GRIFFON
A ni par M. Mosny, qui professent plutôt une opinion uniciste.
Certains auteurs vont même jusqu’à faire rentrer le pneumocoque dans la classification des streplocoques (Pasquale).
Dans le poumon des tuberculeux, Ortner a décrit, sous le nom de micrococeus pneumoniæ, un organisme pouvant offrir tous les intermédiaires entre le streptocoque typique et le pneumocoque typique.
D'un autre côté, M. Bordet (1) a expérimenté une variété de streptocoque qui, inoculé dans le péritoine des cobayes, s’entoure d’une auréole analogue à célle du pneumocoque.
Récemment, MM. Le Roy des Barres et Weinberg (2} ont isolé et étudié un microbe en chaïnettes, encapsulé, qu'ils rangent dans le groupe des streptocoques, mais qui se rapproche singulièrement du pneumocoque.
L'étude comparative du nombre considérable d’échantillons de pneumocoque qu’il nous a été donné de cultiver, ne nous à jamais montré de différences de morphologie ou de culture sur lesquelles puisse ètre basée une distinction en races. De même, nos recherches nous permettent de ne pas accepter la division en deux variétés, proposée par Foa d’après l'expérimentation, un même échantillon de pneumocoque pouvant, par la simple exaltation de la virulence, présenter successivement les deux types de lésions que Foa considère comme caractéristiques et irréductibles.
L'agelutination, au contraire, semble au premier abord séparer des races distinctes. Nous avons vu qu’à côté d’une
(1) Borper, Annales de l'Institut Pasteur, mars 1897, p. 177.
(2) Le Roy pes Barres et WenëerG, À propos de l’immunisation contre le streptocoque par le sérum de Marmorek, Société de biologie, 31 décem-
bre 1898, p. 1208.
ST. eus
série de cas où le sérum agglutinait indifféremment le pneumocoque que nous possédions (échantillon N) et celui que l’on avait isolé de la gorge ou du poumon du malade, il en est d'autres où l’agglutination se fait sentir exclusivement sur le pneumocoque du malade, ou au moins est à peine esquissée lorsqu'on expérimente un autre échantillon de pneumocoque. Avec un sérum doué d’un pouvoir agglutinatif intense, on peut cependant arriver à impressionner presque tous les échantillons; le sérum du malade de l’observation XLIIT pouvait agglutiner cinq échantillons différents de pneumocoque, mais un sixième échantillon était irréductible
Ce fait de l’individualisme des pneumocoques, révélé par l’agglutination, cadre bien avec la conception actuelle de l'étiologie de la pneumonie, affection le plus souvent d’origine autochtone, due à la migration descendante du pneumocoque que chacun de nous héberge toujours (1) en sa gorge.
L'irréductibilité d’un échantillon vis-à-vis d’un sérum fortement agglutinant est cependant un fait assez rare pour que, sil se produit, on soit dans l'obligation d'étudier le microbe de plus près dans ses autres propriétés. Dans un cas (obs. LXXXVI), l'absence d’agglutination nous a ainsi permis de dépister une variété microbienne spéciale, voisine du pneumocoque, et dont nous avons décrit, à la fin du chapitre III,
les caractères distinctifs.
Le problème des races pneumococciques s’est de nouveau
(4) Bezançon et Gnirrox, Présence constante du pneumocoque à la surface de l’amygdale, Société médicale des hôpitaux, 15 avril 1898.
posé à propos du méningocoque isolé au cours de la récenté épidémie parisienne de méningite cérébro-spinale, épidémie dénoncée et suivie depuis, de si près, par M. Netter. On sait que Paccord n’est pas fait au sujet de l'identité de divers échantillons microbiens qui, sous le nom de méningocoques, ont été observés dans la méningite cérébro-spinale épidémique. Gelte affection relève-t-elle, comme on l’a cru d’abord, du pneumocoque commun, ou bien d’un microbe spécial tel que celui décrit par Weichselbaum sous le nom de diplococcus meningitidis intracellularis, ou tel que celui auquel Bonome a donné le nom de séreptococcus meningitidis.
Profitant de l'épidémie courante, nous avons appliqué, dans deux cas de méningite cérébro-spinale, aux microbes isolés par nous, l'épreuve de la culture en sérum agglutinant. L'organisme pathogène, dans ces deux cas, n'’élait pas le paeumocoque commun ; 1l en différait par le caractère suivant : quelle que fût la source du sérum dans lequel on le cultivait, il était toujours spontanément aggluliné, que le sérum provint de personne saine ou atteinte d’affection à pneumocoques, ou qu'on utilisât le milieu de diagnostic du pneumocoque, le sérum de lapin (1). Dans ce dernier milieu, comme dans le sérum humain, le microbe se serait développé sous la forme de diplocoques, s’il avait appartenu à la race du pneumocoque commun.
Ce microbe qui, d’autre part, comme nous l'avons vu avec M. Chantemesse, peut cultiver sur la gélatine, est donc bien distinct du pneumocoque, et nous paraît devoir être identifié
(1) Bezaxçox et Grirron, Caractères distinctifs entre le méningocoque et le pneumocoque par la culture dans les sérumis, Société médicale des hôpitaux, 9 décembre 1898.
avec le microbe décrit par Bonome sous le nom de s/reptococcus meningitidis.
Quant au diplococcus meningitidis intracellularis de Weïchselbaum, que nous avons eu l’occasion d’étudier dans deux cas (1), il diffère tellement du pneumocoque, qu’il n’est pas besoin de faire appel à la réaction agglutinante pour le dia-
gnostiquer.
Le fait que divers échantillons de pneumocoque ou de colibacille se comportent différemment en présence d'un même sérum agglutinant, implique-t-il que ces divers échantillons constituent autant de races pneumococciques ou colibacillaires distinctes ; autrement dit, la réaction agglutinante conserve-t-elle, pour les espèces saprophytiques, la même valeur de classification que pour les espèces pathogènes spécifiques ? Au début de nos recherches sur l’agglutination du pneumocoque (2), nous avions cru pouvoir parler de différencialion de races pneumococciques par la réaction agglutinante. Nous avons vainement recherché, depuis, si les Iésions humaines, déterminées par les différents échantillons séparés par l'agglutination, ne différaient pas entre elles en quelque point ; si, pour prendre un exemple, la réaction agglutinante ne séparait pas le pneumocoque de la pneumonie franche de celui des pneumonies bâtardes, infectantes. Or, aucune classification n’a été possible, et, seul de l'analyse de nos observalions, s’est dégagé ce fait que le sérum du malade agglutinait toujours davantage le pneumocoque qui avait dé-
(4) V. Grirron, Méningite cérébro-spinale à méningocoque de Weichselbaum, Sociéte de biologie, 17 juin 1899 ; et G. Digurarov, Clinique medi-
cale de l'Hôtel-Dieu de Paris, 1899, p. 324.
(2) Bezançon et Grirrow, Presse médicale, 31 juillet 1898,
Re is
terminé la lésion, et que parfois même il n’agglutinait que cet échantillon.
Le lerme de races nous paraît donc impropre aujourd'hui pour caractériser des variétés de pneumocoques décelées par l’agglutination. Ce n'est pas parce qu'un pneumocoque est agglutiné par un sérum, tandis qu'un autre ne l’est pas, qu'il appartient à une race distincte: car il faudrait alors admetre qu'il y a presque autant de races de pneumocoques que de sujets atteints d'infection pneumococcique.
La réaction agglutinante nous apparaît, pour les espèces saprophytiques, comme un réactif trop délicat pour servir de base à une classification : elle sépare non pas des espèces, non pas même des races, mais des échantillons microbiens.
Pour ce qui est, en effet, de ces microbes saphrophytes, chaque échantillon acquiert, du fait de son séjour dans l'être qui l’héberge, une sorte d'individualité. Comme l’organisme humain sur lequel il vit, et dont il fait pour ainsi dire partie, il a des attributs particuliers.
Cette individualité ne se décèle ni par des caractères différents de morphologie ou de culture, ni par des lésions dissemblables si le microbe devient pathogène. Quelle que soit sa source, le pneumocoque détermine dans le parenchyme pulmonaire une réaction pathologique toujours identique à elle-même, l’alvéolite fibrineuse. L'individualité de l'échantillon microbien ne se traduit que dans les réactions humorales, par des différences dans la séroréaction agglutinante, par exemple, et, peut-être aussi, par des réactions vaccinales distinctes.
S &. — L'agglutination dans les infections combinées.
SomMaIRE. — Coexistence possible, dans un même sérum, de propriétés agglutinantes distinctes, sous l’action d'infections différentes. — Expériences de MM. Widal et Sicard, de MM. Widal et Nobécourt,.
Confirmation clinique de ce fait. — Le sérum des malades peut agglutiner à la fois le bacille d’Eberth et le pneumocoque ; la symbiose des deux agents infectieux semble même exalter lintensité de l'agglutination pneumococcique.
La réaction agglutinante a été utilisée pour l'étude des réactions humorales de l’organisme dans les infections combinées. D’expériences entreprises avec M. Sicard et avec M. Nobécourt, M. Widal (1) conclut que, lorsque des infections disparates se superposent chez le même individu, chacune d’elles impressionne les humeurs de l'organisme, pour son propre compte et à son heure. L'expérimentateur peut ainsi retrouver dans le sérum la marque de chacune de ces infections.
Nos études sur l’agglutination pneumococcique apportent à cette proposition, basée sur l’expérimentation, une confirmation clinique. Chez plusieurs malades atteints de pneumonie au cours d’une dothiénenterie, nous avons pu constater à la fois, comme nous l'avons dit dans un précédent chapitre, et la réaction de Widal et l’agglutination du pneumocoque.
L'observation des faits nous a conduit, en outre, à cette constatation nouvelle que, dans les infections pneumococci-
ques associées, non seulement la réaction agglutinante existe,
(4) Wipar, Les associations microbiennes et les infections mixtes, Congrès de médecine de Montpellier, 13 avril 1898.
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aussi marquée que lorsque le pneumocoque est seul en jeu, mais encore qu’elle semble se présenter à un degré plus accentué. Tandis que dans la pneumonie franche, primitive, la propriété agglutinante est d’une apparition relativement tardive et d’une intensité généralement moyenne, dans les pneumonies secondaires (survenant au cours de Ja grippe, de la fièvre typhoïde) le phénomène est précoce et le plus souvent très marqué. Nous avons observé, chez un malade atteint de méningite cérébro-spinale à méningocoques type Weichselbaum {obs.LXX VI),une séroréaction pneumococcique positive dont l’autopsie révéla la source : un foyer d'engouement pulmonaire, tout récent, à pneumocoques légitimes, avait suffi à provoquer l’apparition de la réaction agglutinante au bout d’un temps relativement court, chez ce malade déjà sous le coup d’une autre affection.
Il semble que la symbiose microbienne, dont on connaît la propriété d’exaltation des virus, provoque une augmentation corrélalive de l'intensité de la réaction agglomérante.
$ 4, — Infections pneéumococeiques larvées, révélées par la séroréaction.
SOMMAIRE, — Une séroréaction positive est comme Ja signature d’une in-
fection pneumococcique actuelle ; mais celle-ci peut être latente ou larvée. L'épreuve, dans ce dernier cas, peut être révélatrice. Elle permet d'incriminer l'intervention du pneumoco
que dans les angines aiguës ; dans la tuberculose aiguë {
forme granulique, forme pneumonique) ou chroni-
que (fièvre hectique) ; dans la grippe ; dans certaines variétés de purpura. 2
La complexité des infections nous apparait plus grande à mesure que se
perfectionnent nos moyens d'investigation.
Nous avons vérifié assez souvent l'absence de réaction ag-