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Girou de Buzareingues. — De la Génération. in-S", Paris

qui me produisit à peu près autant de mâles que de femelles. En 1807, j'achetai trois béliers sans cornes âgés de 18 mois, et je réformai les trois autres.

Le noTïibredes fetnellesfut beaucoup plus considérable que celui des mâles . En 1808, le nombre des femelles diminua, quoique encore supérieur à celui des mâles. En 1809, j'achetai quatre autres béliers, dont deux vieux avaient fait la monte à la bergerie de Perpignan. Depuis cette époque je n'ai guère employé que des béliers vieux qui avaient déjà fait la monte à la même bergerie, et ils ont donné à peu près autant de 'nulles que de femelles.

En 1819, M. Périer, fermier du domaine d'Is, dans l'Aveyron, résolut, pour des raisons particulières, de ne pas livrer ses brebis au bélier. Il acheta des agneaux mâles de six mois et les mit dans le troupeau de ses brebis, ayant soin d'en éloigner tout mâle adulte. Ses bergers et ses domestiques, dont le salaire consistait en partie dans la faculté de tenir plusieurs brebisportières avec le troupeau de la ferme, ne jugèrent pas à propos de suivre l'exemple de leur maitre, et ils placèrent leurs brebis dans les troupeaux du voisinage, où il y avait des béliers. M. Périer n'obtint pasde saspéculation le résultat qu'il en attendait. Ses brebis furent fécondées, à son grand étonnement, par les jeunes

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agneaux qu'il avait achetés, et elles produisirent soixante-six femelles contre trente quatre maies; la première moitié de l'agnelage, qui provient ordinairementdes brebisles \Àvi?,w\go\iTe\x^Q^, fut presque exclusivement co7nposêedefemelles.l\xi'exih\i pas de même des brebis qui appartenaient aux bergers et aux domestiques ; celles-ci donnèrent vingt et un l'Hâtes et dix-huit femelles.

En 1812, j'ai mis des 'béMev^ jeunes dans mon troupeau de mérinos, et des béliers y«ei«:i? dans mon troupeau de métisses ; etcette monte m'a ^voàMiiplus d'agnelettes que d'agneaux mérinos et beaucoup plus d'agneaux que d'agnelettes métisses. M. G., artiste vétérinaire, m'a dit qu'en 1812, il avaitconflé la monte de son troupeau à deux béliers antenais, etque sur cent trente-huit agneaux, il n'avait eu que cinquante mâles. Le petit troupeau du sieur Lavabre, de Tantayron, avait été sailli en 1825 par un bélier antenais ; il a donné en 1826, cinq onâles et dix-sept femelles. Celui de M. Pouget deLacombe a été sailli en 1826 par un agneau, et il lui a donné, en 1827, douzemâles etseize femelles. J'ai demandé à divers bergers quel sexe prédominait ordinairement dans les produits des antenaises ; ils ont tous répondu, sans hésiter, que c'était le sexe masculin, et je me suis assuré qu'ils disaient

vrai, par des observations répétées et personnelles. Au domaine de laPanoiize,les brebis antenaises ont produit, en 1825, ti-ente-et-un mâles et vingt-et-une femelles.

A Vallepleine, chez M. Molinier, elles ont donné eu 1827, vUigt mâles et huit femelles K

Cette longue citation que nous venons de faire de l'ouvrage de M. Girou de Buzareingues est particulièrement instructive; elle nous montre en effet, par de nombreux et concluants exemples, cpie chez nos animaux domestiques, la production des femelles est, — ainsi que nous avons déjà vu qu'il en était pour l'homme, — en rapport direct avec les qualités vitales des parents procréateurs.

Plus ceux-ci sont en une meilleure situation physiologique, plus les chances de procréation femelle se manifestent, et cela avec une régularité parfaite, absolument comparable à ce qui se passe chez les humains.

1. Girou de Buzareingues.— De la Génération, Paris, 1828, in-8% p. 13 i à 137.

C'est ainsi que l'on a remarqué dans l'Aveyron que les brebis iurgos, c'est-à-dire les brebis ayant été tenues une année durant éloignées du mâle, produisent l'année suivante plus d'agnelettes que d'agneaux. '

Cette période de chasteté forcée a eu en effet pour résultat de permettre aux brebis de prendre des forces et d'arriver au mâle en un parfait état de santé.

Au surplus, pour de mômes individus, rien ne prouve mieux que la conception des femelles coïncide avec l'instant de plus grande vigueur des parents que cette observation de M. Thury établie sur vingt-neuf expériences dirigées spécialement en ce sens sous sa direction par M. Gornaz.

Quand la vache est menée au taureau dès le

début du rut, le produit auquel elle donne naissance est toujours une génisse ; celle qui, au contraire, n'est couverte qu'à la fin de la période des amours porte toujours des mâles \

1. Thury. Mémoire sur la production des sexes, in-8°, Paris, 1863.

De ces expériences, Thury conclut que le sexe du produit futur dépend essentiellement du degré de maturité auquel l'ovule est arrivé lors de la fécondation.

Celui qui est fécondé avant un degré de maturation déterminé deviendrait le point de départ de la génération d'une femelle ; l'individualisation des cellules vitellines, par contre, conduirait à la production d'un mâle quand le point précis de maturation de l'ovule aurait été dépassé.

Si donc, nous venons à appliquer ces idées de Thury à l'espèce humaine, nous sommes de suite conduits à penser que la copulation dans le premier cas serait favorable à la production des filles, à celui des garçons dans le second.

Il y a peut-être là une des raisons de l'hyperpolyandrie juive qu'expliquerait alors l'observance assez régulière de cette prescription du Lèvitique : « Et quand une femme aura son flux de sang en sa chair, elle sera séparée pendant sept jours. Et quiconque la touchera sera souillé jusques au soir '».

1. Bible, IFl' livre, art. 19 du chap. xv du Lèvitique, vev&ion d'Osterwald, p. i52, Paris, i530.

SUPÉRIORITÉ DE LAFEMELLE

La femelle est une expression physiologique supérieure. — Conditions nécessaires pour la vérification de cette assertion.

— Dans les espèces florissantes, les mâles sont en moins grand nombre que dans les autres. — La multiplicité des femelles chez les salmonidés. — Influence des facilités de l'existence sur le développement des sexes. — La reproduction agame chez les plantes et chez les animaux. — Les générations alternantes et la. parthénogenèse. — Abeilles et pucerons. — La reproduction du phylloxéra. — Influence des conditions de milieu sur le développement des œufs d'abeilles.

— Les expériences du docteur Born et de Yung. — Influence de l'alimentation sur le développement sexuel des têtards de grenouilles. — Quatre-vingt-quinze femelles sur cent têtards. — L'alimentation exerce une action perturbatrice sur l'hérédité. — Darwin et la production des fleurs doubles.

— Peu d'importance du sexe mâle. — Chez les fleurs doublées, les étamines disparaissent en premier lieu. — Les actions perturbatrices de la fécondité atteignent surtout le mâle. — Influence de l'hybridation sur la fécondité. — Le sexe mâle est toujours atteint le premier. — Hyperpolyandrie énorme des hybrides. — Expériences de Ballon sur leschabins et de M. Giard sur les Fringillidés. — La femelle est un être de différenciation supérieure. — L'holocauste des mâles. — Les amours de l'araignée. — Grande valeur de l'existence des femelles. — La protection des femelles. — Protection de la femelle chez lesoiseaux. — Chez les oiseaux à nids découverts, la femelle a un plumage terne. — Coloris brillant des femelles d'oiseaux à nids couverts. — Les mâles

incubateurs et la couleur des oiseaux. — La coloration du corps chez les papillons.— Elle est semblable pour le s deux sexes chez les espèces à odeur désagréable. — Les oiseaux chanteurs sont de petite taille — Pourquoi les femelles d'oiseaux ne chantent pas. — L'arénoidie. — Influence de la castration. — Les femmes « hedjeras » en Orient. — L'arénoidie chez les oiseaux. — Un cas d'arénoidie temporaire. — Influence du parasitisme. — Son action sur les fonctions génitales. — Le cas des Andiena. — Dégradation plus complète du mâle. — Il se réduit au simple rôle d'une glande génitale. — Le mâle dégradé de la Bonellie. — La supériorité physiologique de la femelle est démontrée.

Dans tout le règne animal, la femelle est une expression physiologique supérieure !

Telle est la conclusion qui, logiquement, semble devoir être dégagée des nombreuses observations et constatations, tant sur l'homme que sur les animaux, que nous avons précédemment relevées.

Jusqu'à quel point cette assertion est-elle précise, quelle autorité convient-il de lui accorder, quelle valeur a-t-elle en étendue ? C'est ce qu'il nous faut dès maintenant rechercher et établir.

En thèse régulière, nous savons actuellement que la procréation femelle correspond assez volontiers à certaines conditions de bien-être ambiant et d'énergie physiologique des parents.

Si le fait est absolu en lui-même, nécessairement, il doit avoir des conséquences tangibles, et il doit en môme temps se manifester sous les modes les plus divers.

En d'autres termes, s'il est exact que l'expression femelle soit réellement, au point de vue physiologique, une expression supérieure, nous devons constater sa prédominance chaque fois que les circontances vitales deviennent particulièrement favorables, et, au contraire ^ une tendance à sa disparition au profit de l'expression mâle, chaque fois que le milieu se fait plus âpre à l'existence, chaque fois encore que l'espèce entre, pour une cause ou pour une autre, dans une période de décadence.

A ces seules conditions, et si encore elles se vérifient rigoureusement le long de l'échelle entière des êtres, supérieurs ou inférieurs, animaux ou végétaux, la réelle prépondérance physiologique de la femelle se trouvera démontrée.

L'examen attentif des faits va se charger de nous prouver qu'il en est bien ainsi.

Puisque la procréation des individus femelles correspond à un optimum spécial, il est naturel de penser que partout où l'on aura affaire à des espèces particulièrement florissantes les mâles y seront, relativement^ sur un pied d'infériorité numérique. C'est du reste ce qui arrive aussi bien chez les hommes que chez les animaux.

En Chine, où la race est prolifique entre toutes, les femmes sont très nombreuses et le rapport des sexes est tout autre que dans nos nations europénnes ; il en est de même chez certaines races nègres de l'Afrique centrale ou occidentale, où les femmes également forment le plus fort contingent de populations qui chaque jour s'accroissent en des proportions inconnues sous nos climats.

Chez les salmonidés, saumons ou truites, élevés à l'aquarium du Trocadéro à Paris, et qui s'y développent dans des conditions relativement bonnes, les femelles sont en grosse majorité, environ 65 p. 100, ainsi que l'a constaté M. Jous-

set de Bellesrae, le directeur autorisé de cet établissement de pisciculture.

Même, chez certaines espèces, il semble que l'écart sexuel soit encore plus considérable : c'est ainsi que, dans un bassin renfermant des truites de la variété dite « arc-en-ciel », pour un mâle, l'on compte sept ou huit individus femelles.

Du reste, le fait est constant, plus la vie est facile, plus la femelle prend de l'importance, ou, plus exactement, plus celle du mâle tend à disparaître. Et voici comment nous voyons chez un grand nombre de plantes, — chez les plantes de culture, notamment, — la reproduction sexuée, celle qui se fait par l'intermédiaire des graines, disparaître à peu près complètement, ou, tout au moins, n'être pas absolument nécessaire à la dissémination et à la multiplication de l'espèce. C'est le cas des plantes qui se reproduisent par le bouturage, le marcottage, par l'intermédiaire de bulbes ou de bulbilles, comme le lis, les saxifrages, l'ail vivipare, etc., etc.

Au reste, ces générations agames sont des plus

fréquentes dans le règne animal, plus peut-être encore que dans le végétal, s'il est possible.

Chez nombre d'animaux inférieurs, la reproduction se fait le plus souvent par simple segmentation, comme il arrive chez certains infusoires ; par gemmation, comme c'est le cas pour divers bryozoaires (hydres d'eau douce) ; par génération alternante, où l'on voit alors ce fait particulièrement remarquable de la succession régulière chez une môme espèce, d'une génération sexuée avec une génération asexuée. En d'autres termes, des individus sexués engendrent des êtres asexués dont les descendants possèdent seuls les caractères du type primitif : les salpes et autres ascidiens, notamment, présentent cette dernière particularité.

Les faits de parthénogenèse — la reproduction virginale d'Owen — si abondants chez les insectes et que l'on rencontre chez certains crustacés (daphnées), sont encore beaucoup plus concluants, car ils fournissent une preuve expérimentale manifeste de l'importance relative.

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physiologiquement parlant, de l'expression mâle, et établissent nettement, sous ce rapport, la supériorité absolue de l'expression femelle.

Ainsi, chez Fabeille commune, la reine pond des œufs qui donnent naissance à des mâles si elle n'a point été fécondée, à des femelles si elle Fa été.

La multiplication de l'espèce, on le voit, peut déjà se faire, imparfaitement il est vrai, sans l'intervention du mâle.

Les pucerons sont d'un exemple plus remarquable encore. Chez ces êtres, en effet, durant le printemps et l'été, tous les individas sont aptères et femelles et ils engendrent d'autres pucerons également femelles, qui donnent à leur tour naissance à d'autres générations de femelles fécondes sans l'intervention du mâle.

Ces femelles vivipares sont pourvues d'organes génitaux, pseudovaires, construits sur le type des ovaires ; mais elles manquent d'organes d'accouplement: on peut les considérer comme se

reproduisant, soit par gemmiparité, soit par oviparité parthénogénésique.

C'est seulement à l'arrière-saison qu'on voit naître des mâles et des femelles à quatre ailes munis d'organes d'accouplement et de fécondation. L'accouplement a lieu aussitôt : les femelles ailées donnent ensuite des œufs qui hivernent et d'où sortent, au printemps, des femelles aptères et vivipares.

Chez le phylloxéra, on ne trouve, au prinemps, que des femelles aptères vivant sur les racines et pondant des œufs sans le secours des mâles. Au bout d'une huitaine de jours, on voit sortir de l'œuf une larve qui ressemble à la mère, devient adulte au bout d'une vingtaine de jours, après avoir subi trois mues, et pond une trentaine d'œufs. Les choses continuent ainsi, mais avec un nombre d'œufs décroissant, pendant sept ou huit générations.

Certaines femelles aptères, celles qui trouvent une nourriture plus substantielle sur les radicelles, subissentdeux muesdeplus, et, après avoir

passé par l'état de nymphes, prennent quatre ailes. Ces femelles ailées, en août et en septembre, pondent dans le duvet des feuilles de deux à six œufs d'où sortent des insectes sexués, les uns mâles, les autres femelles, tous dépourvus d'ailes et de tube digestif. Ces sujets, incapables de se nourrir, s'accouplent, puis la femelle pond un seul œuf (œuf d'hiver) qui passe l'hiver au-dessus du sol et donne, au printemps, une femelle aptère analogue à celle des racines et se reproduisant encore sans l'intervention du

mâle.

Ces faits, étudiés d'une façon si complète par les naturalistes, ne sont-ils pas la consécration la plus formelle de la supériorité physiologique de l'expression femelle ?

Mais, au surplus, à côté d'eux, il en est nombre d'autres non moins probants qui viennent les confirmer de la manière la plus positive.

Les lignes suivantes, que nous empruntons au professeur Ch. Robin, sont à cet égard singulièrement instructives :

On sait que Shirack, Huber et Réaumur ont montré : 1° que les abeilles ouvrières sont des femelles dont les organes génitaux sont restes à l'état embryonnaire ; 2° qu'à l'aide d'une nourriture convenable et étant placés dans une des cellules dites royales, ces individus se développent en reines ou femelles fécondes, au lieu de rester ouvrières ou femelles stériles(neutres); 3° qu'enfin, en mettant des œufs d'abeilles mâles ou faux-bourdons dans ces dernières conditions, dès la ponte, leurs larves ne deviennent jamais neutres ni femelles, et ne donnent que des mâles. Ces particularités et la manière dont l'abeille-mère pond ses œufs dans telles ou telles alvéoles, la manière dont les neutres les ferment et nourrissent les jeunes, montrent que les ovules portent d'avance dans leur intimité un caractère sexuel qui précède leur développement embryogénique. Cela est prouvé encore par ce fait qu'après avoir pondu des œufs d'ouvrières et de mâles, la femelle finit par ne pondre plus que des œufs donnant uniquement des mâles, dans quelques conditions qu'ils soient placés *.

Ici, en effet, la démonstration est aussi com-

1. Ch. Robin. — Article Sexe du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, m-if, 3» série, t. IX, p. 481 et 482.

plète que possible. Non seulement nous voyons les œufs des femelles ouvrières susceptibles d'un perfectionnement que ne sauraient présenter ceux des abeilles mâles ou faux-bourdons, mais encore nous trouvons que, dans les pontes des reines, les derniers produits, qui coïncident évidemment avec le temps où la femelle est fortement épuisée par l'énorme travail physiologique qu'elle vient d'accomplir, sont toujours des mâles. Les pigeons nous permettent d'observer également des phénomènes analogues. M, Pembray, rapporte en effet la revue scientifique le Cosmos d'après des communications adressées par lui au Magazine anglais The Nature, a constaté que chez les pigeons le premier œuf pondu donne toujours naissance à une femelle, le second à un mâle.

Une série d'expériences effectuées par cet observateur, sur six couvées, a présenté des résultats absolument identiques pour chaque essai \

i. Le Cosmos, numéro du 25 janvier 1890.

N'est-il pas logique, au reste, que les êtres imparfaits soient conçus en des conditions moins favorables que ceux d'une différenciation plus élevée.

Mais, ces expériences devenues classiques de Schirak, d'Huber, et de Réaumur, nous conduisent à d'autres constatations et à d'autres expériences non moins importantes.

La qualité de la nourriture accordée aux larves d'abeilles ouvrières est, nous venons de le voir, susceptible d'influer sur la future destinée sexuel, le du sujet qui, à l'occasion, pourra de femelle imparfaite s'élever au rang de femelle féconde ou de reine.

Le docteur G. Born de Breslau, et le professeur Emile Yung, ont démontré par de nombreuses expériences que, même chez des animaux occupant un rang fort élevé dans l'échelle des êtres, chez des vertébrés, la nature et l'abondance de l'alimentation étaient semblablement susceptibles d'influer sur la production du sexe.

Dans un travail récent, dont j'ai eu l'honneur de

communiquer les conclusions à l'Académie, j'ai montré que des têtards de Rana esculenta se développent très inégalement selon la nature des aliments qu'on leur accorde ^ Il m'a paru intéressant, étant données les conditions de ces expériences, d'examiner le sexe des jeunes animaux obtenus dans mes diôerents vases. Mon attention a été attirée particulièrement sur ce point par un mémoire de M. le D'" Born % de Breslau. Cet expérimentateur, ayant disposé un très grand nombre d'œufs de Rana fusca, fécondés artificiellement, dans une série d'aquariums (renfermant de 300 à 500 œufs chacun), et ayant nourri les jeunes après leur éclosion, les uns avec une alimentation essentiellement végétale (algues, lentilles d'eau), les autres avec une alimentation mixte (algues, larves de grenouilles et de Pelotâtes hachées, chair de grenouilles adultes déjà partiellement décomposée), a trouvé que, sur 1,443 têtards métamorphosés dans l'ensemble de ses bassins, 95 p. 100 étaient des femelles et 5 p. 100 des mâles.

Et le professeur Yung, dans son mémoire sur

i. K. Yung. — De IHnfluence de la nature des aliments sur le développement delà grenouille, t. XCII, p. 1525.

2. Df G. Born. Experimentelle Untersuchungen uber die Entstchung der Geschlechtsunterschiede (Breslauer azrtliche Zeitschrift, 1881).

cette ffuestion si intéressante, après avoir rappelé que le docteur Born, au cours de ses expériences, a même obtenu dans l'un de ses aquariums, une proportion de femelles de 100 p. 100 ajoute :

M. Born attribue ces résultats étonnants au fait de l'absence chez ces animaux d'une nourriture mêlée, telle que celle que leur présente dans la nature les agglomérations des détritus organiques qui constituent la vase ou le limon des marais, et il appuie cette supposition sur l'observation d'un certain aquarium qui, ayant reçu accidentellement de la vase, fournit une proportion de 28 p. 100 de mâles, tous bien reconnaissables, et de plus forte taille que les autres. D'autre part, M. Born a constaté que normalement, dans la nature, le nombre des mâles, chez les jeunes, égale le nombre des femelles *.

Au surplus, les conditions générales de Talimentation exercent-eUes dans la production des sexes, chez les animaux comme chez les plantes, une influence considérable et qui a été constatée

1. Emile Yung. — De Vinfluence des milieux physico-chimiques sur les êtres vivants ; — Revue internationale des sciences biologiques, année 1882, t . IX, p. 343.

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par de nombreux naturalistes, aussi bien que par les éleveurs ou les jardiniers?

Parmi les agents perturbateurs de l'hérédité, il en est un dont les éleveurs signalent particulièrement la puissance, c'est l'alimentation surabondante. Fréquen ment les animaux trop nourris, les plantes transportées d'un sol pauvre dans un sol riche, deviennent stériles *.

Semblablement, le grand naturaliste Darwin écrit dans un de ses livres fondamentaux : « On a quelques raisons de croire que des graines conservées pendant très longtemps ou qui ont dû n'être qu'imparfaitement fécondées, produisent plus sûrement des fleurs doubles que les graines récentes et complètement fécondées; mais la cause excitante la plus ordinaire paraît être la culture longtemps continuée dans un sol riche * ».

Et, à l'appui de cette opinion, il cite plusieurs

1. Ch. Letourneau. — Avlicle Hérédité du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, i° série, t. XIII, p. 391.

2. Ch. Darwin. — De la variation des animaux et des plantes, traduction Ed. Barbier. Paris, Reinwald, 1880, in-S», t. II, p. 159.

observations, dont l'une lui est même personnelle, et qui sont particulièrement concluantes : « Un Narcisse et un Anthémis nohilis doubles sont redevenus simples après transplantation dans un sol pauvre ; j'ai vu également une primevère blanche double devenir simple et cela d'une manière permanente, après avoir été divisée et transplantée pendant qu'elle était en pleine floraison ^ ».

Ces faits sont d'une importance extrême. Avec une rigueur absolue, ils concourent à nous démontrer le manque de valeur essentielle du sexe, et notamment du sexe mâle, dans la vie et la reproduction des êtres.

Il ne faut pas oublier, en effet, que chez les plantes, quand la fleur devient double, ce sont les étamines — c'est-à-dire les organes mâles — qui les premières se transforment en pétales, et cela quand le plus souvent le pistil, — organe femelle, — demeure parfaitement sans altération. Mais, si les organes mâles disparaissent aussi

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