ACTE PREMIER
monde attend un dénouement prévu et s*étonne de l'attendre.
BERTHE
Pardon... mais c'est un procès en réconciliation que vous m'intentez là.
DE SAUVES
Vous me comprenez mal. Ce ne sont pas des griefs que je formule, ce sont des dangers que je vous signale, (serthe
sourit iroDiqnemeDt.) peut-êtfC aUSsi deS COUSeils que je VOUS
donne, que je puis, que je dois vous donner... puisque enfin... nous portons toujours le même nom.
BERTHE, blessée.
Ah!
DE SAUVES
Non... non... Pardonnez-moi, je vous ai offensée... Ah! je ne suis pas heureux, je ne voulais pas... C'est Désaubiers...
DÉSAUBIERS.
Permettez! moi...
DE SAUVES
Ah! tenez, toutes ces phrases m'embrouillent! Voyons, Berthe, j'ai été bien coupable, je Tavoue, je m'en repens, pardonnez-moi...
BERTHE
C'est tout ce que vous avez à me dire, on plutôt à me redire?
DE SAUVAS
Je vous jure que cette fois je me repens sincèrement... Mon Dieu, vous savez que^e suis un soldat un peu léger, un peu étourdi, un peu... braque, comme vous le disiez autrefois, mais bon, vous le disiez aussi, et franc .. trop
franc même ; avec plus d*hypocrisie, j'aurais été un mari comme les autres, de même que vous, avec plus d'expérience, n'auriez pas pris au sérieux toutes ces peccadilles, et nous n'en serions pas là. Mais, aujourd'hui, folies de jeunesse, erreurs, entraînements, je vous jure que tout cela est fini, bien fini, j*ai tout oublié du passé. Voilà six mois que je ne pense qu'à vous, qu'à ce moment; Berthe, croyez-moi, nous pouvons encore être heureux, cela dépend de vous seule... Vous ne me croyez pas?...
BBRTHB.
Je ne crois pas que votre jeunesse en soit à sa dernière erreur, je ne crois pas que nous devions être heureux parce que, depuis six mois, vous avez oublié le passé, car je ne crois pas que jamais je l'oublie.
DÉSAUBiBRS, à part.
Très bien!...
BERTHE, t'animaot.
Ah! mou affection méconnue, ma jeunesse outragée, l'insulte de l'abandon, sans compter les autres, tout ce que vous appelez vos peccadilles enfin, vous croyez qu'en six mois tout cela s'expie?... Si léger que vous soyez, convenez que d'aussi lourdes offenses vaudraient au
moins de plus longs repentirs... (Moarement de de Sauves.) trop
longs... je ne vous les imposerai pas!
DE SAUVES
En vérité, je me demande si je rêve?... Est-ce bien vous qui parlez, Berthe? vous que j'ai connue...
BERTHE
Ah!... oui, je vois ce *que c'est, oui!... Vous aviez cru retrouver ici la petite fille naïve d'autrefois, n'est-ce pas? et la reprendre!... Eh bien! c'est vous qui êtes naïf, monsieur, pour un roué; j'ai fait des progrès, moi aussi, depuis le temps et je m'y refuse... Non, non, suivons cha-
ACTB PREMIER 49
cuD notre destinée. Dès le lendemain de mon mariage, grâce à TOUS, on m'appelait déjà la petite veiive. Il parait que j'étais née veuve, comme vous êtes né célibataire... veuve je suis, veuve je reste.
DE SAUTES, piqaé.
Vous avez fait des progrès, madame, en eflFet, et je vous retrouve bien forte pour votre âge. .. mais prenez garde ! . . .
DÉSAUBIERS.
De Sauves!
Des menaces?
DE SAUVES
Vous ne m'entendez pas... je veux dire... (pios yif.) je veux dire qu'il est pourtant singulier qu'une enfant...
BERTHE
Âh I pardon, cet entretien ne gagnant pas en douceur et menaçant de perdre en dignité, permettez-moi de le rompre.
DE SAUTES
Berthel... alors... jamais...
BERTHE
Monsieur de Sauves, je ne suis plus celle que vous avez connue, je le répète. Six mois de mariage et surtout deux ans de séparation, m'ont donné sur les choses et... les hommes une expérience peut-être, comme vous le dites, au-dessus de mon âge... Croyez-moi, ce que vous appelez du repentir n'est qu'un vague ennui né d'un peu de fatigue, d'un isolement momentané et puis enfin... de l'âge... Âh! dame, nous vieillissons!... Mon Dieu, je ne doute pas de votre sincérité... d'aujourd'hui... mais bientôt, demain peut-être^ (PrecaDt entre 888 maias et froissant le mouohoir do la comtesse Wacker, qu'Henriette a laissé snr la table.) VOUS
serez revenu à vos habitudes... exotiques, et au miliea de consolations étrangères, vous ne vous souyiendrez de moi que pour m*ètre reconnaissant de vous avoir laissé une liberté dont vous profiterez si bien, et dont, moi, je n*ai déjà su et ne saurais probablement encore que faire. Adieu!
Bile fort.