‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 205 sur 254 · AGE DE LA PIERRE · texte numérisé non relu

AGE DE LA PIERRE

Les tribus qui ont érigé les tumulus de l'âge de la pierre, possédaient de nombreux troupeaux de bêtes à cornes et fort peu de chevaux. Tout indique qu’ils immolaient parfois l’épouse et des esclaves sur la tombe du défunt.

Les crânes sembleraient prouver la présence d’une race finnoise, touranienne, avant l’arrivée des premiers Celtes. Mais la linguistique n’est nullement favorable à une telle supposition. Elle affirme que les plus anciens habitants de cette région ont été des Gaëls, frères de ceux de l’Irlande. Ces Celtes, en se retirant devant d’autres Celtes, les Cymris, ont, en effet, laissé après eux un grand nombre de noms de lieux, et des ruines appelées ordinairement Maisons îles (lacis. Les Cymris de la race des Belges et les Logriens venus de la Loire (p. 1 20) ont formé, les uns à l’ouest, les autres à l’est, le peuple des Britons.

S'il est vrai que des Sémites ont colonisé de très-bonne heure le sud-ouest de l’Angleterre, l’âge de la pierre doit avoir cessé beaucoup plus tôt dans cette contrée que dans le nord. On n'a jusques ici fouillé que les tumulus du Wiltshire où sont les Stonehenge, et que ceux des comtés de Derby, de Strafford et de York. Or, là, sur 267 tumulus, 9 seulement contenaient des objets en silex sans bronze ni fer, tandis que, ici, sur 297, on en a compté 134 de l'âge de la pierre.

Dans ces comtés du Nord l’inhumation et l’incinération se font à peu prés équilibre pendant le premier âge : 53 squelettes repliés ou assis et 2 couchés, contre 48 brûlés (p. 79). Dans le Wiltshire, au contraire, qui est une terre du bronze, on a compté 214 tumulus à os brûlés contre 15 à squelettes repliés ou assis, et 13 étendus *.

Les vases en argile trouvés dans les tumulus anté-romains sont tous façonnés à la main sans la roue du potier, et n'offrent comme motifs d’ornementation ni lignes courbes, circulaires, ondulées, ni représentations de plantes, d’animaux

1 Lubbock, p. 101.

GRANDE-BRETAGNE

et d’hommes. Ici donc comme en Gaules ils sont de fort peu de secours pour distinguer l’âge de la pierre de ceux du métal, et ils nous fournissent une nouvelle preuve que la poterie était un art indigène qui suivait sa marche propre et progressait très-lentement, tandis que des étrangers introduisaient brusquement leur savante métallurgie du bronze (p. 326).

Les mégalithes, étant comme les vases de terre le produit de la civilisation indigène, datent eux aussi des trois âges. Le tumulus de West Kennet nous apprend qu’au temps de la pierre on remuait, dressait, couchait déjà des blocs de grandes dimensions. Certaines pierres branlantes (p. 35) et les piliers équarris des Stonehenge nous démontrent que l'on est resté lidéle à l’architecture dolménique dans la période où l’on était armé du ciseau métallique. Enfin, on a trouvé dans le Perthshire, sous une pierre-levée, des fers de cheval et des armes en fer (p. 71). Peut-être même un assez grand nombre de cercles de pierres sont-ils l’oeuvre des Danois qui ont envahi la Grande-Bretagne sous les Anglo- Saxons, et nous attribuerions à ces derniers certaines variétés de mégalithes qui se rencontrent à la fois en Allemagne et eu Angleterre, et qui sont inconnues en France (voir plus bas).

Les mégalithes, ainsi que les tumulus, sont beaucoup plus nombreux dans les îles et sur les côtes que dans l’intérieur des terres. Nous en concluons qu’ils se sont multipliés chez les Priions comme chez les Gaulois, sous l’influence du commerce maritime étranger et pendant l'àge sémitique du bronze (p. 329).

La Grande-Bretagne a, comme les Gaules, ses piliers, ses pierres oscillantes, ses dolmens-autels, ses pierres de sacrifice à bassins, ses cromlechs, ses grottes aux fées. Mais les [dus hauts menhirs des Britons ne dépassent pas vingt pieds (p. 336), et aucun de leurs alignements ne peut se comparer à ceux de Carnac. Les Gaulois disposaient donc d’un plus grand nombre de bras ou mettaient à leurs travaux plus d’ardeur et de persévérance. Mais ils n’ont rien à opposer aux Stonehenge et à Avebury : il y a ici de savantes combinaisons et, parait-il, des intentions symboliques, qui attestent

STONEHENGF.

«ne certaine culture intellectuelle et religieuse et l’action d’une classe sacerdotale. Or chacun sait ce que Jules-César dit des Druides1 : « On croit que leur doctrine a pris nais- » sance dans la Bretagne et qu’elle fut de là transportée dans » les Gaules, et aujourd’hui ceux qui veulent en avoir une » connaissance plus approfondie, vont ordinairement dans » cette île pour s’y instruire. » Pour nous, qui cherchons dans la Basse-Egypte les premières origines du druidisme (p. 216), nous supposerons que nos Allophyles avaient débarqué au fond du golfe de Bristol, et que, pénétrant de là dans les terres, ils avaient fixé leurs demeures dans la contrée des Stonehenge et d’Avebury, qui aurait été ainsi le siège principal du sacerdoce druidique.

Les Stonehenge appellent tout spécialement notre attention. D’après la tradition, ces piliers gigantesques auraient été transportés, par les génies, à travers les airs, d'Afrique en Irlande et d’Irlande à Salisbury. Cette origine africaine attribuée à ce temple circulaire nous rappelle le temple circulaire de Baal à Carthage (p. 268). Baal était le dieu du soleil, et voici ce que les Grecs, depuis Pythéas, racontaient d’un temple du soleil ou d’Apollon situé en Angleterre * :

« A l’opposite de la Celtique est une île qui n’est pas moins » grande que la Sicile, et qui est habitée par les Hyperbo- » réens ... Ils honorent Apollon plus qu’aucune autre divi- »nité, et ils se regardent comme des prêtres de ce dieu i» parce qu’ils chantent chaque jour ses louanges en un culte » continuel. Dans cette île est une magnifique enceinte sa- » crée qui lui est dédiée (un léméne, un nemedh, p. 61) et » un temple fort remarquable , de forme circulaire, orné » d’un grand nombre d’offrandes. La ville est consacrée à ce » dieu; ceux qui l’habitent, sont la plupart des joueurs de » cithares, et ils chantent incessamment dans le temple, en » s’accompagnant de leurs instruments, des hymnes où ils » célèbrent les actions d’Apollon. Les Hyperboréens parlent

' Bell. gall. 6, 13.

1 Diod. Sic. 2, 47, d'après Dératée.

GRANDE-BRETAGNE

» une langue qui leur est propre. Ils ont, dès les temps an- » ciens, une grande bienveillance pour les Grecs, mais plus » particulièrement pour les Athéniens et les Déliens... On » dit que, vue de cette île, la lune paraît à une très-petite dis- » tance de la terre et qu'on y observe très-distinctement des » élévations en terre. Enfin, on prétend qu’Apollon fait dans » cette île une apparition tous les dix-neuf ans... Les Bo- » réades régnent sur la ville et ont la garde du témène. » Ces Boréades sont les bardes, et ces joueurs de cithare sont encore ces mêmes bardes qui formaient la troisième classe des Druides. Cette période de dix-neuf ans est le cycle de Méthon et témoigne des grandes connaissances astronomiques de ces prêtres. Ces collines de la lune indiquent ou l’usage de verres grossissants ou de hardies et heureuses spéculations sur la nature des astres. Ce temple circulaire, ce sont les Stonehenge, et Apollon, c’est le soleil, c’est le dieu suprême sous sa forme solaire, c’est Baal.

Les Stonehenge, au dire d’anciens archéologues anglais, ont été construits par un peuple qui avait pour mesure, non la coudée romaine, mais celle des peuples orientaux. Le plan de cet édifice, formé de quatre cercles et ovales compris les uns dans les autres, est très-compliqué et très-savant. Il suppose d'ingénieux calculs qui prouvent, ainsi que les tenons en fer, une culture assez avancée, et le monument date sans doute des beaux temps du druidisme briton, qui sont peutêtre de la même date que ceux de la thalassocratie vénète. Les blocs énormes qui entrent dans sa construction, ont été apportés, aussi bien que les simples pierres-levées, d’une carrière distante de seize mille anglais et à travers une contrée très-accidentée.

Autour de l’édifice, sur un rayon de 3 milles anglais, on compte environ 300 tertres inégalement répandus dans la plaine, qui, plus loin, n’en offre plus qu’un très-petit nombre. Ceux qui ont été fouillés à une date déjà assez ancienne1, ont livré : des squelettes inhumés et des urnes contenant

1 D'après des brochures que j'avais rapportées de Salisbury en 1831.

STONEHENGE. AVEBURV

des cendres humaines ; des grains de colliers en ambre, en verre jaune, bleu et noir, et en cristal; des couteaux de cuivre, des armes en bronze, en particulier une hache en bronze du poids extraordinaire de vingt livres; enfin, de toutes petites plaques d’argent où étaient gravés quelques caractères. Des 150 tombeaux ouverts plus récemment par sir R.-C. Hoare ', 5!) contenaient des objets en bronze, et le corps avait été brûlé dans 120, replié dans i, étendu dans 3. Ces tombes, qui étaient sans doute celles des prêtres d’Apollon et des habitants de sa ville, appartiendraient à l’âge du bronze, attesteraient l'existence d’un commerce avec la Baltique (par l’ambre) et avec. l'Orient (par le verre), et dateraient même des temps relativement récents où les Britons et les Vénètes auraient tenté d'écrire leur langue.

l.e monument d’Avebury, formé de 030 pierres, dont 20 seulement sont aujourd’hui debout, est plus ancien que les Stonehenge, à en juger par la forme plus grossière des piliers, et « il les surpasse autant en étendue et en grandeur qu'une cathédrale fait une simple église de paroisse. » Il ombrasse dans ses limites la colline factice de Silbury, qui est la plus élevée de la Grande-Bretagne; elle mesure 170 pieds de hauteur.

Dans les temps historiques que comprend l’âge du fer, les Britons étaient des Gaulois attardés, des Celles ignorant encore, au dire des Romains, l'agriculture, l’industrie et le commerce*. Ils ne se nourrissaient la plupart que de lait et de chair, ne connaissaient point l’art de faire le fromage, cultivaient peu le sol, et ne possédaient point de légumes; ils étaient vêtus de peaux et marchaient pieds nus; ils se peignaient le corps en bleu, et même aurait régné parmi eux la communauté des femmes, la polyandrie*. Malgré les

1 Lulihork. |>. 103.

* Tacite. At/ric. ch. 11. H a ne ut y unies Ontli fueninl. — V. pour les sources p. 313.

1 Peut-être a-t ou pris le lê viral pour la polyandrie.

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