CONSTRUCTIONS CYCLOPÉENNES
Mais parmi les quatre cents quatre-vingts monuments cyclopéens de l’Asie antérieure et de l’Europe méridionale, ceux-là même qui sont formés de blocs bruts, sont-ils bien de l'âge de la pierre ? ('.es blocs n’ont-ils pas été taillés sur une face, comme le dit Dodwell ? Un mur formé de blocs pareils n’offre-t-il pas, dans les ruines d’Argos, un bas-relief et même une inscription ? Les acropoles et les lieux sacrés dont ces murs formaient les enceintes, ne supposentils pas une civilisation supérieure à la sauvagerie des races dont le cell était l'instrument le plus parfait et le plus précieux ? La tradition ne fait-elle pas des Cyclopes, tout à la fois des architectes et des forgerons? Les murs de Myrénes sont formés, au moins dans leur partie inférieure, de blocs bruts, et, d’après Euripide, les Cyclopes qui les avaient élevés, faisaient usage de la régie phénicienne, ainsi que des divers instruments en métal avec lesquels on travaille la pierre. Celte régie était sans contredit celle dont nous parle Aristote : « la règle flexible de plomb des Lesbiens, qui était indéterminée comme ce qu’elle devait régler, et qui, une fois pliée, ne pouvait pas dans le même état servir à régler les autres. » Au moins est-il certain que la construction en pierres brutes s'est maintenue en plusieurs contrées fort longtemps après l’invention de la métallurgie. Ainsi à Rome, nous dit Denys d’ Ha I ica masse, « avant Tarquin l'Ancien, les « murs étaient en pierres brutes, assemblées sans aucun art, « et ce fut lui qui le premier fit bâtir avec de grosses pierres « taillées à la régie. » En Asie-Mineure, M. Texier a même découvert un mur cyclopéen qui, d’après une inscription, avait été construit sous le règne de Vespasien.
Les Cyclopes qui avaient élevé les murs de Tirynlhe, et qui passaient avec les Tyrrhéniens pour avoir inventé l'art de construire les tours * , venaient de l.yeie, terre sémitique. Les Lesbiens, dont l'ile se nommait aussi Pélasgie, étaient des Pélasges, c’est-à-dire, des Sémites de la race des Philistins. Les Philistins ou Pléthi habitaient eu Asie la Pnltiochide
1 Pline. Histoire nnt., 7, 57.
*6 LES LEGS DE L'AGE DE LA PIERRE A CELL'l Dll BRONZE
au nord du Liban. Or la Paltiochide a des monuments cyclopéens, et nous inclinons à faire de ce pays le berceau de l’architecture cyclopéenne. Nous attribuerions ainsi aux Paltiochiens ou Pléthi ou Philistins ou Pélasges toutes ces constructions qu’on appelle indifféremment cyclopéennes et pélasgiques, et les Cyclopes sont pour nous, comme les Dédalides, une corporation sémitique ou philistine d’architectes, de francs-maçons, qui de la Paltiochide avait émigré ou plutôt essaimé en Lycie. Les Cyclopes et les Pélasges, en s'avançant vers l’Occident, trouvaient d'ailleurs les îles de la mer Egée, la Grèce, l’Italie, habitées déjà par les tribus issues de Javan ou .Ion. Elles étaient sans doute à demisauvages ; mais par leur intelligence et par leur esprit entreprenant, elles n'étaient nullement inférieures aux étrangers qui s’établissaient au milieu d’elles. Elles auront bientôt emprunté leurs procédés industriels aux nouveaux-venus, tandis que ils auront pris la langue indigène, et s’il n'est aucune construction en blocs bruts, polygonaux ou quadrangulaires, qui ne soit de l’école des Pélasges, il en est sans doute plusieurs qui ont eu pour architectes des Ioniens, éléves de ces Sémites.
La voûte par encorbellement est le trait le plus accentué de l'architecture des Pélasges, qui se confond avec celle de leurs frères et voisins, les Phéniciens. Elle était, il est vrai, pratiquée aussi par les Egyptiens; mais comme ils n'ont jamais fait un grand commerce par mer, ni envoyé au loin des colonies, nous pouvons dans nos recherches ne tenir pas compte d’eux et admettre que toute voûte encorbellée témoigne de la présence de Sémites, Philistins ou Phéniciens. Cette forme de construction a deux types distincts : l'allée et la porte ogivales, et le trésor ou tombeau à coupole cylindrique, taillée d'ordinaire en voussoir.
Nous citerons : d’une part, les allées couvertes de Délos, d’Argos , de Tyrinthe , de Nauplia * ; la porte d’Arpinum;
1 4c ne sais quelle est la forme des deux cavernes . garnies de ro-