PROLOGUE. XVII
« N'est-il pas touchant de voir Camoens, si souvent exposé à la pauvreté, demander des grâces pour autrui, lui, dont la muse pleine de fierté, ne demanda jamais rien pour lui-même. »
Pendant son séjour à Goa, Camoens s'embarquait tous les étés sur les navires de l'Etat. Il prit part ainsi à une foule d'expéditions maritimes dont il revenait l'hiver oublier les fatigues en se livrant à ses travaux poétiques.
Ce fut alors aussi que Camoens s'éprit, pour une dame de Goa, d'une passion qui fut vraisemblablement partagée.
Mais son bonheur fut de courte durée; sa nouvelle et sa dernière maîtresse dut s'embarquer pour l'Europe, et cette séparation fut suivie d'une terrible catastrophe : la jeune femme périt dans la traversée par un naufrage.
Un grand changement s'opéra dès lors dans le caractère du poète : naturellement gai, enjoué, il devint triste et mélancolique.
Le vice-roi Dom Francisco Coutinho était mort dans ces entrefaites. Il avait été remplacé par Dom Antonio de Noronha, auquel Camoens avait autrefois adressé les belles stances sur le Desordre du monde , et, bien que le poète n'eût qu'à se louer de lui, il ne songea plus qu'à retourner à Lisbonne.
Mais il était pauvre et la traversée était longue et dispendieuse.