FILLES
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CHEZ l'homme et CHEZ LES ANIMAUX.
Un problème à résoudre. — Pourquoi les rapports sexuels ne sont pas constants. — Influence de l'âge des producteurs.
— Les recherches de M. Boudin. — Observation de M. Bertillon père sur l'hyperpolyandrie en Norvège. — Les mariages jeunes chez les juifs. — Autres causes influentes. — La « performance » physiologique des parents. — La production des filles coïncide avec un meilleur état de la mère. — Les époux trop jeunes engendrent des mâles. — Le cas des époux norvégiens. — L'hyperpolyandrie se manifeste quand les conditions procréatrices sont moins favorables. — Une observation de Quételet. — Le« naissances chez les Européens et chez les esclaves au cap de Bonne- Espérance. — Les Européens ont plus de filles. — Conditions défavorables d'existence des esclaves. — Une statistique de naissances en Autriche. — La proportionnalité des mâles est plus faible dans les naissances illégitimes que dans les régulières. — Explication rationnelle de ce fait. — Les naissances aux colonies. — A Saigon, les unions de Français sont exagérément fécondes en garçons, celles de Français et de femmes métisses fécondes en filles. — C'est là un fait très normal.— Observations des éleveurs et des naturalistes.
— Faits rapportés par M. Girou de Buzareingues. — Expériences sur des troupeaux de moutons. — Elles confirment les observations faites sur la race humaine. — Le cas des brebis turgos. — Les expériences de M. Cornaz sur la
fécondation. — Sa théorie sur la fécondation. — Lanaaturation de l'ovule. — Application de cette théorie à la race juive. — Influence de l'observation d'un précepte religieux sur la production sexuelle.
Il est un point désormais établi pour nous, c'est que, dans les diverses races humaines, rhj^perpolyandrie est la règle générale.
Entre les multiples groupes d'individus, il n'y a guère sous ce rapport particulier que des différences de plus ou de moins.
Mais, cette constatation n'est en somme que l'exposé d'un problème qu'il convient de résoudre, problème comportant certaines inconnues qu'il nous faut dégager.
Pourquoi, en effet, les rapports sexuels ne sontils point toujours les mêmes ? Quelles sont les causes qui tendent à les modifier, et, parmi ces causes, quelles sont celles qui sont attribuables aux géniteurs eux-mêmes ?
Depuis longtemps, du reste, les hommes de science ont été frappés de ces résultats anormaux en apparence, et, ils se sont efforcés d'en trouver l'explication rationnelle.
Tout d'abord, Ton a remarqué que chez les individus de même race, la sexualité des produits semblait se modifier de façons différentes, suivant les conditions d'âge des parents.
Un sagace observateur, M. Boudin, comme conclusion à un travail sur « l'Influence de l'âge relatif des parents sur le sexe des enfants », travail adressé à l'Académie des sciences, écrit les lignes suivantes :
Il résulte de cette étude : 1° que le sexe masculin prédomine quand le père est plus âgé que la mère ; 2" que le sexe féminin prédomine quand la mère est plus âgée que le père ; 3° que les deux sexes tendent à s'équilibrer, cependant encore avec une légère prédominance de sexe féminin, quand le père et la mère sont du même âge .
D'autres observateurs sont arrivés au même résultat que moi, en faisant des recherches sur d'autres points du globe. Parmi ces observateurs, je me bornerai à citer M. Hofacker à Tubingen, M. Sadler en Angleterre, M. Gochlert à Vienne, M. Boulanger à Calais *-.
1. Boudin. — Zie Vinfluence de VO.ge relatif des parents stir
Et, dans un autre mémoire sur le même objet, mémoire communiqué cette fois à la société d'anthropologie, le môme auteur appuie ses conclusions par des relevés statistiques eâectaés soit par lui-même, soit par d'autres démographes.
Mes recherches personnelles m'ont donné, pour 1.000 filles, les proportions suivantes de garçons : Lorsque le père était plus jeune que la mère 910
— avait le même âge — 945
— était plus âgé — 1092 Les registres des naissances de la ville de Tubingen
ont donné à Hofacker, pour 1,996 enfants produits par 386 mariages, la répartition ci-après :
Nombre de garçons pour 1000 filles.
Père plus jeune que la mère 906
— du même âge que la mère 933
— plus âgé de 1 à 3 ans 1166
— plus âgé de 3 à 6 ans 1034
— plus âgé de 6 à 9 ans 1247
— plus âgé de 9 ans et au delà 1437
le sexe des enfants. — Commîtes-rendus de l'Académie des sciences, sé&nQQ du 23 février 1863, t. LVI, 1<" semestre, p. 353.
En France, le docteur Boulanger a fait des recherches analogues sur 0.000 enfants légitimes nés à Calais de 1833 à 1832, et provenant de parents domiciliés ou non dans cette ville.
Le résultat de ses investigations se trouve résu mé dans le tableau ci-joint :
Nombre de garçons pour 1,000 ftUes.
Père plus jeune que la mère 1010
Père du même âge que la mère 1078
Père plus âgé que la mère 1090
En 1854 et 1855, le bureau de la statistique générale de France a trouvé, pour 5.311 enfants nés à Paris, la répartition sexuelle ci-après :
Nombre de garçons pour 1,000 filles.
Père plus jeune que la mère Q75
Père du même iige que la mère 1021
Père plus âgé que la mère 1044 i
Pareillement, un statisticien éraérite, le docteur Bertillon père, a constaté, d'après de nom-
1. Boudin - De l'influence de Vâge relatif des parents sur le sexe des enfants; — Bulletin de la Société d' Anthropologie y séance du 18 décembre 1862, p. 592 et 593.
breux documents officiels, qu'en Norwège, quel que soit l'âge de l'époux, si l'épouse a moins de vingt-cinq ans, les enfants qui naissent dans Tannée même du mariage donnent une liyperpolyandrie énorme, jusqu'à 208 garçons pour 100 filles.
Quelles conclusions tirer de ces observations diverses au point de vue de l'explication de l'hyperpolyandrie juive, et, comme semblent l'admettre assez volontiers certains auteurs, faut-il y trouver la clef unique du problème?
La loi juive fait un devoir à ses adeptes de se marier jeunes et considère le célibat comme coupable. C'est ainsi que, suivant Schimmer, comme le remarque M. G. Lagneau, la proportion des mariés juifs de moins de vingt-quatre ans est de 343 pour 1,000 au lieu de 176 chez les chrétiens. En Russie, comme il appert des recherches de MM. J. Eertillon, G. Lagneau, Johnson, H. Passy etLevasseur, on remarquerait le même phénomène. En chiffres ronds, sur 1,000 mariages juifs, 434 hommes et 608 femmes auraient moins de vingt ans, 263 hommes et 212 femmes auraient de vingt à vingt-cinqans, quand catholiques, protestants
et arméniens-grégoriens ne compteraient que 82,06 et même 27 époux au-dessous dô vingt ans et 316, 318 et 336 entre vingt et vingt-cinq ans. Eh bien, chez les Valaques et les Moldaves, où la masculinité se rapproche de celle des israélites, on se marie aussi jeune que chez les juifs.
De 1870 à 1871, sur 1,000 hommes qui ont contracté mariage, 115 avaient moins de vingt et un ans. De 1872 à 1875, plus de moitié, 565 avaient moins de vingt-cinq ans K
Si l'on s'en rapportait à ces seules indications, il semblerait que la solution de la question soit donnée d'une façon suffisante.
Mais, si l'on examine un peu plus à fond les choses, on voit vite qu'il ne saurait en être ainsi et que d'autres données que celles des âges respectifs des parents interviennent en l'affaire et y exercent leur influence propre.
De ces circonstances spéciales, la plus mani-
1. Dcbierre. — Quelques remarques sur les conditions ou les lois qui semblent présider à l'origine et au rapport des sexes. (Revue internationale des sciences biologiques)^ année 1883, avril, t. 1", p. 347.
festement importante est, sans contredit, celle résultant des conditions de bien-être, ou mieux de parfaite performance physiologique des êtres géniteurs. Du reste, il est de toute évidence que l'influence des rapports d'âge des parents n'est qu'une des formes de la mise en lumière de cette condition particulière de l'état physique des individus procréateurs.
Que voyons-nous en effet ?
Si nous nous reportons aux observations des divers auteurs que nous avons rapportées tout à l'heure, nous constatons que, lorsque l'être femelle est en état de complet développement, alors même que le père n'a peut-être point acquis encore toute son activité virile, il y a tendance à la génération des filles ; si entre les époux il existe des différences d'âge, plus elles sont accusées au profit du mâle, plus l'hyperpolyandrie tend à s'accentuer.
Semblablement, du reste, quand l'époux est manifestement trop jeune, les qualités physiologiques de l'épouse ne sont plus suffisantes pour
la procréation femelle, et il y a surabondance de naissances mâles ; c'est le cas des mariages norvégiens constaté par le docteur Bertillon. Dans les pays du Nord, en effet, chacun sait que le développement sexuel est plus tardif que dans d'autres contrées plus voisines du soleil, et il est normal d'admettre que cet âge de vingt -cinq ans qui dans d'autres pays est pour l'homme celui du maximum d'activité procréatrice est ici encore assez fort éloigné de cette période particulière de son existence.
Il n'est donc guère besoin de beaucoup insister pour faire constater l'infériorité physiologique réeUe des procréants, en ces derniers cas, infériorité provenant surtout du côté de l'homme soit qu'il ait, — comme c'est le cas le plus ordinaire, — dépassé la période optima d'intensité procréatrice, soit au contraire qu'il ne l'ait pas encore atteinte.
De nombreuses observations, au surplus, semblent devoir confirmer cette thèse que la manifestation de l'hyperpolyandrie coïncide avec des
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conditions procréatrices moins favorables e^ dépend, non seulement de l'âge, mais aussi des circonstances générales de la vie des individus.
De 1813 à 1820, rapporte M. Ch. Letoiirneau, un observateur, Quètelet, a noté qu'il naquit au cap de Bonne-Espérance, chez les Européens, 6,780 filles et seulement 6,604 garçons, tandis que, durant le même laps de temps, il était né chez les esclaves 2,936 garçons et 2,826 filles *.
Il est manifeste que dans le cas de ces observations relevées par Quètelet, les garanties de bien-être étaient tout à l'avantage des colons européens et non à celui des esclaves ; de plus, il est encore infiniment probable que les colons étaient proportionnellement plus nombreux dans le temps de la période optima de faculté génératrice que les esclaves indigènes.
Les Européens, en efi"et^ n'auraient point émigré en un âge relativement avancé, tandis que
1. Ch. Letourneau . Article Hérédité, du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, ¥ sévie, t. XIII, p. 153, a ris, 1888.
les esclaves étant autochtones devaient fatalement présenter, sous ce rapport, des variations beaucoup plus grandes.
Le docteur Bertillon nous apporte du reste un autre argument de réelle importance en faveur de cette manière de voir. D'après une statistique autrichienne portant sur un relevé de plus de quarante mille naissances, les garçons dans les naissances vivantes légitimes sont dans la proportion de 107,1 pour 100 filles, tandis que dans les naissances illégitimes, ils ne sont plus que 105,4 pour 100 K
Ce fait de la diminution de l'hyperpolyandrie dans les naissances illégitimes vient bien corroborer l'opinion que nous développons en ce moment.
Les unions illégitimes, en effet, sont bien plus déterminées par les aptitudes physiques que les légitimes, où les conjoints sont tenus d'obéir à de nombreuses considérations sociales de
1. Bertillon. — Article Natalité du Dictionnaire encyclo pédique des sciences médicales. 2e série, vol. XI, p. 467.
famille, de fortune, de situation personnelle, etc.
Il est donc indéniable que, dans les unions libres, les procréateurs sont d'une manière générale en de meilleures conditions de valeur physiologique que dans les mariages réguliers. D'où, leur prédominance en conceptions femelles.
Les statistiques ^coloniales de notre pays nous fournissent encore, à ce propos, des documents d'un haut intérêt.
En Gochinchine, en l'année 1888, à la mairie de Saigon, il fut inscrit au registre des naissances 28 garçons et 19 filles issus de pères et mères français, tandis que, durant la môme année, le même registre porte l'inscription de 2 garçons et de 14 filles nés de père français et de mère métisse ^
Dans le premier cas, — père et mère français, — l'hyperpolyandrie normale, — entre 5 et 6
1. Statistiques coloniales publiées par le ministère du commerce, de l'industrie et des colonies, année 1888, p, 11.
p. 100, — s'est accrue considérablement ; dans le second, au contraire, il y a abondance extrême des naissances femelles.
Or, il importe de le bien constater, dans le premier cas, les parents procréateurs, par suite même de leur transplantation sous un nouveau climat peu propice à la vie des Européens qui y souffrent constamment d'une anémie accentuée, se trouvent en de fort mauvaises conditions physiologiques.
Dans le second, au contraire, la mère métisse étant autochtone et absolument acclimatée en vertu d'une longue hérédité, vit et se dévelo]Dpe dans un milieu très favorable à sa santé générale.
Or, comme nous l'avons vu, o'est surtout quand la femme est dans le meilleur état de 'performance qu'il y a tendance à la production accentuée des conceptions femelles ; il est donc normal que les unions d'Européens et de métisses aux colonies soient fécondes en filles.
Les observations des naturalistes et des éleveurs sont du reste favorables à cette thèse.
D'après Girou de Buzareingues, mie femelle délicate, débile ou affaiblie, fécondée par an mâle vigoureux, engendre un mâle ; l'embryon, au contraire, devient femelle si c'est l'inverse qui a lieu *.
En 1803, j'avais acheté à la bergerie de Perpignan quatorze béliers, dont deux seulement étaient vieux.
Des circonstances particulières ayant déconcerté mes projets, je fus contraint de placer mes béliers un à un ou deux à deux dans différents troupeaux, à cette seule condition que toutes les agnëlelettes métisses qui en proviendraient me seraient rendues au prix moyen de la race indigène. Lorsque, profilant de ce droit, j'acquis les agnelettes, j'eus lieu d'observ^er que le nombre en était beaucoup supérieur à celui des mâles, excepté dans le troupeau où les deux vieux béliers avaient fait la monte concurremment avec un de trente mois.
En 1804 un de mes vieux béliers ayant péri, celui qui survécut se trouvant supérieur à ceux qui me restaient, je le gardai avec deux autres parvenus à l'âge de trois ans et demi, pour la monte de mon troupeau,