‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 59 sur 254 · I. L’ÉTAIN · texte numérisé non relu

I. L’ÉTAIN

et à Rome on confondait la première étape continentale avec le lieu d'origine.

Les auteurs classiques ignorent entièrement la présence de l’étain dans les Gaules. Et cependant il y a des amas et des filons d’étain, ou des alluvions d’or et d’étain rappelant l'Oural et la Californie, dans le Limousin, dans la Marche, à Piriac* (Loire-Inférieure), à Pénestin (Morbihan). Même sur plusieurs kilomètres se développent des traces de laveries anciennes, notamment le long de l’Aurence, au nord de Limoges, et en général dans tout le Limousin. Le département de la Creuse contient des déblais et des excavations qu’on a pris jusques à nos temps pour des retranchements romains ou du moyen-âge, et que M. Mallard a reconnus pour être des travaux miniers de l'époque gallo-romaine ou môme de l'époque gauloise. Des exploitations pareilles qui « fourmillent » dans toute une vaste contrée, ne peuvent être que l’œuvre des indigènes*. Elles doivent ou remonter à une très-haute antiquité et se perdre dans la nuit des temps antéhistoriques, ce que ne permet pas d’admettre le caractère gallo-romain des ruines, ou être postérieures au siècle de Jules-César, de Pline, de Strabon, qui n’en parlent point, et dater de ces temps de décadence et de troubles où l’histoire a posé sa plume. On les aurait poursuivies jusques au moyen-âge; au moins sait-on qu’alors on exploitait l'étain en Armorique *.

La vraie patrie de l'étain d'Europe, ce sont les îles Cassitérides ou les Sorlingues, et la presqu’île voisine de la Cornouailles, qui est en même temps très-riche en cuivre. Ces îles ont été découvertes on ne sait d’où ni quand, par un Midacritus *, sans doute un marchand de Gadès, s’il n’est pas plutôt le dieu même des Tyriens, Melcarth. Vers l'an

' Ce pile a été découvert de nouveau en 1813 et exploité avec quelque espoir de bénéllce.

* Poumet, p. 75. ,

* D'après M. de Fréville, qui ne cite pas son auteur. J/cm. des antiquaires de France, 1855.

* Pline, Hisl. nat. 7, 57.

90 GISEMENTS DE L'ÉTAIN, Dli Cl'IVRE, DU PLOMB ET DU ZINC

600 avant l’ère chrétienne, elles alimentaient le marché de Tyr de leur étain, qu'y portaient les vaisseaux de Tarsis*. Hérodote, vers 450, les mentionne pour la première fois, sans avoir pu découvrir personne qui eût vu de ses yeux la mer septentrionale d'où arrivaient (à Marseille, par terre) l'étain et l’ambre *. Le premier Grec qui ait visité ces îles mystérieuses, c’est Pythéas, de Marseille, vers l’an 400.

Il y avait autrefois de l'étain en Irlande, d'après Nilsson, qui ne dit pas sur quoi repose cette assertion.

Nous mentionnons pour mémoire les mines d’étain de la Saxe et de la Bohème, qui n’ont été ouvertes qu’au moyenâge. Les analyses de M. de Fellenberg établissent d’ailleurs que l’étain des bronzes lacustres de la Suisse est si franc de toute impureté qu’il ne peut provenir que de la Cornouailles.

Point d’étain dans le Danemark, où cependant abondent les objets en bronze, ni en Suède, ni en Norvège. Le gouvernement russe a promis une prime de dix mille roubles à qui en découvrirait sur un point quelconque de cet immense empire.

En résumé, les gîtes de l’étain anciennement exploités sont, selon toute vraisemblance, le Paropamisus, l’Ibérie et les îles Cassitérides. La Galice est sans importance.

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