‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 174 sur 254 · LES ACHÉENS. LES IBÈRES · texte numérisé non relu

LES ACHÉENS. LES IBÈRES

avait le premier enseigné la langue grecque aux Espagnols vers le temps de Sertorius'. Toutefois on conçoit l’étonnement des anciens, qui retrouvaient chez les Lusitaniens les jeux gymniques des Grecs, leurs hécatombes, leurs rites du mariage et la prédiction de l'avenir par l'inspection des entrailles des victimes (humaines), et l’on peut se demander aujourd’hui encore si des tribus achéennes, sœurs des Tartessiens, ne se seraient point réellement égarées jusques dans l’angle nord-ouest de la péninsule, où se sont confondues des peuplades appartenant aux races les plus diverses.

2° Les premiers étrangers qui se sont établis en Tarsis sont les Ibères, qui meme, d’après Varron*, en auraient été les plus anciens habitants. Par leur langue, qui vit encore dans le basque, ils sont entièrement étrangers et aux Aryas et aux Sémites. Sont-ils venus du Sud et de l’Afrique? de l’Ouest et de l’Amérique par l’Atlantide? ou du nord-ouest et des terres finnoises? on ne sait. L’histoire les trouve établis, sous le nom deCantabres, dans les Pyrénées d'une mer à l’autre. Ils occupaient les acropoles de l’Espagne, où ils se sont maintenus à travers tous les siècles, et leur caractère fait pour ainsi dire le noyau de celui des Espagnols modernes. Ils s’étaient d’ailleurs répandus sur toute la péninsule : dans la Lusitanie; sur les plateaux Castillans; dans la vallée du Bætis dont le nom en basque signifie le fleuve plein, et au sud-est jusques au Tader (aujourd’hui la Ségura).

Ils dressaient auprès du tombeau d’un guerrier autant de piliers qu’il avait tué d’ennemis (p. 31). L’archéologie n’a point encore retrouvé ces cippes. Elle nous laisse pareillement dans une grande ignorance sur la métallurgie des Ibères. Nous attribuerons aux Ibères une mine de cuivre, en Asturies, qui est la plus ancienne connue: elle olïre en

' Les Hellènes de la Galice, par exemple, sont des Grecs; ces Grecs sont les Graviens qui habitaient entre le Douro et le Minho, et ces Gravions, des Celtes demeurant dans des lieux escarpés, kraig. C'est ainsi que les Alpes occidentales se trouvent être des Alpes grecques.

5 Pline, Hist. nal. 3, 3. 3.

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effet le phénomène, inouien Europe, d’une exploitation sans un seu) outil en métal, avec de simples instruments en pierre et en cornes de cerf et avec le secours du feu (comp. p. 21). Les Ibères auraient donc, semble-t-il, travaillé le cuivre pur dans des temps antérieurs à toute histoire. A supposer que les Ibères aient été une race de mineurs, nous compterions au nombre de leurs tribus les Médubriciens, que Pline désigne sous le nom de Plumbarii, et qui exploitaient dans le mont Herminius (aujourd'hui Arminas; Sierra d’Estrella) des mines de plomb, qui ne sont aujourd'hui encore point épuisées. Enfin, nous avons vu(p. I l 8) que les Ibères prenaient une part très-active au commerce gaditain de l’étain britannique et que même ils ont colonisé la Cornouailles. Mais nous ne saurions dire s’ils ont eux-mêmes travaillé le bronze; car on n’a trouvé en Espagne qu'un seul celt en bronze, et on ne parle point d’épées en bronze indigènes, ni même gaditaines, déposées dans d’antiques tombeaux. Il ne serait au reste point impossible que les Ibères eussent, comme les Africains, passé immédiatement du silex ou du cuivre au fer; car, dans les iles Baléares les javelots étaient des bâtons brûles au feu et non armés, ou avaient des pointes en fer. Les Lusitaniens faisaient usage d’un court javelot tout de fer qui se terminait comme un hameçon. Les femmes ibères portaient un collier de fer surmonté d’un corbeau ou branche recourbée qui s’élevait en arc au-dessus de la tête et que recouvrait un voile. Du moins est-il certain que les Ibères avaient par eux seuls inventé l’art de fabriquer l’acier. Ils donnaient au fer une dureté -extraordinaire en enfouissant les lames de leurs épées en terre [tendant plusieurs années*. Ce procédé, qui n’est ni grec ou italiote, ni sémitique, ni égyptien, est certainement une découverte des Ibères. Ce qui est fort étrange, c'est qu’il se retrouve le même au Japon pour les socs de charrue et les ustensiles domestiques (p. 29)’. Les épées ibériques, dont on faisait à Home le

1 Diod. ô, 33.

1 Bock malin, t 5, p. 88.

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plus grand cas dès le quatrième siècle avant Jésus-Christ (p. 237), étaient à deux tranchants, et coupaient boucliers, casques et os sans que rien pût y résister. Le meilleur acier était celui de Bilbilis, sur un affluent méridional de l'Ebre. L’art de préparer ces armes s’est conservé jusques à nos temps: au moyen âge les épées de Tolède, en fer de Mondragon (Guipuseoa), étaient fort recherchées, et de nos jours encore les Biscaïens excellent, comme leurs ancêtres les Cantabres, à tremper l’acier et à fabriquer des armes.

3° Après les Ibères sont arrivés les Perses (p. 234), c’està-dire les Phérésiens ou plutôt les Liby-Sémites de l'Atlas et de la Sardaigne Nous expliquons par ces Perses :

1) le nom de Prse qui se lit avec celui de Saghts sur les monnaies de Sagonte ; celui de Perseiana (Prsehr, Persecahr, ville îles l'erses) sur la route qui conduisait de l'embouchure de l'Anas à Emérita, et celui de Bursada (Prsdes) à l’est de Madrid, non loin de Santaver*;

2) un certain nombre des noms de villes libyens qui sont communs à la péninsule et à l’Atlas, et en particulier les légendes d’un Hercule anté-phénicien fondant certaines cités, telles que Sagonte on Numance1 * * * 5;

3) les monnaies de quelques villes du bassin de l’Ebre ayant pour type l’éléphant, qui est le symbole bien connu de la Libye;

4) le culte des astres dans le sud de la péninsule, « culte libyen et non phénicien, » dit Movers'; en particulier celui de la Lune que les monnaies figurent par une tête de femme

1 Norax, qu'on suppose être l'inventeur des nuraghes, était arrivé d'Espagne en Sardaigne. Mais il n’est point sans exemple que dans les légendes des migrations le point de départ ait pris la place du point d'arrivée et vice versa.

* IJonop. L'Europe magusanienne, t. 5. — Avienus, Ora viarit.,

v. 150, donne le nom de mer Sarde à la portion de la Méditerranée comprise entre l’Espagne et l’Afrique, et Sarde est synonyme de Plié résien (p. 253).

s Movers, t. 2, 2, p. 629 et suiv.

* Ibid. p. 652.

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radiée ou surmontée d'un croissant, et qui est avec Hercule le type principal des monnaies espagnoles. Celte déesse bicorne est Astarotli carnaïm (p. 251). A ce culte de la Lune- Vache', se relie celui d’un dieu figuré par des taureaux en pierre, qui se voient les uns en Catalogne, les autres elles plus nombreux en Lusitanie. Ce dieu, du nom de Net, Néton, ébjit le Mars radié des Espagnols. Mais ce nom était celui du soleil à Héliopolis, où l’on consacraità ce dieu un taureau, et comme ce culte était étranger aux Phéniciens, nous le ferons arriver d’ Héliopolis et du Ta-Néter en Espagne par l’intermédiaire des Phérésiens. Les taureaux à inscriptions de Guizando attestent d'ailleurs que le peuple qui les a taillés, avaient des ciseaux en métal et connaissaient l’écriture ;

•’>) les traces d’un culte des Cabires forgerons, qui est plutôt cadmécn et allopliyle que phénicien, et qui doit avoir été très-florissant chez les Kéniens, les Kéniziens et autres Ludites du Ta-Néter;

6) les tombeaux en forme de momies d’OIerdola (p. 244).

7) Si les Ibères ne sont pas africains d'origine, ils ne peuvent avoir reçu que des Phérésiens le cplrc ou petit bouclier rond des Mauritaniens (qui est aussi celui des Britons), et cette longue tunique noire et traînante des antiques races de l'Atlas, qui était le vêtement des Sardes (p. 279) ;

8) Enfin, nous devons attribuer ù nos Phérésiens, à nos Numides (p. 254) une partie au moins des dolmens de la péninsule Ibérique. Mais ici les matériaux nous font défaut. Existe-t-il plusieurs espèces distinctes de dolmens dans cette région ? Quel est le trait distinctif des Antas du Portugal ? S’ils sont tous clos, ils offriraient une ressemblance frappante avec les dolmens-tombeaux du Ta-Néter. Mais y en a-t-il aussi de libyens à auges et à autels? Ou sont-ils tellement semblables à ceux de l’Armorique qu'il faille les donner tous aux Cellibères? Plusieurs n’ont-ils pas, comme celui

1 Depuis Hercule, dit Diodorc, les vaches ont été regardées comme sacrées en lbérie (4, 18).

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d'Eguilaz en fer à cheval (p. 70), un caractère tout spécial, qui ne se rencontrerait pas ailleurs et attesterait une civilisation indigène ' ? Nous noterons ici seulement deux faits: a) la présence dans le dolmen d’Eguilaz d’objets en silex, en cuivre, en bronze et en fer; d'où l’on peut, semble-t-il, conclure qu’iei comme en Libye et comme en Celtique, l’architecture mégalithique s'est maintenue à travers les trois âges ; — b) la distribution des dolmens espagnols qui sont nombreux sur les côtes sud-est, sud, ouest et nord de la Presqu’île, fort rares ou inconnus sur les plateaux Castillans et même dans le bassin de i’Ehre. Cette distribution s’expliquerait fort bien par nos Liby-Sémites arrivant du sud par mer, s’établissant dans les régions maritimes, et respectant le bassin de l’Ebre qu’avaient occupé dans ce même temps les Sidoniens.

Ces Liby-Sémites se seraient d’ailleurs fondus à peu près partout dans les Ibères et dans les Tartessiens ou Turdétans. On peut supposer qu’ils étaient le plus nombreux sur la côte méridionale de l'Espagne, où se sont établies plus tard de nombreuses colonies phéniciennes et carthaginoises. Cette côte était habitée par les Bastétans ou Bastules qui sont appelés chez les écrivains anciens Blasto-Phéniciens. Leurs monnaies, qu’on nomme à tort lurdétanes, sont par leur alphabet phéniciennes ou du moins liby-phéniciennes.

Nous placerons ici les traces, en Espagne, d'un culte mystérieux que nous retrouverons dans les Gaules, en Friande, au Mecklembourg, et que nous supposons d’origine sémitique et libyenne.

' Les groupes de trois à quatre pierres que Strabon (3, 1) place au cap Sacré (cap Saint-Vincent), et dont les visiteurs font le tour, étaient non des dolmens-autels, ni des dolmcns-tmnbeaux. mais des cromlechs, des piliers-idoles. — Près de Géréna (Grenade) est une multitude de piliers dont nous ignorons la distribution. — Les antas sont situés entre Garda et Penalva dans la vallée supérieure du Mondégo. Sur la route d'Alméida à Oporto est un cercle de 9 piliers hauts de 8 pieds.

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