PREMIERS TOMBEAUX SCANDINAVES
En Scandinavie l’âge de pierre compte deux espèces de tombeaux : les Tombeaux de pierre oblongs ou circulaires, qui correspondent aux Lits des Huns, et les Chambres des Géants ou Jettes, qui doivent leur nom à leurs dimensions colossales, et qu’on suppose avoir été la sépulture des grands. Ce sont de hauts tumulus coniques (p. 400) sous lesquels une allée dolménique conduit à la chambre sépulcrale. Cette chambre est le plus souvent circulaire, de la hauteur d'un homme et d’un diamètre égal à la hauteur; il en est d’ovales, les plus grandes sont oblongues. Les pierres en sont si grandes et si lourdes qu’elles attestent à elles seules l’existence d'une population très-considérable et sédentaire, qu’on ne peut pas sans injustice traiter de sauvage, malgré son ignorance des métaux. Ce qui ne veut pas dire que par exception telle tribu, réduite par la guerre à l’état de Bosjémans (p. 152) et tourmentée par la faim, n’ait pu devenir anthropophage1.
Les corps déposés dans ces deux espèces de tombeaux étaient repliés sur enx-mèmes ou assis. Auprès de leurs os se trouvent, ainsi que dans les tourbières, toute e'spéce d'instruments en pierre et en os, des poteries, une très-grande quantité de morceaux d’ambre provenant des côtes voisines et dans quelques cas même des cauries.
Ces tombeaux, trés-fréquents en Danemark, sont la plupart situés près des côtes de la mer Baltique. Ils sont peu nombreux dans l’intérieur des îles de Séeland et de Fionie, très-rares sur les côtes occidentales du Jutland, et assez également dispersés sur les côtes opposées du Sleswig et du Holstein. En Suède, où ils ne franchissent pas les limites nord de la Vestrogothie et du Smaland, on les rencontre dans les plaines maritimes et sur les rives des lacs. L’île d’Œland en possède un grand nombre et celle de Gothland aucun. Ils font pareillement défaut en Finlande, en Livonie
' M. Worsaaë a tenté de prouver dans une dissertation de 1861 que les sauvages qui érigeaient les tombeaux h galeries, se nourrissaient de chair humaine.
LA NORD -EUROPE
et dans la Prusse propre, jusques à Dantzig, où apparaissent les tombeaux analogues de la Nord-Allemagne (p. 399).
Les objets trouvés dans les tombeaux Scandinaves, tant ceux en pierre à fusil et en autres roches que les vases en argile, ne laissent pas de doute sur la communauté d’origine et de mœurs des peuples de la Nord-Allemagne et de ceux du Danemark.
Il est très-probable que le Danemark et la Scanie ont eu comme le Mecklembourg leurs villages aquatiques. Mais on ne les a pas encore découverts, tandis que l'on y connaît les fameux Kjukkenmodding, qui font défaut dans la Nord-Allemagne.
Ce sont d’immenses tas de débris de cuisine, qui s’élèvent comme des remparts, le long des côtes de la mer. Ces collines ont jusques à trois mètres et demi de hauteur, soixantecinq mètres de largeur et trois cent-vingt-cinq mètres de longueur. On y distingue quatre espèces de coquilles, en nombre immense; puis aussi des ossements d’animaux sauvages, aucun de renne (fait étrange) et un seul animal domestique, te chien; des ustensiles grossiers en pierre ou en os; de rares fragments de poteries; aucun indice d’agriculture. Des tertres tout pareils existent: en Ecosse; à l'embouchure de la Somme, prés de Saint-Valéry; dans la Cornouailles et le Devonshire; dans la Nouvelle-Ecosse, au Brésil, dans la Terre de-Feu (p. 20); en Australie (p. 18); à l'oulo-Pinang (Sonde); (sans parler des terramares, p. 2 2'5, et des collines de débris dans le voisinage de certaines villes de l’Orient, comme Smyrne).
Les Kjukkenmodding du Jutland et des îles Danoises prouvent que la configuration des côtes a changé depuis ces temps reculés, non seulement par des érosions de la mer, mais par des soulèvements du sol. La centrée était alors aussi couverte de forêts de conifères, qui ont complètement disparu. Les peuplades riveraines vivaient de coquilles, ainsi que de poissons et de gibier. Contrairement à l’opinion de M. Worsaaë, et d’après celle de M. Sleenstrup à laquelle se range à tout prendre M. Lnbbock, elles étaient conterapo-