LES GOTHS DE LA BALTIQUE
semble désigner, tantôt, tous les Germains parlant le basallemand, qui habitaient les côtes de la Baltique et de la mer du Nord, entre la Meuse et la Vistule; tantôt, dans un sens spécial, les peuples de la Baltique qui, sous le nom de Goths, se sont illustrés dans l’histoire de concert avec les Vandales.
Les Gothons, les Rugiens et les Lémoviens, dit Tacite (p. 397), « se distinguaient de tous les Germains par leurs boucliers ronds, par leurs épées courtes et par une docilité à leurs rois, » qui suppose des mœurs pacifiques, des besoins d’ordre et de sûreté, le genre de vie d’un peuple qui veut se livrer sans crainte aux soins de l’agriculture, de l’industrie et du commerce. Ces épées courtes, qui pour tout archéologue ne peuvent avoir été que de bronze, ce sont celles qui font la richesse des musées du Nord. Les boucliers ronds de ces mêmes musées, ce sont ceux dont nous parle l’écrivain latin, et cette civilisation plus ou moins avancée, qu’atteste la déférence témoignée à leurs rois par ces peuples armés du bronze, nous aurions pu la déduire de leurs handberges et de leurs loures, produits originaux d’une métallurgie nationale. Ici donc l’histoire et l’archéologie sont en un parfait accord; l’une possède les chefs-d’œuvre d’une race anonyme, dont l'autre lui fait connaître et le nom et la date, date toute récente au prix de l'immense antiquité qu’on se plaît parfois à attribuer à l’âge du bronze.
Comme nul fait ne nous oblige à admettre que dans la Nord-Europe et dans l’Europe centrale les peuples du bronze aient été d’une autre race que ceux de la pierre , nous devons attribuer aux Goths, aux Vandales les Lits des Huns du nord-est de l’Allemagne et faire passer leurs limites par celles de ces tombeaux. La Vistule-Inférieure serait bien ainsi, pendant les deux premiers âges, la frontière orientale de la race germanique (p. 399).
Par cette même considération, la civilisation primitive des Goths serait celle des palafittes, des cavernes et des tumulus de la Poméranie et du Mecklembourg (p. 41 1).
Les Rugiens de Ilugium et de Pile de Rugen auront trans-
LA NORI)-FCROPE
mis à leurs voisins, les Gollions, l’ambre, aussi précieux que l'or, qui, par la route de l’Oder (p. 146) et par le Danube (p. 141), sera parvenu aux Sémites du i’ont-Euxin. Ceux-ci auront envoyé en échange des bronzes, et des fondeurs auront par cette même voie apporté sur les bords de la Baltique les procédés de la métallurgie phénicienne.
Si nous relions par l’Oder et le Danube la Baltique allemande à l'Orient, c’est que les handberges, les casques, les vases à roue sont communs au Mecklembourg et à la Hongrie et étrangers à toutes les autres régions (p. 393). Notre province de la Nord-Europe devrait s’étendre du Julland à la Transylvanie, embrasser la Germanie orientale avec ses belles spirales et se nommer Banubo-Ilaltique.
C’est de la Hongrie que, dans notre hypothèse, les fondeurs établis chez les Goths recevaient leur cuivre ; car le Danemark n’en produit point; les mines de la Germanie, de la Suède et de l’Angleterre n'étaient point exploitées; celles de l’Aquitaine suflisaient à peine sans doute aux besoins des Gaules, et les Alpes, où les handberges sont inconnues, n’ont pas été après l’âge de la pierre (p. 412) en relations de commerce aussi fréquentes avec la Baltique que ne l’était la Hongrie.
La Hongrie a eu son âge du cuivre (p. 392), et ici se présente à nous une question importante. La Nord-Europe a livré à ses archéologues un assez grand nombre d'objets en cuivre, grossièrement travaillés, coulés et non polis. Ce sont des colliers et surtout différentes espèces de celts, sans une seule épée. Si ces objets sont bien réellement en cuivre pur, ils prouvent que les rapports entre la Hongrie et la Baltique remontent au delà de l’âge du bronze et sont antérieurs au commerce des Sémites qui ne travaillaient pas le cuivre sans l’étain. Mais dans ce cas les formes de ces celts doivent être les mêmes que celles des celts pannoniens en cuivre '. Que
1 L ue autre hypothèse serait celle qui ferait venir ces cuivres de l'Armorique par mer. On a trouvé un assez grand nombre de relis en cuivre à Laden (Morbihan).