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Ed. MONNIER et C'«, éditeurs, 7, rue de l'Odéon, PARIS.
MONUMENTS HISTORIQUES
DE
FRANCE
Splendide publication grand in-folio
Les Moïiuments historiques de France paraissent par livraisons format grand in-folio, et comprennent six planches hors texte tirées en phototypie par la maison Peigné, de Tours, avec des notices illustrées pour chacune d'elles.
Ces notices sommaires, rédigées par Henri du Cleuziou, sont ornées de lettres et de culs-de-lampe empruntés aux détails d'architecture des monuments dont il est question, ou complètent, au point de vue du pittoresque et de la curiosité, notre splendide puhlication, en donnant quelques illustrations intéressantes sur les vieilles villes, lieux pittoresques où se trouvent nos monuments historiques. Nous publions également, en tête des notices, les blasons et écussons, en couleur or et argent, signalés dans le texte.
Chaque fascicule est enfermé dans une magnifique couverture en couleur, tirée en chromotypographie par la maison Crété, d'après l'aquarelle de Giraldon.
Lorsqu'une époque ou un genre sera complet — Époque : xii", xiii"^, xvi^ siècles : Châteaux, Églises, Monastères,, etc., — un article spécial en résumera les tendances, en donnera tous les caractères.
Des tables complémentaires, que nous publierons alors, serviront à faire un classement méthodique de toutes nos planches.
Les nécessités de notre œuvre nous forcent, jusqu'à ce classement définitif, à un semblant de désordre qui sera rectifié par la suite même de notre publication.
L'ouvrage paraît par livraisons à 10 francs. Les souscriptions sont de douze livraisons, mais peuvent, au gré des souscripteurs, être payables par trois, six ou douze.
11 a été tiré 30 exemplaires de cet ouvrage, signés, numérotés, sur papier du Japon, au prix de 20 francs la livraison.
LES TROIS PREMIÈRES LIVRAISONS SONT EN VENTE
La Quatrième est sous presse et paraîtra incessamment.
Pour conserver ces livraisons, nous avons fait confectionner un carton spécial que nous livrerons à nos abonnés ou acheteurs au fascicule, au prix de 2 francs.
14 LAGE DU IULMANÏISME.
{tort dit le nom « Nina » sur un pliilactère. Ce nom n'est pas sur le dessin original ; il était celui tic la femme d'Achille Allier, la jeune fille qu'il aimait passionnément. • Je retrarde ce dessin' comme le morceau le plus caractéristique légué par le romantisme au point de vue décoratif. Exécuté à la plume et au pinceau, à la sépia, sur papier calque; à la fois précieux et large, il a des ombres étoffées et des détails détachés avec un art rappelant l'œuvre magistral de Jehan Foucquet. La traduction en noir et blanc de ciiaque couplet occupe un cadre soutenu aux angles par des auges à ailes pointues, à large tunique de mousseline blanche. Les cuirasses des cavaliers, leur toque à plume droite, l'aumônièrc et le poignard à leur ceinture, ont la tournure la plus élégante et la plus mâle. Mais il convient d'admirer la fidélité architecturale des consoles supportant la composition, des niches où se dressent des statues de saints et de saintes, des jubés à jour, et enfin des tours à roses centrales et à paquets de colonuettes ogivales, sveltes et brodées, qui couronnent la composition. C'est comme une variation sincère et vive sur le thème de Notre-Dame de Paris. 11 est certain que les artistes avaient été profondément émus de ce que venait d'écrire Victor Hugo sur notre art national. Ce fut à lui que l'on dut d'avoir conservé les chefs-d'œuvre de notre art français au ^loyen Age. Toutes les idées, avant le plaidoyer du poète, étaieut portées, sinon sur le pseudo-grec ou le pseudo-romain, au moins sur la Renaissance. On eût demandé à l'archéologue le plus large en idées du xvni'' siècle : « Faut-il démolir [Notre-Dame, ou Saint-Germain-des-Prés ? » Il eût répondu : « Evidemment! C'est du gothique! » Si Lassus ne s'était intéressé à ces vieilles ruines, si Mérimée n'avait provoqué la création de la commission des Monuments historiques à la suite de l'effort des Romantiques, on rasait tout à Paris pour y construire des Madeleines ou des Bourses. iN'a-t-on pas vu. en plein second empire, la ville de Rouen démolir une partie de sa rue du Gros-Horlose ?
Toute l'âme de fauteuil est dans les eaux-fortes qu'il grava pour Victor Hugo, mais il ne lui donna ni tout son talent, ni tout son temps. Les éditeurs n'avaient pas pour lui toutes les sympathies i dit-on au moins de Renduel. qui ne parait pas avoir mis sérieusement en vente la livraison contenant les titres pour les OEuvres de Hitçp (1832, in-8"), pièces rarissimes et que nous reproduisons ici . Mais les auteurs l'avaient pour camarade, étaient flattés de se sentir si bien pénétrés. }sous n'avons point la prétention de citer tout ce qu'il a fait pour eux; ce serait l'objet d'un volume spécial, en y comprenant les lithographies, les titres de romances, les affiches pour opéras. Nous rappellerons simplement celles que nous collectionnions, il y a vingt ans, en les choisissant parmi les plus caractéristiques ou les plus délicates.
Après les Hugo tels que Mar/'e d Angleterre et Lucrèce Borgia, et un grand nombre de titres pour les romances de Monpou, Sara la Baigneuse, la Fille d'0-Taïti, la Chanson du Fou (dans Cromirell:, \a Juive. Cas/i Belza, etc., il faut citer la couverture pour les Impressions de voyage, celle des Drames, et la vignette pour Angèle de Alexandre Dumas. Puis viennent L'n Clair de lune pour Albitte, la Bédouine pour Poujoulat, Venezzia la Bella pour Alphonse Royer, les Poésies de Tampucci, le Balcon de l'Opéra pour J. d'Ortigues, la Cape et l'Epée pour Roger de Beauvoir, les Étrennes pittoresques, et peut-être avant tout,
l. Le dessin, que j'ai recueilli autrefois cliez Dauvin, a servi de calque pour l"eau-forte, laquelle mesure 67 cenliraétres de liauteursur 37 centimètres de largeur. On la rencontre toujours en noir. Cependant j'en ai une épreuve sur chine, avec les couplets en encre rouge, et jen connais chez M. Désesglises une épreuve avant les vers. Elle est datée « 1833 ». L'original fut acheté à Achille Allier (sur qui nous reviendrons), 300 fr. au Salon de 1835, par la Liste civile.
les Jeune-France pour Théophile Gautier, — duquel Gautier il a donné dans la Galerie de la Presse une effigie chevelue qui devait être fort ressemblante.
Parmi les nombreux — j'écrirais plutôt les innombrables encadrements ou titres de journaux littéraires et artistiques — il est amusant de signaler un prospectus pour la Salamandre, « Compagnie d'assurance contre l'incendie et la fumée, pour Paris, déparlement de la Seine, seulement. » G/esl une lithographie à la plume, procédé qu'il exerçait avec une légèreté telle qu'on peut souvent croire que l'on manie une épreuve tirée à l'aide d'un cuivre. Le Myosotis fut également un recueil fort élégamment encadré.
J'ai parlé de sa collaboration à l'.-lr/w/e, auquel il donna, entre autres, les Décors pour le bal d' Alexandre Dumas (1833), pièce aussi parfaite d'exécution que curieuse au point de vue historique, et qui ne se rencontre presque jamais intercalée dans les livraisons. Le Monde dramatique exige une mention toute particulière. La publication, en huit volumes in-8°, se rencontrait autrefois dans les boites des quais pour une dizaine de 'francs. Entrez aujourd'iiui (liez un libraire fournissant des bibliophiles, et demandez-la-lui! Il vous la fera trois cents fiancs avec la froideur d'un libraire certain de la hausse. Et achetez-la si vous aimez les JN'anteuil. C'est d'abord un « titre » compliqué, mais spirituel et bien renseigné sur l'histoire du théâtre, qui orne le tome premier (183.3). Puis (je cite sans ordre) un superbe décor de. Don Juan de Marana, avec M"° Ida faisant l'ange dans une niche; la scène dernière de V ne famille au temps de Luther, une des plus mâles eaux-fortes de l'école française de ce siècle. Le décor du premier acte de la Esmèralda (l'opéra écrit par Hugo et mis en musique pour M'"' Louise Bcrtin) appartenait à Philastre et Cambon, mais Nanteuil en a traité l'image avec tant d'effet, l'a repris à l'aquatinte avec tant de décision dans les ombres, qu'on le prendrait volontiers pour un de ces étranges et robustes dessins que Kugo dessinait, en causant, sur l'angle d'une table, trempant sa plume dans l'encrier et siui pinceau dans la tasse à café, dessins qui font foi de sa prodigieuse vision des burgs, des montagnes, des nuages et des fleuves.
Nànteuil a donné dans la Revue des Peintres, — revue introuvable aujourd'hui, mais peu désirable — quelques lithographies où les noirs sont étalés avec une douceur énergique et caressante. Nous ne ferons que cette allusion aux lithograjihies de l'artiste. Dès avant 1840, il avait renoncé aux eaux-fortes. Il s'était pourtant tout adonné à ce procédé qui répondait parfaitement à ses rares facultés d'improvisateur, dont il donna encore les preuves sur bois, en illustrant grand nombre de brillants in-octavo, en compagnie de H. Baron cl de Français : VAj'iosle, les Aventures du chevalier de Faublas, etc. Les Artistes anciens et modernes le révèlent encore un habile lilhogràphe, mais un copiste peu sincère. Eugène Delacroix l'avait en effroi. Il lui attribuait une partie de la répulsion que « le bourgeois » avait pour son œuvre. En effet, Nànteuil est distingué par le côté couleur, mais point du tout par le côté type. Quand il inventait, il imprimait aux figures, aux êtres, une laideur typique commune surtout : les yeux s'écartent, le nez s'épate, les joues ont des pommettes saillantes, et, chez les types de femmes, un alanguissement s'accuse par des poses trop abandonnées.
N'insistons donc plus sur le Nànteuil surmené par un éditeur de musique bien connu. Le baisser du rideau romantique suivit celui de la première représentation des Bunjraves. Il ne voyait plus familièrement le Maitre depuis plusieurs années. Cependant, à celle occasion solennelle, Hugo lui dépêcha Gautier pour lui demander de recruter « des Jeunes » comme on avait fait pour la première de Hernani. " Des Jeunes ? » répondit Nànteuil avec amertume, " des Jeunes? Il n'y en a plus! » Cependant il assista, passionné, enivré, muet, cloué à sa place.
Titre, orné. Fac-similé d'uie litkgrapbie de Célestin Nanleuil (coll. R. P.)
même durant les entr'actes, à la première de ce drame, le plus noble, le plus sonore, le plus grand du théâtre moderne. A la sortie, — il partageait un appartement avec Français, — il passa le reste de la nuit à réciter des tirades entières qu'il avait retenues. Admirable
Lucrécif Dorgiu. Fac-similé de rcan-forte de Naatouil (coll. Béraldi).
crise d'admiration pour l'idole de sa jeunesse qui le réveillait, le secouait, refaisait de lui <c un jeune ! »
La vie de Nantcuil fut traversée non pas par un roman, mais par une passion romanesque. Il fut amoureux, passionnément amoureux, de Marie Dorval, amoureux, on pourrait dire, jusqu'à en devenir bète, lui qui était très lin. Elle était plus que cliarmante, lui aurait
dit Hugo, elle était c pire ». Toujours est-il qu'elle conservait les déclarations dont on la bombardait, quoiqu'elle fût, outre sou mari, en possession du comte Alfred de Vigny. J'ai eu dans les mains un paquet de lettres où on lui demande son cœur, signées, datées de tous les coins de Paris. Si j'ai fait reproduire celle de Nanleuil, c'est uniquement à cause de l'écriture et de la date. ?\anleuil n'a presque point écrit, durant la période romantitjue. Au moins ses autographes sont-ils devenus d'une extrême rareté. On ne rencontre que les lettres écrites depuis sa direction du Musée de Dijon.
J'ai vu, une fois, Célestin Nanteuil, dans son atelier, aux environs de la place Furstemberg, si ce n'est là même. Une petite antichambre noire précédait la grande pièce où il travaillait. Je l'aperçus, en pleine lumière, debout devant sa toile. 11 se retourna et me salua avec la politesse habituelle aux vieux combattants romantiques.' Je lui expliquai que je venais lui demander d'envoyer quelques tableaux à l'exposition organisée par la Société des Amis des Arts, à Bordeaux. Il me répondit que son métier de lithographe ne lui laissant que peu de temps pour la peinture, il n'avait rien chez lui qui ne fût vendu. Sa tenue était un peu hautaine. J'essayai inutilement de le mettre sur le terrain des souvenirs. Je saluai et je partis.
Une de ses dernières eaux-fortes a été pour la Bibliorjraplne romantique do Charles Asselineau : ime Muse adossée à un tertre qui tient une longue trompette. C'est froid et mélancolique.
Célestin Nanteuil fut nommé professeur des Ecoles et directeur du Musée à Dijon. C'était, pour ce vieux Parisien, un exil aussi lointain et aussi dur que celui d'Ovide. Pendant qu'il le subissait avec beaucoup de dignité, l'épouvantable guerre de 1870 s'abattit sur la France, et Dijon subit l'occupation allemande. Il revint mourir à Barbizon tout épuisé.
A la date du 28 août 1855, les Concourt avaient piqué cette note dans le carnet dont Edmond livre aujourd'hui les toujours vivantes confidences'.
Ils étaient allés à Bougival, « l'atelier de paysage de l'Ecole française moderne ».
<i ... Bougival, .son inventeur c'a été CélcstinKanteuil, qui eutlepremiercanol ponté, dans les temps où les bourgeois venaient s'y promener en bateaux plats... Nanteuil un grand, un long garçon, aux traits énergiques, à la douce physionomie, au sourire caressant, féminin. La personnification et le représentant de l'homme de 1830 habitué à la bataille, aux nobles luttes, aux sympathies ardentes, à l'applaudissement d'un jeune public, et en portant, inconsolable et navré, le regret et le deuil. Nanteuil constate avec tristesse la dépendance dans laquelle l'art est placé auprès du gouvernement, les particuliers ne subventionnant rien parleurs commandes...! La décoration picturale des cafés, des gares de chemins de fer surtout, de ces endroits où tout le monde attend, et où on regarderait...
<' ... Puis nous avons causé de l'idéal, ce ver rongeur du cerveau, « ce tableau que nous « peignons avec notre sang », a dit Ilolfmann. La résignation du » c'est ma faute » est encore revenue aux lèvres de Célestin Nanteuil. Pourquoi nous éprendre de l'inréel, de l'insaisissable? Pourquoi ne ))as porter notre désir vers quelque chose de tangible? Pourquoi ne pas grimper sur un dada qui se puisse enfourcher? Etre collectionneur, voilà un joli dada de bonheur! Jadis la religion, c'était là le magnifique dada, mais c'est empaillé maintenant. Ou encore le dada du père Corot qui cherche des tons fins, et qui les trouve, et à qui ça suffit... Et pour l'amour, mon Dieu, ce que nous exigeons de la créature humaine ! Nous demandons à nos maîtresses d'être à la fois des honnêtes femmes et des coquines. Nous exigeons d'elles tous les vices et toutes les vertus. Le plaisir donné par la femme