PALAFITTES DU MECKLEMBOURG
étaient autrefois (les lacs, ou sur les bords de la mer vers l’embouchure des rivières.
Les objets trouvés entre les pilotis attestent que ces villages appartiennent à l’âge de pierre, et l'on a rencontré précisément les mêmes instruments et les mêmes ossements d’animaux domestiques dans des grottes artificielles creusées le long d’une chaîne de collines à Dreveskirchen, près de New-Bukow (Mecklembourg), ainsi que dans certaines maisons de pierres, qu’on a récemment explorées à Hilvarsum en Nord-Hollande.
Mais une découverte bien autrement importante, c’est que les vases en terre, les haches de guerre en grünstein ou diorite, les coins en pierre-à-fusil, les pierres à aiguiser en grès rouge (p. 306) et les os d’animaux trouvés dans ces palafittes sont identiques à ceux des Lits des géants. Les peuplades qui construisaient sur les eaux leurs demeures ou qui les creusaient dans les collines, et qui ne possédaient que des outils eu pierre, étaient donc assez nombreuses, assez persévérantes, assez adroites pour transporter, dresser, soulever à six pieds de hauteur des blocs immenses. Or nous avons vu que les dolmens du Poitou ont pareillement été construits par les derniers habitants des cavernes.
Au reste, les habitants des villages aquatiques du Mecklembourg étaient au môme degré de civilisation que ceux des lacs alpins, qui pourtant n’érigeaient ni Lits des géants, ni dolmens. Sur les bords de la Baltique comme au pied des Alpes, tant en Suisse que dans la Haute-Italie, on cultivait le blé et l’orge, on élevait et nourrissait le bœuf, le mouton, la chèvre, le porc, le cheval, l'âne et le chien, on tissait le lin, on préparait le cuir, on construisait en bois des chariots à roues pleines, on faisait usage de peignes en os (p. 298. 303. 363). Les instruments ne différent entre le sud et le nord que par les espèces de pierres dont ils sont formés. La plupart sont en pierre à fusil dans tous les pays de la Baltique, en serpentine, diorite et autres pierres pareilles dans la Suisse.
Cependant les villages lacustres du Mecklembourg et les
LA NORD-EUROPE
Lits des géants occupent dans l’âge de la pierre une place plus voisine de l’àge du bronze que ceux des Alpes suisses. C’est ce qui résulte de la comparaison de leurs faunes : ici les espèces des animaux domestiques sont plus pures, là plus mêlées; ici l’aurochs existe encore et là il fait défaut; ici, parmi les bêtes sauvages, plusieurs espèces ont disparu depuis l'âge de la pierre, là toutes celles dont les os sont enfouis entre les pilotis, vivent aujourd’hui encore dans le pays, à la seule exception du castor.
Enfin, les villages aquatiques du Mecklembourg étaient eu relations de commerce avec les Alpes; car on trouve entre leurs pilotis ou dans les Lits des géants quelques celts qui non-seulement sont en roches des Alpes, en diorite, en serpentine, mais qui ont une certaine forme ovale étrangère au Nord, habituelle dans nos contrées. Ces celts étaient d’ailleurs pour les habitants de la Nord-Allemagne des objets de luxe et non des outils ni des armes, car ils sont aujourd’hui encore tous intacts, sans aucune brèche. Comme ces haches de guerre sont toutes percées pour le manche d’un trou rond, elles supposent, semble-t-il (p. 19), l’usage des métaux, et l'on dirait que le bronze était déjà connu des premiers habitants des Alpes aux siècles où ils livraient leurs celts en diorite aux peuples de la Baltique. Nous supposons, en nous appuyant sur l'antique route des fonderies, que ces belles haches percées arrivaient des Alpes noriques(p. 389) au Mecklembourg. Elles s’échangeaient sans doute contre l’ambre; mais l'ambre s'est rencontré jusques ici aussi peu entre les pilotis du Mecklembourg qu’entre ceux des lacs suisses, lombards cl allemands (p. 136. 228). Ce qui est en outre fort remarquable, c’est l’absence complète dans la Nord- Allemagne de ces pierres orientales qui abondent dans les dolmens et les lumulus gaulois, et qui proviendraient du commerce des Phéniciens (p. 223. 383). Les Gaules, en effet, devaient les recevoir bien des siècles avant qu’elles pussent pénétrer jusques dans le Mecklembourg.