‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 54 sur 254 · IV. LES TOMBEAUX · texte numérisé non relu

IV. LES TOMBEAUX

Inhumation avec corps replies, assis, couchés, brisés, embaumés; mode primitif, mémo die/ les Àryas. — Surhumalion ; caisse cl chambre; lumulus, cairn, loinbcllo. Développement simultané «les lumulus die/ tes peuples les plus distauts : pyramides. — Grottes. — Dolmen, éd’culc , mausolée. — Fosse cubique avec foi eu la résurrection. Fosse horizontale.

Incinération, fruit d une révolution morale; surtout chez les Japhétite*. limes.

P.etour à l'inhumation par le christianisme.

Ou peut enterrer les morts, les brûler sur un bûcher, les jeter dans les eaux , les exposer aux bêtes sauvages, les embaumer; mais ces divers modes de sépulture n’ont poiid la même antiquité. L’inhumation est (avec l'embaumement, le plus ancien de tous, et elle a précédé l'incinération, ('/est ce qui résulte : des tombeaux de l’âge de la pierre ; de la croyance humanitaire en un lieu souterrain où les âmes descendent depuis la fosse (elles monteraient vers le ciel

files énormes et travaillées avec un art extraordinaire, à Alizea (auj Natalieo . en Vearnanic.

78 LES LEGS DE l.'AGE DE LA PIERRE A CELUI DU BRONZE.

avec les flammes du bûcher) ; des mythes des deux mondes relatifs aux fleuves infernaux: de la foi générale à l'évocation des morts qui arrivaient du sein de la terre et ne descendaient pas de la hauteur1. La forme antique s’est maintenue à travers toute l’antiquité chez la plupart des peuples sémitiques, chez les Egyptiens et chez les Chinois. Les Egyptiens et les Babyloniens ne se bornaient pas à inhumer les corps, ils les préservaient de la corruption en les embaumant, comme ont fait plus tard les ('manches. Chez certains peuples, que nous dirions Camites (Babyloniens, Troglodytes d'Ethiopie, Cafres et Hottentots, Noirs de l'Océanie, Péruviens, Brésiliens, Peaux-Rouges), on était ou l’on est si persuadé non-seulement de l'immortalité de l’âme, mais de la résurrection des corps, qu’on donne au cadavre dans le sein maternel de la Terre la position repliée de l’enfant dans le sein de sa mère. Il est digne de remarque que cette même attitude a été retrouvée dans des sépultures cubiques de l’âge de la pierre en Danemark, en Suède, en Suisse’ et dans les plus anciens tombeaux de l'Angleterre.

On confond parfois les corps repliés avec les corps assis. La position assise ou accroupie, qui a été, dit M. l’abbé Cochet, « de tous les temps et de tous les peuples, » suppose que le mort conserve dans le monde invisible les habitudes et le genre de vie qu’il avait sur la terre. Le corps couché par terre sur le dos exprime simplement la foi des survivants en une vie avenir qui leur est inconnue. Des barbares seuls, comme les Libyens, mettront en pièces le cadavre avant de le déposer dans la fosse.

La priorité de l’inhumation n’est sujette à contestation que pour les Aryas. VV. Grimm et, après lui, M. Ad. Pictet ont cherché à prouver par la linguistique seule qu’antérieurement à leur dispersion, ces peuples brûlaient les cadavres et que l’inhumation est chez eux tous d’une date postérieure. Si cette thèse était vraie, il eu résulterait nécessairement que

* Peuple primitif, t, 2 liv. 10.

1 Troyon. p. 385 cl suiv., cl dans les if a tt1 riaux de U. de Moriillei. p. 230. — Peuple primitif, l 2. p 313 339 621.

I\ IIS TOMHF.Al'X

l’Eumpe transalpine, dont les plus anciens tombeaux renferment des ossements non calcinés, aurait été habitée primitivement par une race non-arya (finnoise ou africaine), qui serait celle de l’âge de la pierre, et, comme dans la Nord- Europe l’incinération semble faire son apparition avec le bronze, l’âge du bronze serait celui des Scandinaves, des Germains, des Celtes, qui, venant de l’Asie centrale, auraient apporté dans notre Occident avec la coutume de la crémation l’art d’allier le cuivre et l’étain. Il faudrait donc chercher dans la Sibérie ou vers le Caucase Ip berceau de nos nations occidentales et le foyer de la métallurgie de leur âge du bronze. Mais les Cimmériens et leurs frères du Caucase ne brûlaient pas leurs morts (p. <»<»), et les peuples de la région caucasique n’ont certainement appris à mêler le cuivre et l’étain que longtemps après l’établissement des Celtes en Occident. Il y a d’ailleurs des faits positifs qui militent contre l’opinion de W. Grimm. L’Angleterre n’a jamais eu d’autres habitants que des Aryas, des Celtes, et pendant l’âge de pierre elle inhumait ses morts en les repliant plus souvent qu’elle ne les incinérait1. Les Gaulois brûlaient bien leurs cadavres au siècle de Jules-César; mais, à la même époque et beaucoup plus tard encore, plusieurs contrées restaient fidèles à la coutume primitive de l’inhumation. Nous verrons comment en Scandinavie la population de l’âge de la pierre était, selon toutes les probabilités, arya et non finnoise, et la crémation de l’âge du bronze un simple accident. Enfin, Cicéron et Pline déclarent formellement qu’à Rome l’inhumation fut le mode de sépulture le plus ancien \ et elle le fut pareillement en Grèce, où dans les temps anciens on ne brûlait les morts que sur la terre étrangère

L’archéologie et l’histoire ne peuvent donc accepter sur ce point spécial les résultats de la linguistique. Au reste,

1 Lubbock, p. 101. Sur 143 tombeaux de l’àpre de la pierre en Angleterre, 53 contenaient des corps brûlés, 55 repliés. 3 couchés et 32 dans une position douteuse ou non-indiquée.

* Cicéron, de legibus, 11. 22. — Pline. H ist n al., 7, 54.

3 Hermann. Manuel des anliquiUs grecques (en allem.). t. 3, p. 40.

M. Pictet semble ne se ranger qu'avec hésitation à l'opinion de Grimm', et M. G. Curlius se refuse à expliquer* taphos tombeau, par tap, ti p brûler, et à isoler fosse et fossé, taphos et TAPHROS, GRUFT et GRABEN.

La forme du tombeau dans le mode de l'inhumation variera selon la nature du sol et le degré de la civilisation. Le sol est-il dur, rocailleux, et l'homme n’a-t-il point de ciseau de métal pour y creuser une fosse? il déposera le corps mort sur la terre même. Qu’on nous permette de donner à ce mode de sépulture le nom de surhumation. Le corps est replié, assis ou couché; on lui crée avec des pierres un abri proportionné à sa taille, et on le protège contre les bêtes sauvages ou contre le froid (p. 67) en recouvrant de terre ou de pierre sa petite demeure (sa caisse, disent les Scandinaves). Si le défunt a été un grand, un prince, un héros, la caisse devient une vaste et haute chambre, et l’humble tertre un haut tumulus, qui ne peut être qu'arrondi et conique. Le tumulus en pierres se nommera cairn; en terre, t ombelle . Dans les contrées riches en blocs erratiques et en moraines d’anciens glaciers, la colline funéraire sera entourée d’une ou de deux enceintes de grosses pierres ou de pierres-levées et surmontée de cippes bruts , de baulasteine (p. 50). Les tertres des pauvres et du commun peuple disparaissent avec les siècles et s’affaissent au niveau du sol ; mais les tumulus demeurent. On les retrouve aujourd’hui, de même que les celts et les pierres-levées, pour ainsi dire sur toute la surface de la terre : en Virginie et au Pérou comme en Chine et en Sibérie, dans l’Asie occidentale comme dans toute l’Europe, chez les Grecs ou les Etrusques comme chez les Scythes ou les Germains, eu Troade comme aux Orcades, où l’on en compte deux mille.

Les tumulus qui commencent avec l'âge de pierre, se sont perpétués à travers ceux du bronze et du fer. Toutefois avec

< « Les concordances directes sont rares et peu certaines, et c’est sur- » tout aux étymologies qu'il faut demander quelque lumière. Cette » voie, qui n'est pas toujours sûre, ...» T. 9, p. 505.

* Etymologie grecque (en allem L 1. 2. p 81

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