EUGÉNIE , GUSTAVE
( Eugénie a entendu la dernière phrase de Gustave ; elle s'approche avec une vive émotion. )
Gustave, l'apercevant.
Qu'une stérile compassion ne vous ramène pas, mademoiselle ; je sais que je vous ai perdu ; je connais toute l'horreur de mon soit. Laissez- moi seul à ma douleur.
EUGÉNIE
Gustav e!
GUSTAVE
Vos consolations ne pourraient que l'irriter.
EUGÉNIE
Comme le malheur vousrenil injuste et dur! La crainle qu'on ne [ense mal de vous, vous donne mauvaise opinion du cœur de toul le monde. Votre ardente vivacité vous a déjà fait manquer à mon oncle.
Gustave , avec feu.
II insultait à mon père! Avec quelle cruauté il lui développait toul ce que sa situation a d'odieux! S'il n'eût pas été votre oncle
EI'GÉNIE
Ingrat ! à l'instant où vous allez tout lui devoir. . . pendant que son attachement lui fait paj'er toute la somme à M. de Laroncière.
Gustave, avec joie.
Que dites-vous ?. . . 11 nous sauve lhonneur.
EUGÉNIE
Il va plus loin. . . Son cœur, qui vous chérit. . .
Gustave, vivement.
Achevez, Eugénie, achevez de mettre le comble à ma joie. . . il me donne sa nièce.
Ah! Gustave, ne parlez plus de sa malheureuse nièce.
GUSTAVE
Comment?
EUGÉNIE
Sa fille. . .
GVSTAVE.
Sa fille !
EUGENIE.
Sa fille, fruit d'une union ignorée, qui vous connaît , qui vous aime, offre à votre père six cent mille francs, qu'elle tient des dons et des épargnes du sien.
GUSTAVE
Il veut que j'épouse sa fille! et c'est à ce prix qu'il m'offre ses bienfaits! Ah! c'est à présent que je sens toute l'étendue du malheur qui nous accable. Il veut que je renonce à vous, que je me condamne à un désespoiréternel. Mais, non ; qu'il no l'espère pas; je le connais trop bien , mon p^re n'accepterait jamais un pareil sacrifice ; et, je le jure à vos pieds , Eugénie , la lille dç 31. Cerneville, fût-elle cent fois plus généreuse , ne m'appartiendra jamais.
EUGÉNIE
Mais si cette fille était ...
GUSTAVE
Qu'importe ce qu'elle soit, je la refuse.
Eh ! quoi, vous refusez Eugénie !
GUSTAVE
Eugénie ! Grand dieu ! que diîes-vous ?
EUGÉNIE
Oui, Gustave, je suis cette fille qu'il pleura si long-temps, et dont des mutifs secrets l'ont empêché jusqu'à ce jour de faire connaître la naissance.
Cl STAVE.
Grand dieu! Est-il donc possible !.. Mais oui, j'aurais dû. .Pardon, pardon , de ne pas vous avoir deviné .. quelle autre qu'Eugénie était capable d'abandonner tout son bien pour sauver mon père.