‹ L'agent de change, ou, Une fin de mois drame en trois actesChapitre 37 sur 38 · SCENE XI ET DERNIERE · texte numérisé non relu

SCENE XI ET DERNIERE

Les Précédens, GUSTAVE.

Gustave , s'écrianL Aux pieds de mon père !

DA.RMANCOURT.

Dubreuil, vous m'avez trahi.

dubreuil, avec joie.

Pouvais-je garder votre secret, en apprenant que M. Cerneville acquittait votre dette?

DARMANCOURT.

Il vient à mon secours ! ( à part. ) O vertu ! voilà ta récompense ! ( àCerneville ) Ami , quelles sont donc tes ressources?

IAROXC1ÈRE.

Tout le bien de mademoiselle, en dépôt dan* ses mains.

DARMANCOTJRT.

De notre Eugénie?

Tu te perdais pour moi.

DARMANCOTJRT.

Et toi, Cerneville ?

CERNEVILLE.

Peux-tu comparer de l'argent, lorsqu'il t'en coûtait l'état et' l'honneur?

DARMANCOTJRT.

Je m'acquittais envers mon bienfaiteur malheureux ; mais toi! dans tes soupçons sur ma probité , dsvais-tu quelque chose à ton coupable ami?

Gustave , avec joie.

Ah ! mon père.

cerneville, pénétré, à Laroneière.

Vous serez satisfait, monsieur. Le premier sentiment lui était bien dû, le second me rend tout entier à mon malheur.

DARMANCOTJRT.

Voilà ce que j'ai craint.

LARONC1ÈRE.

Je ne le vois que trop; c'est vous seul, monsieur Cerneville, qui vous trouvez dans la plus cruelle position ; mais votre fortune, votre crédit vous offrent des ressources.

CERNEVILLE.

Eh, monsieur! paierai-je demain à bureau ouvert mes obligation avec des immeubles? irni-je, le jour d'un paiement, mes contrats de propriété à la main , solliciter un emprunt chez mon notaire, implorer la bourse de mes amis, demander des délais, et me perdre de réputation sur la place, après trente ans d'un crédit et d'une confiance sans bornes auprès de tous mes confrères?

DARMANCOTJRT.

Malheureux! j'ai bien senti ta position, et j'avais fait tout ce qui dépendait de moi pour te sauver.

CERNEVILLE.

Je n'avais à vous offrir pour mon ami que les mandat d'Hartley. Votre argent est encore dans ma caisse; et dieu me garde d'en user! Dubreuil, reportez le chez M. Darmancourt; et moi, je vais subir mon sort.

DARMANCOÏRT.

Arrêtez î je ne le reçois pas.

CERtfEVILLE.

Qu'est-ce à dire?... Gustave.

DARMANCOURT.

Ma heureux Dubreuil !

CERSEVILLE.

Me croyez-vous indigne ?

DARMANCOURT.

Monsieur de Laronciùre, il serait terrible à vous d'abuser d'un secret que vous ne devez qu'à notre confiance. Non, je jure que l'argent n'y rentrera pas.

cerneville , avec ent/iousiatme.

Que faites vous, mes amis? Pour m'empêcher dêtre malheureux, vous devenez tous coupables. Oubliez-vous qu'un excès de générosité vient d'égarer l'homme le plus juste ? et s'il eut toit de toucher à cet argent, qui m'excuserait d'oser le retenir? ( à 31. Laroncière. ) Vous êtes de sang froid, monsieur, jugez-nous.

EARONCIERE.

De sang froid ! Ah ! messieurs ! ô famille respectable ! me croyezvous une âme insensible pour l'attaquer avec cette violence ! Vous demandez un jugement?

CrSTAVE.

Et nous jurons de l'accomplir.

earoncière.

Il est écrit dans le cœur de tous lestgens honnêtes; permettez seulement que j'y ajoute un mot : Monsieur Cerneville, prouvez-moi votre estime , en m'acceptant pour seul créancier.

CERNEVIIXE»

Vous , monsieur?

EAROSCIERE.

Donnez-moi votre mandat sur le banquier Hartley , mon caissier va vous faire remettre aujourd'hui les fonds qui vous sont nécessaires pour votre échéance. Je suis assez heureux pour pouvoir vous tirer d'embarras; et cette affaire traitée entre nous aura l'avantage de n'être plus qu'un secret de famille. cerkeville, lui donnant le manant.

Quoi, monsieur, vous auriez la générosité... Mais moi, dois-je accepter ?

LARONCIERE.

Je l'exige et vous, Darmanconrt, conservez votre place ,

honorez la long-temps. Unissez à votre fils cette jeune personne qui s'en est rendue digne en sacrifiant pour vous toute sa fortune.

CERNEVILLE.

Mes amis, ma résolution est prise ; je renonce aux affaires

Demain, je vends ma charge; nous irons vivre tous ensemble dans mes terres en Touraine, puisqu'il est vrai qu'après trente ans d'une vie honorable et sans reproche, l'agent de change n'est pas certain de conserver un nom sans tache, et qu'il est des événemens qui, défiant toute la prudence humaine, détruisent une réputation que la droiture et la probité ont pris soin de former.

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