O ARMAIT COURT
Plus vous êtes mon ami, moins je dois parler.
CERNEVILLE.
Votre ami ? je ne le suis plus.
GUSTAVE
Ah , monsieur !
CERNEVILLE.
« Si c'était moi, » me disait-il. ce matin. .. . Ainsi, donc, en défendant les fripons, c'était ta cause que tu plaidais.
DARMANCOURT.
Je n'ai plaidé que celle des infortunés.
CERNEVILLE.
Avec quel sang-froid ! ... Je mourrais de douleur, si rien de semblable. . . .
DARMANCOURT.
Je n'en suis que trop certain.
CERNEVILLE.
Et tu soutiens mes reproches !
Plût au ciel que j'eusse pu les éviter !
CERNEVILLE.
JEn fuyant honteusement.
DARMANCOURT.
Moi ! fuir !
CERNEVILLE.
Ne partez-vous pas ?
Gustave , pénétré.
Ah , monsieur !
darmancourt, avec dignité.
N'avez-vous jamais été blâmé, pour l'action même dont voire vertu se glorifiait ?
cerneville , s'échauffaiit.
Invoquer la vertu , lorsqu'on manque à l'honneur !
Gustave, d'un ton sombre.
Monsieur. . . .
darmancourt, avec douleur.
Cerneville, je puis beaucoup souffrir de vous.
cerneville , avec feu.
Les'voilà donc, ces philosophes! Ils font indifféremment le bien ou le mal, selon qu'il sert à leurs vues. Gustave , plus fort.
Monsieur Cerneville ....
cerneville.
Vantant à tout propos la vertu dont ils se moquent... et ne songeant qu'à leurs intérêts, dont ils ne parlent jamais. Gustave, s' échauffant.
Monsieur Cerneville ! . . .
CERNEVILLE , plus Vite.
Comment un principe d'honneur les arrêterait-il , eux qui n'ont jamais fait le bien que pour tromper impunément les hommes? darmancourt, avec douleur.
J'ai pu quelquefois me tromper moi-même.
cerneville , avec fureur.
Un honnête homme qui s'est trompé, ne rougit pas de mettre sa conduite au grand jour.
DARMANCOURT.
Il est des momens où, forcé de se taire, il doit se contenter du témoignage de son cœur.
cerneville, hors de lui.
Le témoignage de son cœur ! L'intérêt personnel renverse ici toutes les idées.
darmancourt, emporté par la chaleur de Cerneville. Eh bien , injuste ami ! .... (à part) Ah ! dieu ! qu'allais-je faire ?
CERNEVILLE.
Tu voulais parler?
darmancourt, avec chagrin.
Je ne répondrai plus. (// va s'asseoir.)
cerneville , indigné.
Va, tu me fais bien du mal, tu me rends à jamais soupçonneux, méfiant et dur. Toutes les fois que je verrai l'empreinte delà vertu sur le visage de quelqu'un, je me souviendrai de toi.
Gustave , en colère.
Cessez , monsieur.
CERNEVILLE.
Je dirai : ce masque impo-leur m'a séduit trop long-temp? ; et je fuirai cet homme.
GVSTAVE.
Cessez, vous dis-je ; quittez ce ton outrageant. De quel droit osez-TOUS le prendre avec mon pure ?
CERNEVILLE.
Quel droit, jeune homme! Celui que toute âme honnête a sur un coupable.
GUSTAVE
L'est-il à votre égard?
CER>EVILLK.
Oui, puisqu'il se manque à lui-même.
GUSTAVE, outré.
Arrêtez!... ou je ne garde plus de mesure avec vous*
DARSUNCOIRT.
Quel emportement, mon fils! il a raison; et si j'avais à rougir de ma conduite, les reproches de cet honnête homme.... Laisseïnous.