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LES TYR1ENS, LES GADITAINS

sacré d’un poète hébreu \ et les vaisseaux de Tarsis étaient si bien connus par leurs grandes dimensions qu'on désignait de ce nom-là tout bâtiment destiné à des voyages de long cours, aussi bien ceux qui naviguaient sur l’Océan-lndien que ceux qui faisaient le commerce de l’Espagne *. Il paraîtrait même que Tarsis avait pris le double sens qu’a de nos jours le nom des Indes, et désignait indifféremment la péninsule Ibérique à l’extrême Occident ou les contrées maritimes de l’extrême Orient*.

Les objets du commerce de Tyr avec Tarsis étaient sans doute au siècle de Salomon comme au siècle d’Ezéchiel * l’argent, le fer, le plomb et l’étain : l’argent des Pyrénées (p. 108) ou du bassin du Bætis; de ces quatre métaux c’était de beaucoup le plus important8; — le fer de la Biscaic; — le plomb de l’Ebre (p. 94) ou de Jaén; — l’étain de la Cornouailles. L’étain, le plomb et l'argent pouvaient arriver à Tyr depuis Cadix tout aussi bien que depuis Dertosa ou Tartesse. Mais le fer nous prouve que jusques au sixième siècle Tyr était en relations avec les ports de l’Ebre et de la Catalogne.

Cependant les (laditains, qui ne pouvaient ignorer le commerce que les Sidoniens avaient fait par l'Ebre et l’Atlantique avec la Cornouailles, n’auront pas tardé longtemps à s’élancer sur la mer à la découverte de la région stannifère. On objecte la longueur du voyage, les côtes inhospitalières de Portugal, les tempêtes du golfe de Biscaie. Mais on oublie que les vaisseaux tyriens franchissaient parfois en sept jours et sept nuits la distance qui sépare Carthage des colonnes d’Hercule *. Avec une marche aussi rapide, de Cadix ils auraient abordé en moins de douze jours aux Sorlingues.

' Ps. 72, 10.

* 1 Rois 10, 22. Comp. Es. 2, 16; 60, 9.

1 2 Cron. 9, 21 ; 20, 36; 1 Rois 22, 49

1 Jcr. 10, 9. L'argent venait de Tarsis on de l'Occident . l'or d’Uphaz ou de l’Orient.

* Scylax, § 111.

LE COMMERCE DE L'ÉTAIN

Les Gaditains, nous l’avons dit (p. 1 H), s’y rendaient directement depuis le cap Nérium des Artabres, qui est le cap Finistère de la Galice. Ils ne passaient donc point par Âmanum et Ménosca; aussi ne trouve-t-on, sur la côte des Asturies et sur celle de la France, aucune autre cité dont le nom soit phénicien, tandis que de Gadès au cap Nérium sont Olisippo, Colippo, Ebromagus. Cette navigation directe se conclut de la situation géographique que les écrivains anciens attribuent aux îles Cassitérides. Ils les placent en face du Nérium, à l’opposite de la Celtibérie; quelques-uns même, au devant du Promontoire-Sacré, qui est le cap saint Vincent des Algarves*.

L’histoire de Gadés et de son commerce nous est inconnue. Mais nous savons que vers l'an 470 à 460 avant Jésus- Christ’, les Carthaginois avaient envoyé un de leurs amiraux, Himilcon, explorer les contrées de l’étain ou les iles Britanniques, tandis que Ifannon semait 30,000 colons sur les côtes océaniques de la Mauritanie. Un poète latin de la fin du IV“* siècle, Aviènus, qui avait à sa disposition « les secrètes annales de Carthage’ », et qui en plus d'un endroit nomme expressément Himilcon , nous a transmis sur le commerce océanique de l’étain des renseignements très-précieux.

A ce commerce prenaient part non seulement les Gaditains (ou « Tartessiens ») d'origine tyrienne, mais « les colons carthaginois » établis sur les côtes de l’Atlantique et « la multitude » indigène « demeurant entre les colonnes d'Hercule*. »

« L’ardent Ibère parcourait ces parages de l’Océan sur sa barque légère faite de cuir5. »

« La côte (de la Galice) jette un cap vers l'âpre septentrion. » C'est le cap Nérium, d'où les vaisseaux se lancent vers la pleine mer. « Après deux jours de navigation , ils

' Denys Perieg., vers. 562 et les notes de C. Muller.

’ Car. Muller, Geoyr. grœc. minores, t. 1, p. XXI.

* Ora maritima , vers. 414.

* Ibid., vers. 113-115.

’ Descr. vers. 743. Comp. Ora, vers. 105.

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