IV. LES TOMBEAUX
le progrès de la civilisation, on les voit se modifier spontané ment de la même manière dans les contrées les plus distantes. Ainsi les Chinois dans les temps anciens donnaient à leurs tertres une base circulaire entourée d'un mur, et les tombeaux de Sardes et de Pergame, ceux d’une partie des Lybiens, plusieurs en Etrurie offrent une construction toute pareille.
I,a tombelle et le cairn deviendront quadrangulaires et pyramidaux si on les construit non plus en terre ou pierres amoncelées, mais en blocs taillés avec soin ou en briques. Tels sont les pyramides d’Egypte, le tombeau de Ninus, celui de la reine des Massagètes Zarina, celui de Porsenna, le moraï d'Obéréa (p. 18).
Cependant les pays de montagnes contenaient des grottes, dont l’entrée étroite pouvait être aisément fermée, et qui offraient un paisible asyle aux morts comme aux vivants. La caverne de Macpéla près d’Hébron était probablement l’œuvre de la nature et non de l’homme. Mais, une fois en possession des métaux, les peuples creuseront pour leurs rois et pour leurs grands dans le roc vif des tombeaux, plus ou moins ornés : ainsi en Egypte, en Assyrie, en Perse, en Judée, en Asie-Mineure , en Grèce, en Etrurie, en un mot dans toute la moitié méridionale de notre empire du brouze.
Le dolmen apparent et libre, dans les climats chauds et tempérés, est la demeure du mort chez les peuples à demibarbares qui ne rendent pas à leurs ancêtres des honneurs excessifs. Il devient chez les nations civilisées un édicule, quand il est formé de pierres taillées et sculptées avec art. L’édicule aboutira à de magnifiques mausolées
Nous revenons à la surhumation primitive, et de ce point de départ nous prenons une autre route. Le sol est meuble; l’homme est armé d’une petite houe en silex ou en métal ; il creuse et son travail avance peu, mais il ne compte pour rien le temps, et la fosse est enfin assez profonde pour que le corps mort soit à l'abri des bêtes sauvages et des oiseaux de proie.
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l.a fosse peut être carrée, eubigue, et le corps y sera replié sur lui-même selon la croyance primitive en la résurrection (p. 78).
Elle sera verticale et alTectera la forme d’un puits', au fond duquel le corps sera assis. Telle est la sépulture la plus antique des Chinois. Les puits étaient pareillement à Rome, d’après Festus et Vai ron, le mode le plus ancien de sépulture. On a trouvé à Cadix de petites citernes où un corps seulement pouvait tenir, et qu'on croit d'origine phénicienne. Les puits funéraires ne sont pas rares dans les Gaules, où ils mesurent de i à 9 mètres de profondeur (les urnes cinéraires que contiennent quelques-uns de ces puits, paraissent y avoir été déposées à une date postérieure par des générations nouvelles qui violaient d’antiques tombeaux). De nos jours encore, au Brésil, au Pérou, chez les Caraïbes, on dépose les cadavres dans des puits.
La fosse est horizontale et oblongtie quand le corps est couché sur le dos. Cette lorme-là, qui nous parait la plus simple et la plus naturelle, a été aussi la plus ancienne et même la seule en usage chez les Israélites fidèles à la tradition et à la loi. Ailleurs elle est plus récente que le puits et le cube.
Une forme de tombeau fort rare, au moins dans l’antiquité. est le cône ou la pyramide tronquée. Elle remonterait d'après les traditions phéniciennes aux temps antédiluviens, et à son origine elle ne se serait pas distinguée du silo ou grenier souterrain ’. L’Algérie possède quelques anciens silos funéraires. Un en a découvert un auprès de puits à Thoré (Vendôme, Loir et Cher). Dans les temps modernes, les Nègres de la Guinée et du Congo creusent à la mort de leurs rois d’immenses fosses, qui vont en s'élargissant avec la profondeur, et où descendent vivants les favoris et les serviteurs du prince défunt pour le servir dans l'autre monde.
1 Comte de Rochambeau. Mémoires sur les sépultures en forme île puits. France littéraire, 1 8(55.
* Peuple primitif, t. 3, p. 128.
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L'inhumation, sous ces diverses formes, a fait place, plus ou moins promptement, à l'incinération par le simple fait du progrès des idées, et des crises que traverse l’esprit humain. Chez les peuples aryas ou japhétiques, auxquels est échue en partage la tâche de développer en plein la civilisation, un moment de réaction est venu où l'âme a acquis le vif sentiment de sa supériorité sur le corps. Alors il lui a sufli de se savoir elle-même immortelle, et elle ne s’est plus souciée de la résurrection de la chair; elle a prétendu ne plus descendre avec son corps dans le tombeau et du tombeau dans les enfers, mais monter immédiatement au ciel, et pour s'y élever elle a inventé un mode nouveau de funérailles : le bûcher, avec la fumée duquel elle fait son ascension vers les dieux, et qui réduit à un peu de cendres sa dépouille mortelle. Alors les survivants ont cessé de déposer auprès du mort ses outils et ses armes, qui lui seraient parfaitement inutiles dans sa demeure céleste1. Alors aussi l’urne cinéraire fait son apparition \ et les tombeaux prennent des formes nouvelles, qui varient beaucoup, mais qui toutes témoignent par leur chétive apparence du peu de cas qu'on fait du corps mort.
L'urne parait avoir été inconnue des Egyptiens et des Sémites, peuples du passé qui étaient restés fidèles à l’antique inhumation. Elle est tout particuliérement arya, indo-européenne, japhètique. Je ne sais si elle existe en Chine et chez la race mongole. 11 est difficile de dire à quels peuples appartiennent les urnes de la Sibérie avec lesquelles on trouve des harnais et des miroirs métalliques (p. 34).
L'urne peut être déposée en terre, soit nue, soit protégée par des pierres, avec ou sans cippe. Souvent on la trouve
' D'après I.ubliock, eu Angleterre, sur 284 loin beaux où l'on n'a trouvé ni silex, ni bronze, ni fer, 223 appartiennent à la sépulture par incinération.
’ Il est cependant un pays où l'urne funéraire est antérieure à la crémation. Certaines peuplades du Brésil fabriquent en argile des vases immenses dans lesquels ils déposent leurs morts, assis ou presque debout, et qu'ils enfouissent dans des arbres ou dans des puils
enterrée à la surface des lumulus des précédents âges. Parfois elle a élé placée sur le sol même et recouverte d’un tertre de petites pierres. Ailleurs le haut lumulus de l’âge de la pierre a survécu à l'inhumation, et il renferme des cendres.
Les peuples, fort nombreux, qui, par les seuls progrès de la civilisation ou sous la puissante action de religions nouvelles, avaient abandonné l’inhumation pour l'incinération ou pour l’exposition, sont successivement ramenés par le christianisme à la tradition primitive, qui était l'expression des vrais instincts de l’âme.