abordant à Carthagène et traversant en diagonale la péninsule pour venir s’établir en Galice et y fonder les deux villes d'Hellènes et d’Amphiloques. Ces traditions pourraient à la rigueur n’êtrc que des hypothèses d’un érudit tel qn’Asclépiade, qui
1 Redslol), Tarlessux.
’ Coinp. Bastétans et Bastilles, Siennes et Sicules.
1 Justin nous en a conservé un débris fort curieux dans la légende de Ilabis, qui se retrouve trait |«our trait dans les antiques livres sacrés, des Chinois f Peuple Primitif, t. 2, p. 593).
* Cet alphabet est d ordinaire appelé eellibérique.