‹ L'age du bronze ou Les sémites en OccidentChapitre 86 sur 254 · LES GADITA1NS EN CORNOUAILLES · texte numérisé non relu

LES GADITA1NS EN CORNOUAILLES

abordent à un autre cap qui s’avance (comme à leur rencontre), du nord vers le sud. Cette terre est une presqu’île que la haute antiquité a nommée Œstrymnis et qui porte aussi le nom d’Ophiusa, le pays des serpents. Elle a la grandeur du Péloponése et est habitée par les Cempses. Ces Cempses, qu’on distingue des Ibères, occupent en Espagne tout le pays qui s'étend de la région maritime du Bætis et de l’Anas jusques aux pieds des Pyrénées occidentales'. » Les Cempses semblent être les Celtibéres. Œstrymnis est certainement la Bretagne; ce nom , d’après Bochart, signifierait en hébreu le peuple caché , inconnu, et l'antiquité de ce nom garantit celle du commerce phénicien et maritime de l'étain. Nous verrons plus tard la part qu’y prirent les Gaulois de l’Œstrymnis ou de l’Armorique, les Osismiens et les Vénètes.

« Par de là cette péninsule s’ouvre le golfe Œstrymnique avec des îles du même nom. Ces îles (les Sorlingues et la Cornouailles), éparses au loin dans la mer, sont riches de leurs mines d'étain et de plomb. Elles sont très-peuplées, et leurs habitants ont le cœur fier, l’habileté qui donne le succès, la passion innée du commerce. Leurs barques sont de cuir (comme celles des Ibères)’. » D’après Denys, qui donne à ces îles le nom d'Hespérides, elles sont habitées par « la race opulente des nobles Ibères. » Ces Ibères, qui sont probablement venus de la Galice, sont les Silures de Tacite, et il est évident qu’au siècle reculé où nous transporte Avienus, ils étaient depuis longtemps établis dans la patrie de l'étain.

« De là à l’ile Sacrée (c'est ainsi que les anciens l’ont appelée), il y a pour un vaisseau une navigation de deux jours. Cette ile élève au milieu des eaux sa vaste surface, et la nation hibernienne l’habite au loin et au large 5. » D'où vient à l'Irlande ce surnom de Sacrée, qui suppose une civilisation très-avancée et très-ancienne ? et cette civilisation n’est-elle

' Ora, vers. 90. 91: 147-157; 161; 173; 195; 257 ; 301. Descript., vers. 480-482. Denys Per., vers. 338; Priscien, vers. 336.

* Ora, vers. 94-107. Denys, vers. 563. 564. Priscien, vers. 576

1 Ora, vers. 108-111.

LK COMMERCE DE I.ÉTAIN

point le résultat du commerce de l'étain qui avait attiré aux extrémités de l’Europe les Sidoniens de la Biscaie ip. 108) longtemps avant les Tyriens de Gadès ?

« Près de l’ile Sacrée sont les îles des Alliions, les Brétanides. Sur la cède (méridionale) bordée de rocs escarpés et de monts menaçants, habitent des Liguriens', » qui sont les Lloëgrys ou Logriens des traditions cambriennes.

Aviénus et Himilcon ne nous conduisent point dans la mer du Nord et vers les côtes de l’ambre, on n’abordaient donc pas les vaisseaux carthaginois.

Moins d'un siècle après Himilcon, un grec, un massaliote, Pythéas, visitait pour la première fois les deux berceaux de l’étain et de l’ambre (p. 90). Parti de Gadès, il s’arrêta chez les Osismiens, et voici ce qu’il dit des îles Cassitérides dans quelques lignes que Strabon lui a sans doute empruntées, et qui sont à nos yeux l’explication de l'âge du bronze transalpin.

« Ces îles sont habitées par des hommes qui portent des vêtement noirs. » A ces vêlements noirs nous reconnaissons à première vue nos Ibères (p. 1 19), car cette couleur sombre, qui est étrangère au génie et aux coutumes de la race celtique, est le trait distinctif «lu costume des Lusitaniens et des Celtibères. — « Ils ont des tuniques talaires, une « ceinture à la poitrine et un bâton à la main ; à les voir se « promener on les prendrait pour les Furies des tragédies. « Ils vivent de leurs troupeaux, la plupart à la manière des « nomades. » Aviénus nous les a dépeints moins barbares : peut-être faut-il distinguer la Cornouailles continentale plus civilisée et les îles Sorli ligues à demi-perdues dans l’Océan. — « Ils possèdent de l’étain et du plomb qu’ils échangent avec « les marchands, ainsi que des pelleteries, contre de la po- « terie, du sel et des objets en bronze ...» non en fer, et ainsi s'explique comment le fer n’est jamais mêlé au bronze dans les régions visitées par les marchands phéniciens; ainsi

1 Ora, vers. 112; 129-145. Deuvs. vers. 566

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