SCÈNE XIII
Les mêmes, CERNE VILLE.
EUGÉNIE
Voici mon père; il nous apporte l'heureuse nouvelle que vous n'avez plus rien à craindre.
Gustave va au devant de Cerncville.
Ah ! monsieur, si le plus amer repentir pouvait effacer de coupables emportemens, si le plus vif regret de vous avoir oflVnsé. . .
CERNEVILLE.
Offensé !... non, mon ami, j'ai moins vu ta colère que l'honnête sentiment qui la rachetait. Ton respect filial m'a touché. . . . Demande à Eugénie ce que je lui ai dit.
GUSTAVE
Je connais les effets de votre amitié, et ma reconnaissance. . . .
Elle me plaît . maistn n'en dois que pour ma bonne volonté; tout est bien loin d'être terminé.
EUGÉNIE
Malgré vos offres ?
GUSTAVE
Qui donc a suspendu ?..
CERNEVILLE.
La chose la plus étonnante !. Je parle à M. deLaronciére, il accepte le payement, mais il n'en allait pas moins écrire au ministre. L'honneur, l'état, la survivance, tout était perdu.
GUSTAVE
Le cruel !
CERNEVILLE.
Grands débats... Il paraît se rendre, je crois tout fini, je lui témoigne le désir de l'obliger à mon tour; il me prend au mot : dans l'excès de ma joie, j'y engage mon honneur, [à Eugénie) Ecoute la conclusion.
GUSTAVE
Je tremble...
CERNEVILLE.
» Vous avez une nièce charmante ; je l'aime, je l'adore et je demande sa main. »
EUGÉNIE
Juste ciel !
GUSTAVE
Je l'avais prévu.
cerneville , à Eugénie.
Tu conçois quel a été mon embarras pour lui répondre.
EUGÉNIE
Je vois le mal, il est irréparable.
cerneville. bas à Eugénie.
Non; mais, lorsqu'il m'a demandé ta main,, je n'ai pas dû, sans te consulter, aller lui confier le secret de ta naissance. Je viens exprès pour cela ; que lui dirai— je ?
eigÉme., d'un ton réfléchi.
Croyez-vous qu'il traitât durement 31. Darmancourt, s'il était refusé ?
cerneville.
Refusé!... de quel droit le sommerais-je'de tenir sa parole en manquant à la mienne ? c'est bien alors que tout serait perdu... Mais que faire? Il veut tout terminer à la fois; il attend ma réponse.
Eugénie, regarde Gustave et dit en soupirant. Permettez qu'il la reçoive de moi.
GUSTAVE
De vous , Eugénie?
EUGÉNIE
Mon père, faites prier M. de Laroncière de se rendre ici.
GUSTAVE
Quoi , vous voulez ?...
Eugénie , se retirant.
Gustave, il est important que je lui parle.
GUSTAVE
Je suis perdu !
CERNE VILLE
Mon ami, plus que jamais nous avons besoin de courage.
Eugénie se laisse tomber, accablée , en se retirant , sur un fauteuil. Gustave se jette dans les bras de Cerneville qui, émujusqu'aux larmes , te serre sur son cœur.