LA LUNE. LES GÉNIES. TYPHON
un temple païen dédié à une déesse dont la statue ne fut abattue qu'en 1314. Elle était « maigre, haute, droite, nue, » sinon avec quelque figure de linge enlacé entour ses mem- » bres. » Elle passait, elle aussi, pour être une Isis. Le portail de Notre Dame offre aujourd'hui encore des traces du culte de cette même déesse, et au temps de Charlemagne il y avait à Melun un easlrum Iseos *.
La cuve d’Iit est toute pareille à celle qui se voit dans le temple du soleil à Lanleff*. Le culte du dieu et celui de la déesse reposaient donc sur une base commune, l'idée de fécondité, avec un sentiment accessoire de souillure et un besoin de purification.
Les divinités qui présidaient au mariage devaient être aussi les auteurs de la vie et rendre aux malades la santé. A Gucsnou (Brest) est un bloc de granit arrondi, percé d’un trou circulaire de 54 centimètres de profondeur sur 1 3 centimètres de diamètre. On obtenait la guérison d’un membre blessé en le plongeant dans ce trou.
A ces deux grandes divinités solaire et lunaire il faut certainement associer un Mercure figuré par certains piliers quadrangulaires (p. 53).
Nous avons expliqué l’innombrable armée de Carnac par la foi en une multitude innombrable de génies protecteurs qui sont peut-être les âmes des héros, des ancêtres (p. 54).
On dirait, enfin, que les Gaulois avaient un Ahriman, un Typhon. Près de Jublains (Mayenne) on voyait sur un monument nommé la chaire du Diable, l’empreinte gravée en creux d'un homme, les bras écartés, les mains ouvertes, avec des griffes aux doigts et des mains et des pieds. Au Port Faisant
' Nork, Dictionnaire mythologique (en allcm.), art. luis. Ces grossières statues d'Isis sont certainement antérieures au culte dlsis que les Romains ont propagé dans tout leur empire, et auquel se rapportent les inscriptions latines en l'honneur d’Isis trouvées à Nismes, à Soissons et en Flandre.
1 La cuve demi-circulaire qui servait autrefois de baptistère pour les baptêmes par immersion dans l'église de Sainl-Pul-do-Léon (Morlaix. Finistère), ne scrail-dle point un legs du paganisme?
LES GAULES
(Nantes) sont sculptées sur un dolmen quatre têtes d’hommes, dont trois sont hideuses; elles ont une bouche énorme, et le front est si écrasé qu'il n’y en a plus.
Les sacrifices humains sont attestés par les ossements jetés en désordre qui gisent sous les dolmens-autels. Ils se célébraient, dans le culte national, à la face du ciel sur les dolmens à bassins ou sans bassins, au dedans ou en dehors des nemedh, en l'honneur des dieux figurés par les menhirs ou les cromlechs. Mais il existait dans les Gaules comme en Espagne (p. 267) un autre culte qui s’enveloppait de mystères et affectionnait l'obscurité de grottes factices ou naturelles. Les anneaux du dolmen de Ilû (p. 335) indiquent la destination des temples mégalithiques (p. 70). On y égorgeait dans le silence et dans la nuit des victimes humaines. Ces anneaux, se retrouvant ailleurs, nous obligent à attribuer à ce même culte, que les Druides au reste ont pu s’approprier :
la grotte du mont Cornador (Clermont, l'uy de Dôme), avec des espèces d’anneaux taillés dans la roche ;
la grotte-temple d'Uzès (Gard) avec son autel à rigoles et ses trois anneaux * ;
le temple extraordinaire et souterrain dans l'arrondissement de Limoges, de forme absolument sphérique, avec un autel au dessous du centre, lequel avait été réservé en entaillant le sol tout autour, et avec cinq gros anneaux de fer, suspendus à la voûte au dessus de l’autel.
En terminant, nous mentionnerons les statuettes en bronze de l’époque gallo-romaine, décrites par M. Boucher de Perthes*. Elles figurent des dieux bizarres, qui sont étrangers au druidismelct que nous supposons lui être antérieurs*. Deux de ces statuettes ont les yeux énormes et la bouche très-petite. L'une a sur la tète un capuchon dont les deux ceins s’élèvent comme des cornes. Ce capuchon, ce man-
1 Malice sur le temple îles Druides d'L’zfs, par V. do Baumcfort. Lyon. 1861.
1 La statuette do Chiwa avec ses quatre liras et sa ceinture de tètes humaines me parait d'une authenticité douteuse.