‹ L'agiotage de 1715 à 1870Chapitre 8 sur 18 · III. — l'agiotage sous LOmS XV ET LOUIS XVI · texte numérisé non relu

III. — l'agiotage sous LOmS XV ET LOUIS XVI

Malgré une réaction aussi folle que l'engouement avait été insensé, il resta quelque chose des idées de Law. Après la liquidation des Frères Duverney, ces réorganisateurs intéressés de la Compagnie des agents de change (1), on fonda la Caisse d'Es-

(1) Les agents de change ou courtiers ont prîs leur nom de la lettre de •hange ; c'est dire, par conséquent, que leur institution date de l'époque où la lettre de change fut universellement employée. Une ordonnance de Philippe le Bel, du mois de février 1304, atteste que des intermédiaires légaux existaient dès lors sous la dénomination de oourretiers pour le change et les denrées.

Une autre ordonnance du même roi, à la date de janvier 1312» contient une sorte fîe règlement qui les concerne.

En 1572, Charles IX, par un édit de juin, créa des eourretiers de change, deniers et marchandises en titres cTof/ioesm

€ L'estat des eourretiers auquel la légalité et preud'hommie sont principal 4C lement requises, étant exercé par toutes personnes indifféremment qui s'en « entremettent sans prester aucun serment par devant nos juges; et par ces « moyens, comme ont été et sont commis infinis abus et malversations^ à 4c quoi nous désirons et voulons pourvoir pour le bien de nos subjects et de 4C la marchandise... »

Ainsi débute Tédit créant officiellement les charges d*agent de change, il y a plus de trois siècles.

Sanctionnant ensuite cette institution, Henri YI, par un jarret du conseil

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compte (B), Cette Banque rendit au commerce des grands serces et alla toujours en élargissant le cercle de ses opérations, si bleu qu'après sa réorganisation de 1779, elledeyint uneYéritable banque à billets et vit ses titres être Tobjet d*uE agiotage si effi'éné, que le gouvernement s'eo émut et que (ô candeur du svm* siècle !) les pudiques administrateurs s'indignèrent.

du roi du 15 avril 1595 <c Pour retraDcber la c ouf a don qui autrement pourrojt advenir et pour que les marchands sachent doresnavent à qui s'adresser > créa des charges d^ agent de change : Paria eut huit courtiers de change j Lyon, douze ; Rouen^ quatre ; Marseille, quatre ; Toulouse, trois ; Bo rdeaux, Tours et la Rochelle, deuij Amiens,' Dieppe et Calais, un. Par sou édit Henri IV, défendit :\ toutes autres personnes de s'entremettre dans Teïercîce des fonctions de cour relier a sou» peine de punition corporelle, crime de faux et 50O écus d'nmende*

CoTtime on le voit, Lyon était la Tille la pins favorisée ^ naais Lyon était alors la yil le la plus commerçante de France, la seule ayant des relations sui- Ties d'affaires avec la Suisse, Tltalieet la Savoie,

Cependant, sous Louis XllI, le nombre des agents de cliange de Paris fut augmeaté.

Mais on peut dire que la Compagnie des agents de change ne devient réellement Horissante que lorsque d'après les idées des frères Paris- Durer ney, en 1724, il fut établi par avis du conseil d'Etat une place appelée Bourse^

A partir de 1794, les charges d'agent de cbange furent supprimées par un , décret bizarrement rédigé:

« A partir du l^^ avril 1791, les offices des perruquiera^barbiers-étuvlstes- 4£ baigneurs, ceux des agents de change et tous autres sont également sup- * primés, :^

Les agents de change reparurent en 1795 an nombqe de 25 ] l'église des Petits-Pères leur fut alors assignée comme Bourse,

Sous le Consulat, le nombre des agents de change fut porté à 80 et le cautionnement fixé à 60,000 francs.

Comme sous Louis XVI, la Chambre syndicale voulut alors mettre un frein à la fureur des marchés à terme, mais ne put y parvenir, Les lois du 2 ventôse an XIII, du 28 avril 1816 et du 9 mal 1818 fixèrent définitivement les règlements des charges d'agents de change fixant le montant du cautionnement à 125,000 francs. On parle en ce moment de créer 90 nouvelles charges À*agents de change à la Bourse de Paris, la valeur vénale de chaque charge étant fixée à un million.

(2) Ces quatre frères Paris-Duverney, fils d'un aubergiste dauphinois^ avaient de fortes raisons de détester Law qui les avaient dépouillés de leurs Fermes générales. Leur liquidation se ressentit de cette animosité. Les Frères y trouvèrent gloire et profit. Us reprirent leurs Fermes générales^ entassèrent les millions comme l'hiver entasse la neige sur les monts et léguèrent à leurt descendants les titres de comte de la Blache et de marquis de Brunois.

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« ïl s'est fait disait le Goaseil, un trafic tellement désordoûué des titres de la Caisse d'Escompte^ qu'il s'en est vendn quatre fois plus qu'il n'en existe. De pareils actes, enfantes par un vil esprit de cupidité, ont le caractère de ces jeux infidèles que la sagesse des lois du royaume a justement proscrits. *

En réponse à ces plaintes honnêtes, le roi rendit un arrêt dont les considérants seraient encore de mise aujourd'hui et méritent d'être reproduits :

^ Le roi, informé que depuis longtemps il s'est introduit dans la capitale un genre de marché ou de compromis aussi dangereux pour les vendeurs que pour tes acheteurs, par lesquels l'un s'engage à four air et Tautre se soumet k les payer sans en avoir les fonds, avec réserve de pouvoir exiger la livraison avant Té-* chéance, moyennant Tescompte-

< Que ces engagements qui, dépourvus de cause et de réalité, n'ont, suivant la loi, aucune valeur, occasionnant une infinité de manœuvres insidieuses, tendantes à dénaturer momentanément le courâ des effets publics, à donner aux uns une valeur exagérée et à faire des autres un emploi capable de les décrier; qu'il eu résulte un agiotage désordonné que tout sage négociant réprouve, qui met au hasard les fortunes de ceux qui ont l'imprudence de s^ livrer, détourne les capitaux de placements plus solides et plus favorables à l'industrie nationale, excite la cupidité à poursuivre des gains immodérés, substitue un trafic illicite aux négociations permises et pourrait compromettre le crédit dont la place de Paris jouit à si juste titre dans le reste de l'Europe. >

Mais leur œuvre m ai tresse fut de rouvrir la carrière aux Fermiers gfénéiaux. C'est iiinsi qu'on vit arrivar avec et après em, Mme de Prie née de Pléueuf, puis Cûrîier, Louis Bourgeois, le Riche delà Popelinière, les de Live d'Epinay, les de la Reynière, Claude Dupin, Cazes, Joly-Bouret, de Beaumont, Laborde, de la Haye, Mazade, Borda, de Boismont, de la Haute, de Soucy, Sainte-Amaranthe, Sénac, Jean Bertia et autres dévorants.

La Révolution en mettant un peu de justice dans les finances de l'Etat, obligea ces rois de l'argent à changer de métier. Elle en guillotina même trentequatre 80US la Terreur, comme on verra plus loin. A ce dénouement n'avait pas été étrangère Thonnête indignation contre les fermiers généraux du chimiste Fourcroy, patriote implacable à ses heures. Malheureusement pour la science, Lavoisier se trouva dans le nombre des condamnés. Malheureusement encore pour la philosophie, nous devons compter Helvétius parmiles fermiers généraux du xxiiie siècle. Mais ce dernier fit oublier l'odieux de son métier par une inépuisable bienfaisance, couronnant sa philosophie matérialiste.

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Fort bien, mais que pouvait une dérense royale contre Tagiotage débordant?

Florissants en Hollande et en Angleterre, les marchés à term« pouvaient d'autant moins être interdits, que justement ils trou- Taieot un aliment nouveau dans les fondatious de « Compagnies * pour Texplûilation de mines et d'usine, et qu'alors commençait une évolution économique qu^avec de fort bonnes intentions fa- Torisait Louis XYL Aussi Tarrêt royal eut-ii si peu d^effet, qu'en avril 1788, dans sa Dénonciation sur Cagiotage au Roi^ Mirabeau, le futur grand tribun révolutionnaire, pouvait encore dire:

€ C'est l'ennemi le plus redoutable de votre royauté, c'est l'agiotage que je dénonce k Votre Majesté ; il dévore vos revenus, il aggrave les charges de TEtat, il corrompt voï^ sujets, il énerve Totre puissance î s'il exerçait plus longtemps ses ravages^ il rendrait impossible jusqu'à vos bienfaits. Nous ne saurions vous déguiser, Sire, qu'il a des protecteurs aux pieds de votre trônt. Peut-être, bêlas! vous persuaderont-ils que l'agiotage a été jusqu'ici un palliatif nécessaire, et que mes principes ou les faits que j'allègue sont autant d'erreurs,

< Sire, il s'agit de l'honneur et du salut de la France.*.

« Oui, j'en jure la vérité^ l'agiotage qui s'exerce à Paris

»ur des effets dont le produit éventuel égare l'imagination, ne peut engendrer que la plus abominable des industries,

« Eh ! quelle compentisaoLi offre-t-il, ^uand son résultat unique, son dernier produit, est un jeu efirené, où des millions n'ont d*autres mouvements que de passer d'un portefeuille dans un autre, sans rien créer, si ce n'est qu'un groupe de chimères que la folie du jour promène avec pompe et que celle du lendemain fera évanouir,

« Détruire l'agiotage, c'est sauver l'Etat, c'est pourvoir à

sa sûreté, c'est rétablir le bon ordre, c'estrendre au gouvernement sa dignité, à l'autorité son empire, aux lois leurs forces : c'est préparer la voie à l'esprit public, assurer la paix à l'extérieur, la ramener à l'intérieur des familles, restituer leurs talents à leur Téritable usage, la considération aux choses utiles et décentes » (Œuvres de Mirabeau, par Vermorel).

Admirablement conseillé. Seulement l'œuvre réparatrice était au-dessus des forces de la monarchie croulante. Elle avait tenté quelque chose, à l'avènement de Louis XVI nous devons le reconnaître. En 1774, lors de l'échéance du fameux bail David (1)

(1) Cette date de 1774 et qu'on a nommé le bail de David est restée célèbre à un autre titre.

Quand l'heure des poursuites révolutionnaires eût sonné, il fut convenu qu'on ne les ferait pas remonter au-delà de ce bail. Ceux des fermiers généraux qui étaient plus anciens, quoique plus coupables en fait, échappèrent ainsi à la vindicte populaire, si terrible à leurs successeurs.

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