ACTE TROISIÈME
BBRTHE.
Oui, oui, ah! vous êtes prudent et souple et tenace, je sais cela, mais n'insistez pas, allez, ce serait inutile. Voilà deux ans que je vous suis et vous surveille. Pour quelle enfant me prenez-vous donc?
DÉSAUBIBRS.
Voyons...
BERTHE
Je vous dis que depuis deux ans vous jouez ce jeu de m'engager et de me compromettre, espérant bien que vous auriez votre jour et vous avez cru que ce jour était aujourd'hui. Voilà la vérité ! Ah I comme ils sont bien tous les mêmes. L'un vient se jeter à mes pieds en me jurant amour, fidélité, repentir, et il se relève pour courir chez sa maîtresse. Et en voilà un autre qui, voyant cela, se dit : Le moment est bon, allons I Eh bien, vous vous êtes trompé, monsieur Désaubiers, mon ami, et comme il ne me plaît pas d'être plus longtemps l'enjeu de votre partie, nous ne nous verrons plus !
DÉSAUBIERS.
C'est vous qui vous êtes trompée, 'Berthe... Tenez! la vérité, voulez-vous que je vous la dise, moi?
BERTHE
Vous?
DÉSAUBIERS.
C'est vous qui depuis deux ans jouez ce jeu de vous faire compromettre par moi, aimer par moi. . . Oh! ne le niez pas. Entre votre mari et vous, j'étais le trait d'union nécessaire et vous vouliez me retenir par là. Oh! je n'ai pas d'autre fatuité. De plus, c'était un excitant pour sa jalousie, un appât pour le reprendre. Mais je viens de vous montrer le mari coupable et la réconciliation impossible, et c'est cela que vous ne me pardonnez
pas, car vous Taimez. La voilà, la vérité. Ah! c'est bien vous, femmes, qui êtes toutes les mêmes. Cet homme vous avait menti, trahie, outragée, et vous l'aimiez; il vous a menti encore, trahie encore, outragée encore et vous l'aimez toujours, oui, toujours!
BERTHE
Vous croyez! Eh bien, si je l'aime, vous n'avez plus rien à attendre de moi, adieu ! Si nous jouions un double jeu, vous avez perdu, adieu! Si toute réconciliation est impossible, je n'ai plus que faire de vos bons offices, adieu !
désàubiers.
Berthe !
BERTHE
Oh! adieu, adieu, je vous en prie^ adieu!
DÉSAUBIERS.
Le congé est leste.
BERTHE
Un échec diplomatique.
DÉSAUBIERS.
Mais je ne l'accepte pas.
BERTHE
Hein?
Non, mon enfant, je n'ai pas résisté à vos sourires pour céder à vos colères. J'en appellerai plus tard à votre sang-froid. En attendant, j'ai charge de votre bonheur, c'est vous qui en d'autre temps m'avez donné mandat de le défendre et je le défendrai malgré vous, contre vous! car il n'a jamais été plus en danger qu'aujourd'hui et je ne veux pas que vous 1p compromettiez sans retour.
BERTHE
Vous ne voulez pas? Allons donc! Enfin, Tartuffe parle