ACTE DEUXIÈME i
JULIA
Non, je veux dire... Ah! c'est pour Fondreton... Mais, il est donc marié?... je ne savais pas.
BERTHE
Et il vous aime!...
Oh!... cela... oui, je savais, il me l'a dit... C'est très désagréable... mais pas dangereux... Tous les Français disent cela à toutes les femmes... C'est un tic... Alors, il faut le renvoyer. Oh! c'est dommage, il est si drôle... et puis il fait si hien le ménage, le mien... Ah! il est marié!... il ne doit pas être souvent chez lui, c'est vrai... et madame... Fondreton prend cela au tragique. Les Français sont drôles! Pourquoi ne vient-elle pas?... Amenezla moi? Voulez-vous que je l'invite?...
BERTHE, sèchement.
Ma marraine vit fort sédentaire, madame, et moi de même, madame.
JULIA
Ah! sédentaire... vous tricotez, oui... Je comprends... Vous ne voulez pas venir chez moi, n'est-ce pas?
BERTHE
Mais...
JULIA
Si, dites!... Oh! cela ne fait rien... Les Français ont mauvaise opinion des étrangères, je sais, parce qu'elles voyagent, qu'elles montent à cheval, qu'elles patinent au lieu de tricoter... dites, ohf! dites! entre nous.
BERTHE, très froide.
Entre nous... mon Dieu, madame la comtesse, la conversation a pris un tour...
106 L'AGB INGRAT
JULIA
Si! si!... Dites, je vous prie!... Oh! voas pouvez, cela ne fait rien!... Nous autres étrangers, nous venons en France pour noas amuser... mais quant à Topinion des Français cela nous est égal, voyez !. . .
V BRRTHB, à part.
Insoljente !
JULIA
Nous nous en passons très bien.
BBRTHE.
Et je crois, madame, que c'est là le bon parti.
JULIA
Oui, parce que vous pensez du mal, n'est-ce pas? Si! si! Oh! je devine... je ne suis pas très bête, vous savez, quoique étrangère, et quelquefois je comprends mal^e qu'on me dit... mais je comprends toujours très bien ce qu'on ne me dit pas.
BBRTHE.
J'en doute, madame.
JULIA
Vous ne croyez pas... vraiment? c'est pourtant bien facile, je vous assure. Ainsi, vous venez... oh! avec beaucoup de courtoisie dans les termes, me réclamer ce pauvre Fondreton... comme un parapluie perdu, parce qu'il est dans ma maison. Eh bien! ce que vous me dites est très poli, mais ce que vous ne dites pas, n'est pas flatteur du tout pour moi, vous savez !
BERTHB, ipoDique.
Mon Dieu, madame, vous ne pouvez pas en vouloir plus à nous qu'à bien d'autres, d'ignorer qu'au milieu de toutes les séductions vous n'êtes accessible à aucune, vous qui êtes à la fois si entourée et si seule.