‹ L'agiotage de 1715 à 1870Chapitre 4 sur 18 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

A hk demande d'un grand nombre d# nos amk, noua fondons une libr&irie de l& Reisue Socialisfe que la présente pablieation ijiattg^e.

Les volnmes et brochures qui la composeront seront surtout des reprocluetions de U Revue Socialiste. Pour œla noua choisirons les articles portant sur des sujets bien déterminés et les traitant d'une manière relativemeJ^t complète. Nous don oerons la préférence notamment aux études consacrées k Fhistoire économique :financiâre et socialiste, à de brefa exposés philosophifiues et seientifiques, à des polémiques largement comprises et à des critiques littéraires ou autres s'inspirant des puissantes investigations de l'esthétique et des acquisitions anthropologiques moderne, s

Les « nouvelles > aocinlistes et les « projets s* bien documentés et sçienliA* quement élaborés de réformes ou de transiormation sociale trouveront aussi leur place dans notre librairie^ destinée à vulgariser les principales études de la Revtte Sodaïiste dont le programme est connu.

En voici toutefois une reproduction qui est à aa place en tête de cette pUrhlieation, première d'une série qui, nous F espérons sera longi^

•,. La Revue sociaHsiej qae nous fondons^ en élargissant le programme de celle qui eut son utilité en Î830, ne sera Toi^aue ni d'un homme, ni d'une secte, ni même d'un parti; elle sera le foyer où convergeront toutes les idées de réforme et de transformation sociale qui, sous la pressioa des nécessités politiques et économiques, agitent si tragiquement notre époque. Car il est temps 4e dégager Télabo ration socialiste de tous les accidente de rivalités perBonnelles, d'ambitions particulières, de fanatisme d'école , d'intrigues de secte, de mêlée furieuse des partis, qui Font tant entravée jusqu'ici. Par s ai te j il u ou s a semblé qu'il pouvait être utile d'ouvrir un chantiet^ de travail en commun à tous les socialistes de bonne volonté^ sans distinction d'école. Nous appelons tous ceux qui, sur le terrain de la liberté et de l'égalité répubUcaînes, travaillent à l'avènement d'une société délivrée de Fignor^nce, de la misère, des dernières formes du servage; à la suppression de rautagonisme des classes^ par Forganisation sociale de la production et de la distribution des richesses.

Quelle théorie, en effet, si large fut-ellOi pourrait enfermer dans les mailles de son réseau de fer la pensée sociale contemporaine ^t résoudre dans toua ses détails, le problème social si complexe du XIX^ siècle î

N'est-il pas dès lors nécessaire d'offrir à tous les chercheurs actuels du socialisme, qu'ils soient modérés on violents, autonomistes ou autoritaires, pacifiques ou révolutionnaires, mutuelliates ou communistes, positivistes ou collectivistes, leur part de champ et de soleil daus une revue d'élaboration collective-

Noua b faisQQ« ne demaît<i&ttt que deux choses à aei coUaboratéurfl :

I' Apporter des inveatigations et des idées, non des inTectivea ;

2û Laisser au pape ealholiqae les prétentions saugrenues à rinfaillibilité.

Cette conception des choses nous trace notre devoir. Nous apporterons d*une partj au sûcialisme, notre tribut de recherches et d'idées puisées dans toutes les directions de la pensée et dans Tobservation des phénomènes sociaux de tout ordre. D*autre parÉ, nous no as attacherons à écarter les intolérances doctrinaires, tes préventions personuellea qui, comme une fumée de bataille obscurcissent T horizon de la démocratie sociale. Nous ferons ainsir surtout en montrant combien est déjà, grande la somme d^idées sociales communes, immédiatement réalisables et combien il importe de travailler en commun, au lieu de s'entre-dé vorer.

Nulle hésitation n^est poflsibla à ce sujets ail est vrai (et qui oserait le nier?) que les luttes personnelles entre socialistes sont un fléau sans compenBration. N'est-ce pas à elles, plus qu^aux résistances et aux réactions conservatrices, qu'on doit les avorte ment s successifs et si douleureax du XIX^ siècle en gestation d'une société nouvelle ?

Et, maintenant, accus era-t-on notre relativisme sclentiâquo d'éclectisme modéré? H nous serait trop facile de répondre que, lorsqu'on passe son temps à affiner des théories bien pourléchées, bien exclusives, on se met en dehors du courant social^ on perd le sens des tendances de son époque et des aspi^ rations populaires.

Il est évident qu'à courir devant soi, sans regarder si l'on est suivi, à la recherche d'un absolu miroitant et trompeur, on se sépare de la graode armée du progrès, cette minorité militante dd rhutnanité sans laquelle rien de durable ne peut être fait, et l'on se morfond dans le désert de l'ntopie.

Certains sectateura n'en veulent convenir. Pour eux, le hors de notre église^ pas desalut^ est un credo auquel ils se conforment rigoureusement Le résultat de tout ceci c'est que d'excommunications en excommunications, de subdivisions en subdivisions, on en arrive à démoraliser et à disperser l'avant-garde de la révolution occidentale. Car il est dans la nature des ckoses que Tes prit humain, lorsqu'il est enûévré d'absolu^ dessèche, stérilise et tue tout ce qu'il touche, dans sa course e^rénée et sans limites.

En conséquence, soyons toujours en avant de notre siècle ; mais en restant dans l'humanité; soyons toujours en avant de la foule, mais en ne la perdant pas de vue- Ainsi envisagé, le champ d'action est déjà assez vaste d'ailleurs.

Il y a d'abord à continuer le travail non terminé des investigations de la critique socialiste, en retendant à tous les conâuents de la science sociale: philosophie, morale, histoire, esthétique, éducation, politique, économie, etc , 11 y a ensuite â procéder par voies de propositions positives, toutes les fois que Tobservation rigoureuse d'un fait social permettra l'emploi de la méthode expérimentale. Il y a entin à accumuler, à dégrossir, à classer les matériaux de reconstruction, si accrus par le déploiement des forces économiques modernes et, notamment, par les nouveaux modes de la production et de l'échange, modes qui vent se généralisant, au prix de tant de bouleversements économiques, de tant de [troubles politiques et de tant de doubleurs prolétariennes...

AVANT-RROPOB TU

. . , DAna toute U farce du termei doQo^ k Revue saeialiste aéra un foyer d'élaboration collective de la icience sociale et le terrain neutre où tous les fiocialiatas pourront faillie coim ai tre au public leurs rêve adic a tiona, leurs proteatationa ou leur théories, quel que soit d'ailleura le groupement politique auquel ils appartieuiient* Des discussions courtoises sur des questions importantes pourront même être sonlevé^s entre rédacteurs de notre recueil, — ■les attaques perso Dnelles ou masqués étant et demeurant rigoureusement prohibées.

En outre 1 conTaincuB que le socialisme, cette religion humaine des temps nouveaux, doit être envisagé au point de rua philosophique, historique et moral, autant qu*au point de vtie politique et économique, nous accorderons nue large place aux démcustratioua scientiâqnes et aux interpréta.tions de la philosophie de Thistoire» EffectiToment, l'évolution humaine est une dans Teusemble des choses et dans le cours des temps, si elle est multiple dans 3es manifestations* Il faut monter haut et voir loin pour en découvrir la directionetles lois : cou naissance indispensable celle-là, car par elle seule les lois naturelles, parfois si cruelles à Tempirisme et à Tigûorau^ïe sociale, peuveotêtre appliquées au développement et au mieux être de T homme. Et ici, à propos de lois nat'jtrellesy qu^une digression nous soit permise : Les économistes orthodoxes, ces théologiens du capitalisme, ont prétendu que rinég alité et la misère résultent de lois naturelles, prenant ainsi pour des « lois d'airain » des phéDomêne^ politiques et économiques engendrés par des conditioa s transitoires : donc passagers eux-mêmes, — et qui non seulement sont jetés, comme toutes choses, diins le tourbilïou de llncessante évolution et de Téter nel et uni versai le devenir, mais encore sont modifiables, en raison même de leur complexité, par Faction humaine.

Ces mêmes phénomènes économiques, d'ailleurs, n^ont- ils pas toujours été transformés dans le cours des siècles, à mesure que le développement des formes de production et d'échange a modifié la dominante sociale qui lui servait de substratum ? Est-co que, par exempte, ils ne &ont pas sans cesse déterminés^ tout au moins influés, par la politique Jinancîère, par la politique coloniale, par le régime de compression ou de liberté, par les traités de commerce, par la forme d^exploitation des chemins de fsr, des mines, des institutions de crédit, etc. ?

Les économistes orthodoxes ne peuvent le nier. Ils ne peuvent ignorer, en outre, que V esclavage ^ le servage^ le salariat^ se sont succédés, sous la double pression du développement de forces de production et de circulation et du développement des forces morales, que, par suite, la série n'est pas épuisée et que la guerre des intérêts et Tantagonisme des classes ne sauraient constituer le dernier terme de révolation sociale. Si, disent certaina. Il est facile de leur répondre qu^en vérité il faut être H doué d^un égoïame de classe égal & celui dont parle Chamfort, « capable de brûler le monde pour se faire cuire un oeuf !*, pour oser prétendre que le salariat, stade actuel de la civilisation^ est le dernier terme de révolution humaine.

Pour la bourgeoisie, dit Marxi il y a eu de V histoire tant qu^clIe n^a pas été au pouvoir et à la richesse ^ maintenant qu'elle j est, il n'y en a plus. — Eh bien, si \

Vm AVANT-BJtÔPOB

Les Ëocialittes préparent le quatrièHie stade de Téiroliitioii économii^iief ee^ lui de V association proprameQt dite^ daua lequel la productioQ et Téchan^a set'ûnt org;aDiséB sociale ment, &ûu que soieat aaaurea la commuuauté et Tharmoniô dêB efforts dans la production, la juatîce dans la répartUion, la libart^é àg^ns la coBBommatiori dea richeaBOB, avec et corollairômeDt, le développe* ment iiiteUectael, moral et physique de tous les Itre^ humains.

Pour lesBocialistsB» comme pour Hegel, le présent n'est qu'un pa^âé con* temporain qu*il faut modifier sans cesse, pour préparer l'avenir qui u'eit qu'un devenir-

Ceci dit, nous u^aTous pas t^àoîu d^insisLer sur la connexion existant entre le développement moral des sociétés et leur développement économique, formant ensemble le développement social dont nous devoas, encore une fois, connaître la direction et les lois, pour agir efficacement sur lui.

En tous cas, n^est^il pas évident qu*au moment présent, en Tabsenee ée toute synthèse intégrale, le mal est autant moral que iociitl ? C'est pourquoi nous avons dit que, pas plus que les philosophes et les moraliste» n^ont le droit de se désintéresser des questions politiques et sociales, les soeîaliites n'ont le droit de se désintéresser des questions philosophiques et morales.

Cette intégralité n^eat pas moins indispensable au point de vue exclusivement socialiste, vu que, exception faite de certaines vieillericB qui vont au rebours du courant historique, chaque &y sterne, chaque parti a, dans le relativisme final des choses, une part de vérité à lui particulière. Cette part de vérité, nous n'avons pas le droit de la négliger ; eUe est un des facteurs de la transformation générale que nous voulons tous par des moyens différente.

Il s'agit bien, en effet, de systèmes personnels, de panacées d'école, quaod les douleurs du salariat crient la ruine dans nos campagnes, la faim, la mort dans nos cités, en même temps que l'épuisement, la décomposition des vieilles formes religieuses^ politiques et sociales l

Tous le sentent et le voient, si peu osent le ^lire : les aboutissants actuels du développement historique dans son ensemble, et notamment les nouvelles conditions économiques par eux créées, font une nécessité urgente de la révolution sociale, ce mot pris dans aon acception la plus large et non pas dans le sens étroit d^une insurrection locale triomphante*

A ce point de vue, dirons-nous pour conclure, les socialistes sont non seulement les agents du développement social, les éclaireurG de l'avenir, mais çncore des hommes de paix et de prévoyance*

En demandant, comme le grand poète mourant, totigours plus de lumière — ou toujours plus dejustice^ — ils travaillent en effet à préfeairlei explosions de veogeance et de sanglants redressements qui grondent si fbrmidablement sur tous les points du globe.

Ce n*est plus niable : les réalisatioas sociales sont infarieuras aux possibilités déjà à notre portée, et c^est pourquoi la révolution, non accomplie, quoiqu*on dise, couvre de Tin cessante protestation de ses apôtres, de ses héros, de ses martyrs, les monotones petits bruits de la politique grouillante dans les petits intérêts du moment.

n ne faut pas s^en affliger \ si les revendications sont irrésistibles, les éléments de délivrance eustent; il ne s'agit que de les inventorier et de les classer. Tâche lourde sans doute, maia aceompUssable, mais urgente.

AT ANT- PROPOS .Ht

Hâtous-nous donc da prendre chàcan notre port de tâche, c&r le temps naanqne souvent aux grandes choaea : il n'attend paa toujours que l'oau^re de préparation a oit terminée pour précipiter le torrent des éléments nouveaux * sardes générations non préparées à les enfermer, pour la bien de tous, dan^^ le graud courant de T histoire*,, y*

Noua nouB en tenons à cette pi-ofession de foi Bociologique. ,

Maintenant, un mot sur la présente brochure. J'ayais projeté de continuer rhistoirede l'agiotage jusqu'en 18S4, Mais l'entrée de M. Auguste Chirac, Tautetir des Mois de la Républtqitef des Mystères du Crédit ^ de la Eau te Banque et les BévolutionSy etc., la Revue socialiste m'a fait cbauger d'idée, La compétence hors ligne d'Auguste Chirac sur les questions de finance contemporaine le désignait pour cette partie du travail dans notre recueil. Ce sont donc ses articles en préparation enr Vagi otage depuis 1870 qui feront suite an présenttravail. Lea fioanciers régnant pourront avoir à s'en plaindre^ mais non pas nos lecteurs qui^ après avotr eu une idée de Tagi otage dans le passé» le trouveront saisi sur le Vif au beau, milieu de ses ineurtriers ébats de ces dernière e années d'orgie fin an ci ère ^ de en se économique^ de misères prolétariennes^ de ruines commerciale.^, d'jiveuglement des dirigeants et de désarroi politique et morah

FariH, le 18 jaia 1885.

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