‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 216 sur 254 · CIVILISATION PAÏENNE · texte numérisé non relu

CIVILISATION PAÏENNE

siers en peaux ou en laine, et portait des objets de parure en or. Les Gaulois cisalpins nous avaient déjà donné l’exemple d'un pareil contraste (p. 318).

Cette même disparate existait sans doute entre le centre civilisé de l’Irlande et ses extrémités barbares. Si l'on ouvre les annales nationales, où l'histoire certaine commence en l’an 305 avant Jésus-Christ, il y est question : d’un roi Tighernmas, sous lequel l’or fut pour la première fois travaillé en Irlande; de son successeur Achy, qui promulgua une loi somptuaire fixant le nombre des couleurs qui devaient distinguer les six classes de la société ; du Grand-Fès ou convention nationale, dont on inscrivait les décisions dans un registre; d’un collège des savants; d’un magnifique palais à Emania; déjugés, les Bréhons, s'assemblant sur les collines dans des enceintes régulières de grosses pierres; de cours de justice municipale pour connaître des affaires des marchands et des artisans; de trois académies fondées à Tara vers le milieu du troisième siècle de l’ère chrétienne, et du Psautier de Tara, qui était le recueil des hauts faits des guerriers, que chantaient les bardes. Cette civilisation avait son sacerdoce, que nous n’appellerons pas druidique, parce que les'prètres de l’Irlande ne croyaient point à la métempsychose, comme ceux de la Bretagne et des Gaules, adoraient d’autres dieux et frétaient point constitués en une société hiérarchique d'initiés. L’Irlande païenne, dont les derniers siècles furent troublés par de sanglantes guerres intestines et par les déprédations de marins étrangers venus d’Ecosse, brilla encore du plus vif éclat en la personne de Fingal et d'Ossian. Mais il faut que l’ile Sainte fût à son pourtour habitée par des peuples singulièrement barbares pour que les écrivains classiques n’aient connu de ses mœurs que son cannibalisme. Au temps de Patrick, les Irlandais étaient divisés en deux races, qui d’ailleurs parlaient la même langue : les Scots, qui étaient les civilisés, et les Agrestes ou les sauvages, qui passaient alors encore pour anthropophages*.

* Saint Jérôme a confondu les Agrestes avec les Attacotti qu'il accuse de cannibalisme. 25

L'IRLANDE

La civilisation des Scots était en pleine décadence quand Patrick la releva en la pénétrant de la vie nouvelle de l'Evangile, et bientôt l’Irlande devint l’asile de la foi et de la science chrétienne dans l’Eglise ébranlée jusques dans ses derniers fondements par l’invasion des Germains.

CINQUIÈME CHAPITRE

Europe centrale.

Nous laissons derrière nous les contrées océaniques de l'Europe, les terres des Celtes britanniques et gaulois. Les bronzes splendides de la Baltique nous appellent vers les pays qu’ont explorés les grands maîtres, MM. Liscli , Worsaaë, Nilsson, et la linguistique (p. 382) s’oITre à nous pour nous conduire directement par mer de l’Irlande vers la patrie de l'ambre. Mais l’archéologie nous impose un travail bien autrement long et pénible. Elle a découvert entre les bronzes de la Nord-Europe et ceux de la Pannonie et de l’Etrurie des ressemblances si frappantes qu'elle nous oblige à pénétrer chez les Scandinaves par les routes des Alpes à travers les épaisses ténèbres qui recouvrent encore à nos yeux l'antique Germanie.

A. Rhétie.

Age de la pierre. — Route étrusque du Brenner. Graphite de Passau.

Les Rhétiens, qui étaient on les pères ou les fils des Etrusques, occupaient les Alpes des Grisons et du Tyrol et le plateau bavarois.

C’est à eux sans doute qu’il faut attribuer les outils en silex découverts tout récemment dans les stations des lacs de la Bavière, outils pareils à ceux qu’offre partout l’âge de la pierre, et dont l'unique intérêt est de constater une fois de plus l’existence de cette période.

L’âge du bronze chez les Rhétiens n’a été jusques à ce jour l’objet d’aucune étude spéciale. Mais à cette période appartiennent certaines antiquités qui ont pour nous un assez grand intérêt. Nous avions déduit des fonderies de bronze

LA RHÉT1E

trouvées en Allemagne l’existence d’une route de l’ambre par le Brenner, qui aurait été ouverte longtemps avant les Romains (p. H3). Or, près de Trente, dans la vallée de Cembra, gisait en terre un vase à eau (situla), sur lequel se lisent cinq inscriptions en caractères qui diffèrent fort peu des lettres étrusques, et sur le versant nord du Brenner, à Malray et à Sonnenbourg, sont des bas-reliefs, qui, sans doute, sont assez grossièrement dessinés, mais dont le style est incontestablement étrusque, et dont l’un enlr’autres présente une scène de pugilat toute semblable à celles des tombeaux de Chiusi et de Tarquinii. Auprès de ces bas-reliefs sont des fibules, des anneaux et des couteaux en bronzé, des pièces d'ambre et de corail et des urnes cinéraires d'une argile noire. Le Brenner a donc été le passage des Alpes par où se faisait le commerce étrusque du bronze et de l'ambre, et c’est prés de Matray qu'il faut chercher «les antiques monuments et tombeaux inscrits en lettres grecques » (on étrusques) que Tacite place aux confins de la Germanie et de la Rhétie*.

Au pied du Brenner coule l’Inn. L’Inn s’unit au Danube à Passau. Dans la contrée de Passau sont des giles d’un graphite très-pur, dont on fait des creusets dits de mine de plomb, qui sont très-réfractaires. Ces gites sont, avec ceux de Borrodale en Cumberland, les seuls en Europe qui livrent ce minéral à l’état d'homogénéité requis pour l’industrie. Comme dans toute la Germanie les urnes des tombeaux sont en très-grand nombre enduites de graphite, Passau ou Bojodurum a dû être dès la haute antiquité un des principaux marchés de l’Europe centrale*.

Cependaut la route du Brenner n’était point la seule par laquelle les bronzes étrusques pénétraient en Germanie (p. 3H). Le fameux vase de Græchwyl sera arrivé en Suisse par les Alpes Pennines (le Grand Saint-Bernard). La route du Splügen et celle du Septimer étaient certainement ou-

* Germanie , 3.

’ Keferslein, p. 178 Beudant. Gtfologie, 5' éd., p 213.

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