‹ L'Agglutination du PneumocoqueChapitre 14 sur 38 · RON · texte numérisé non relu

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mène, on est amené à reconnaître qu'il s’agit là d’une propriété toute spéciale, indépendante dans une certaine mesure des propriétés vaccinales et bactéricides du sérum.

L'étude comparative de la courbe du pouvoir agglutinant chez un grand nombre de typhiques, et de lévolution de la maladie dans chaque cas particulier, a permis à M. P. Courmont (1) de conclure que la formation de substance agglutinante chez les typhiques paraît être une « réaction de défense » de la période d'infection. Le degré élevé de la courbe dans les formes simples, son ascension critique au moment où va se dessiner la défervescence, et, inversement, le peu d'élévation de celte courbe ou son abaissement prématuré dans les périodes de gravité et dans la plupart des formes sévères, plaide, d'après lui, en faveur de ce rôle de défense.

La courbe du pouvoir agglutinant devient alors un des éléments du pronostic général de la maladie. Atteint-elle un degré élevé, alors que la température commence à descendre (courbe en clocher), la guérison définitive est proche. La courbe est-elle basse, oscillante (surtout si le malade est à la fin du deuxième septenaire de la maladie), c’est le plus souvent l'indice d'une forme grave ou prolongée ; ou bien, si la forme est légère, c’est l'annonce d’une rechute probable. La chute de la courbe agglutinante, sans défervescence thermique, présage un mauvais pronostic (Courmont).

Ainsi, la réaction agglutinante apparaît comme une réacton de défense temporaire de l'organisme et son étude méthodique par les mensurations quotidiennes constitue un élément nouveau de pronostic (séropronostie de Courmont).

(1) P. Couruonr, Société de biologie, 24 juillet 1897, et Thèse de Lyon,

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Cette notion, dégagée à propos de l'infection typhoïdique, peut-elle être généralisée, et se trouve-t-elle confirmée par nos observations d’agglulination pneumococcique ?

Il est un fait qui frappe immédiatement, c’est que, s'il est des observations où la réaction agglutinante à fait défaut, c'est toujours chez des malades qui présentaient un état grave et ne tardaient pas à succomber. La lecture de nos six cas terminés par septicémie pneumococcique mortelle est instructive à ce point de vue (obs. LVIIT et suivantes); on peut dire qu’ils sont calqués l’un sur l’autre.

En opposition avec ce résultat, nous avons rencontré une agglutination très intense dans des cas de lésions pneumococciques relativement bénignes, localisées : arthrite et synovite (obs. LIT), pleurésie purulente primitive (obs. L et LV), angines aiguës simples.

Le maximum d'intensité de la réaction agglutinante est atteint, d’une façon générale, le jour où les symplômes critiques de la défervescence annoncent que la lutte s’est terminée à l'avantage de l’organisme. Et cette coïncidence d'apparition des deux phénomènes, début de la convalescence et summum de la courbe agglutinative, nous semble d'autant plus loin d’être purement fortuite que dans les pneumonies abortives, dont l'évolution peut être achevée en cinq jours, la séroréaction donne ordinairement un résultat positif plus précoce que dans les formes régulières de la maladie; le 3° jour (obs. XV), le 4° (obs. XVIII), le 5° (obs. XXXIII).

Les agglutinations pneumococciques fortes et précoces sont l’apanage des cas qui se terminent par la guérison ; Inversement, une agglutination atténuée ou nulle comporte les

plus grandes réserves. Dans un cas très démonstratif de

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pneumonie franche à rechute, observé dans le service de M. Chauffard (obs. LXIL), la réaction agelutinante, qui ne fut jamais très marquée, ne devint guère sensible que vers la fin de la première semaine, pour présenter son maximum pendant la période d’apyrexie, tout en restant microscopique ; lors de la rechute et de la localisation méningée mortelle, elle disparut complètement.

Ges faits s'accordent parfaitement avec la conception de M. Courmont. La réaction agglutinative, que M. Widal croit pouvoir considérer comme en rapport avec la protection de l’organisme, que, guidé par les mêmes idées, M. Courmont utilise pour le pronostic de la fièvre typhoïde, peut donc aussi constituer, dans une certaine mesure, un élément de pronostic des infections à pneumocoques, et est à ajouter aux notions déjà fournies par l'examen microscopique du sang (leucocytose, caractères du réticulum fibrineux, ete.).

Quant à l’essence même du phénomène de l’agelutination pneumococcique, nous estimons qu'il ne diffère pas, en principe, de celui de l’agglutination éherthienne.

Ge qui nous porte à penser que les deux phénomènes, bien que révélés par une technique différente, sont de même nature, c’est qu'un sérum présentant avec une intensité exceptionnelle le phénomène de l’agglutination du pneumocoque par le procédé de l'étuve que nous avons proposé, peut aussi donner une agglutination extemporanée entre lame et lamelle, par simple contact d’une goutte de sérum avec la culture.Ainsi, une goutte de sérum du malade de l'observation X à agglutiné, au bout d’une demi-heure, les pneumocoques en Suspension dans deux gouttes de culture.

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De même, nous avons obtenu une agglutination visible à Pœil nu, par la culture du pneumocoque dans une dilution d'une goutte de sérum très agglutinant (lapin Y) dans 50 gouttes de bouillon, comme dans l’un des procédés de l’étuve indiqués par M. Widal pour le sérodiagnostic éberthien.

Ainsi, l’agglutination pneumococcique ne présente pas de différence capitale avec l’agglutination typhoïdique. Les deux phénomènes doivent être de mème ordre et sont susceptibles d'une même interprétation générale. Pour ce qui est du pneumocoque, s'il nous était permis de donner à notre tour une formule nouvelle de la signification de la réaction agglutinative, nous dirions qu'elle nous apparaît comme la signa-

ture biologique de la victoire de l'organisme.

$ 2. — Races pneumococciques et réaction agelutinante.

SommaiRE. — Question de l'unicité ou de la pluralité des races microbien-

nes. Application de la séroréaction agglutinante à la solution du problème : Gruber et Durham, Widal, Widal et Sicard, Achard et Bensaude (choléra), Widal et Nobécourt (colibacille), Nobécourt (diarrhée infantile).

Fixité des caractères de morphologie et de culture du paeumocoque, d’après notre observation personnelle ; mais échantillons distincts de pneumocoques vis-à-vis de l'agglutination.

Le sérum des individus infectés par le pneumocoque agglutine plus fortement le pneumocoque de la gorge du malade que tout autre échantillon (constatation en accord avec notre conception actuelle de la pneumonie, infection le plus souvent autochtone).

Un sérum doué d’un pouvoir agglutinatif très puissant agglomère presque tous les échantillons de pneumocoques ; variétés irréductibles.

L'étude de l’agglutination peut contribuer à élucider la

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question de l’unicité ou de la pluralité des races du pneumocoque.

On sait combien est controversée cette notion des races microbiennes, qui se pose pour un grand nombre d'espèces : vibrion cholérique, colibacille, streptocoque, pneumocoque, etc.

À ce point de vue, nous sommes à un véritable tournant de la bactériologie : les premiers procédés de diagnostic microbien, basés surtout sur la morphologie et les caractères de culture, ne sont plus suffisants, et l'emploi de méthodes nouvelles s'impose. Trois de ces méthodes, entre autres, ont donné des résultats particulièrement intéressants : l’épreuve de l’inoculation du microbe étudié à des animaux immunisés, le phénomène de Pfeiffer (transformation en granules), et le phénomène de l’agglutination in vitro.

Laissant de côté les deux premiers de ces procédés, qui n'entrent pas dans le cadre de notre travail, nous avons appliqué le dernier à l’étude des nombreux échantillons de pneumocoque que nous avons isolés.

Avant d'exposer nos recherches, il n’est peut-être pas inutile, pour apprécier la valeur générale de la méthode, de jeter un coup d’œil d'ensemble sur les résultats qu'elle a déjà fournis au diagnostic bactériologique.

Gruber et Durham ont signalé que le sérum des animaux immunisés contre le vibrion cholérique agglutine seulement les vrais vibrions cholériques, tandis qu'il est sans action sur les vibrions pseudo-cholériques qui existent dans les eaux et dans les matières fécales. Leurs conclusions ont été confirmées par Pfeiffer et Kolle, Pfeiffer et Vagedes. M. Metchni-

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koff n'accepte pas sans restriction la valeur diagnostique absolue du phénomène.

M. Widal, en montrant que la propriété agglutinante est une réaction qui apparaît déjà à la période d'infection (d'où la possibilité du sérodiagnostic de la maladie), a contribué en outre à rendre plus pratique le diagnostic des microbes par la séroréaction : point n’est besoin.en effet, de vacciner des animaux, ce qui est souvent difficile et toujours assez long ; il suffit de posséder un sérum de malade doué d’un pouvoir agglutinatif élevé, et de mettre ce sérum en présence de la culture du microbe dont on veut déterminer l'identité.

Cette application du sérodiagnostic a permis à MM. Widal et Sicard de voir que les divers échantillons de bacille d'Eberth (26 échantillons étudiés par eux), quelle que soit leur provenance, sont agglutinés à un taux sensiblement analogue par un même sérum de typhique. Cette égalité presque complète des divers échantillons de bacille d'Eberth vis-à-vis de la réaction agglutinante prouve une fois de plus, d’après ces mêmes auteurs, « qu'il est peu de germes aussi rigoureusement spécifiques et dont les échantillons soient aussi COnstamment semblables à eux-mêmes ».

La méthode de mensuration du pouvoir agglutinant leur a fourni, de plus, un moyen de séparer du bacille d’Eberth certains microbes qui, tels que le bacille de la psittacose (Gilbert et Fournier), avaient avec ce microbe un certain nombre de caractères morphologiques et biologiques com-

muns (absence de propriétés fermentatives, etc.).

Des recherches de même ordre ont été entreprises par

MM. Achard et Bensaude pour la séparation des races de vi-

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brions cholériques. On sait combien il est difficile de séparer des vrais vibrions cholériques, certains vibrions trouvés dans le choléra nostras (Finkler et Prior), dans les matières fécales des individus sains, dans les eaux des rivières en dehors de toute épidémie.

MM. Achard et Bensaude ont vu que les échantillons de vibrion indien, ou de vibrions voisins, sont seuls agglutinés par le sérum des cholériques, tandis qu’au contraire, les vibrions tels que celui de Finkler et Prior, le vibrion avicide de Metchnikoff, le vibrion de Massouah, ne sont pas agglutinés.

MM. Widal et Nobécourt, Durham ont vu,d’autre part, que le vibrion indien n’est jamais agglutiné par les sérums préparés avec des vibrions aquatiques et inversement.

Pour les microbes qui vivent dans notre économie à l’état saprophytique, la question a encore plus d’ importance. On se rappelle quelles polémiques a suscitées chez les bactériologistes la question de l’unité ou de la pluralité des races de streptocoqué (Lingelsheim, d'Espine et Marignac, Marot, Veillon; - — Widal et Bezançon, Lemoine).

Il en à étéde même pour les colibacilles (Clado, Hallé, AIbarran, Achard et Renaut, Gilbert et Lion, etc...)

La méthode du sérodiagnostic, non appliquée encore jusqu’ici au streptocoque, a donné déjà, en ce qui concerne les colibacilles, des résultats intéressants.

Durham à vu que le sérum d’un animal immunisé par un échanlillon de colibacille agglutine cetéchantillon, mais n° agglutine pas ou n’agglutine que faiblement les autres colibacilles. M. Achard a fait une constatation analogue dans un

abs HO: =

cas. MM. Widal et Nobécourt ont montré, par des mensuras tions exactes du pouvoir agglulinatif des sérums, que les différents échantillons de colibacille, recueillis chez un homme sain ou malade, malgré leur aspect de similitude, sont complètement distincts.

Pour M. Nobécourt, qui a repris cette étude dans sa thèse de doctorat, l’agglutinalion ne permet pas de caractériser une race spéciale de colibacille particulière aux infections gastro-intestinales aiguës d'été des jeunes enfants. Contrairement à l'opinion de M. Lesage, le sérum de chaque enfant n’agglutine que le colibacille retiré des selles du malade et

non le colibacille retiré d'un cas voisin.

Pour le pneumocoque, la question de la pluralité des races s’est posée à différentes reprises.

Banti a décrit quatre variétés de pneumocoques, qu'il ne différencie les unes des autres que pardes caractères morphologiques et biologiques, ou des propriétés pathogènes de second ordre. Foa ne reconnait que deux variétés principales : 1° une variété œdématogène, dans laquelle le microbe agit surtout sur place, infectant l'économie par ses toxines ; 2° une variété fibrinogène (méningocoque de Foa), essentiellement septicémique.

On a cherché aussi à distinguer des races différentes d’après la morphologie : l’une, constituée par un diplocoque petit, lancéolé, bien encapsulé; l’autre, par un diplocoque dont les articles sont plus volumineux, arrondis, dont la capsule est parfois si peu nelte que l’on se demande si elle ne fait pas défaut.

Cette distinction n’est pas admise, par contre, par M. Netter

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